lundi, mai 23, 2022

Thomas Sankara, président du Burkina Faso, fervent panafricaniste mort assassiné le 15 octobre 1987

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« La patrie ou la mort, nous vaincrons ! » L’audacieux leitmotiv de Thomas Sankara n’est pas sans rappeler le célèbre « J’aime ma patrie plus que mon âme » de Machiavel. Mais cet absolu politique, jusqu’alors trop peu concrétisé, ne bénéficie d’aucune aura historique car seuls les vainqueurs jouissent d’une mémoire. Qui, aujourd’hui, pour nous parler de ce président des pauvres qui a refusé l’ordre du monde et revendiqué un peu de majesté pour son peuple ? Qui pour rappeler qu’entre l’espoir et le mythe, Thomas Sankara fut l’exception politique ayant mis tout en œuvre pour conjurer la misère asservissante de son Burkina Faso ?

Ce pays, alors quasi dépourvu d’industrie, était au début des années 80 l’un des plus nécessiteux de la planète : climat sahélien au nord, soudanais au sud, quelques vallées fertiles et du manganèse en sous-sol. Pas d’accès à la mer. C’est dans cette configuration infernale que notre jeune nationaliste a refusé d’être l’esclave des hommes libres ; qu’il a refusé les dépendances néocoloniales, la corruption des pays voisins et les financements de la Banque Mondiale. Il a pris à bras le corps le destin de son pays en centralisant l’économie sur les besoins concrets de la population, en s’attaquant à la bureaucratie et en limitant de façon drastique le budget de l’Etat. Etat qui fut jusqu’alors une machine au service de la classe dirigeante pour asseoir sa domination et défendre ses intérêts.

Désormais les ministres au mandat court et non renouvelable furent contraints d’accepter de modestes indemnités et privilèges quant à leurs fonctions : Renault 5 à la place de la Mercedes ; voyage à l’étranger en seconde classe et simples hôtels ; un champ à disposition de chaque fonctionnaire pour leur consommation personnelle et la prise de conscience des réalités agricoles du pays ; le port obligatoire deux fois par semaine du « Faso dan fani » un habit 100 % coton produit, tissé et cousu au Burkina, dont Sankara lui-même faisait la publicité lors de conférences internationales ! Cet investissement et effort de tous, cette résistance aux logiques financières, consuméristes et prestigieuses de notre Empire permit au budget national et donc aux investissements publics de tripler de 1983 à 1987.

Sankara n’avait que faire du pouvoir. Seul ce qu’on pouvait réaliser avec pour le peuple l’intéressait. Un pouvoir donc aux mains des burkinabés pour favoriser enfin l’essor de leur nation : l’éducation, la nourriture, l’eau, l’habillement et le logement pour tous, une politique de santé et une autre en direction de la femme, une réforme agraire et foncière, une justice sociale et une lutte obstinée contre la corruption, dont les procès étaient diffusés à la radio…

Mais dans un monde qui cherche avant tout à être rentable plus qu’à satisfaire ses besoins, la probité révolutionnaire et démocratique (l’une peut-elle d’ailleurs se réaliser sans l’autre ?) d’un Sankara est antinomique, voire insolente, à toutes nos politiques qui cherchent inlassablement des paravents ou des excuses pour ne pas entendre les impératifs populaires. On ne peut trop exiger des hommes. L’assassinat du jeune chef d’Etat burkinabé le 15 octobre 1987 stoppa définitivement l’une des plus incroyables expériences politiques contemporaines…

Depuis, son successeur, Blaise Compaoré, a reçu son Boeing présidentiel et ouvert les frontières du pays à Bouygues comme au FMI. Les privilèges et la corruption valent bien une petite dette !

La révolution Sankara : un pouvoir sur l’économie

Thomas Sankara demeure donc un modèle pour Diktacratie, car il fut l’un des rares acteurs politiques à engendrer une véritable révolution économique dans un monde où… c’est l’argent qui gouverne !
Attardons nous ainsi, pour finir, sur ce qui a fait qu’un homme soit parvenu, par delà toute corruption, à redonner ses lettres de noblesse à un pouvoir digne de ce nom.

Avant l’arrivée de notre capitaine, le Burkina Faso souffrait d’une dépendance envers les pays et capitaux étrangers.

Le pays africain importait beaucoup pour satisfaire une consommation bigarrée. Malgré quelques potentiels, ses terres et ses industries ne produisaient rien de performant pour améliorer son sort déjà catastrophique. De par cette aliénation, orchestrée par nos institutions financières internationales et leurs experts bienveillants, la dette augmentait au point d’asservir le Burkina, alors Haute-Volta, aux premiers rangs des nations les plus pauvres de la planète.

Tout s’ébauche en octobre 1984, lorsque Sankara lance le PPD, programme populaire de développement, instauré pour augmenter l’infrastructure du pays (barrages, dispensaires, écoles, routes, cinémas…).
Mais comment financer ce projet national sans recourir aux capitaux internationaux ? Ces capitaux qui corrompent et endettent toujours les mêmes : ceux qui sont dans le besoin. En outre comment déclencher cette révolution économique par simple initiative politique ?

Nous pourrions articuler notre propos autour de la réforme agraire élaborée sur les cultures de rente du coton, de l’arachide, du sésame et du karité ; ou sur la mise en place de coopératives aux moyens de productions communs. Nous pourrions aussi parler de sédentarisation de l’élevage favorisant les parcs de vaccination et le développement des cultures fourragères. Et comment ne pas souligner les efforts d’indépendance énergétique ou de production locale en filiation directe avec les cultures de rentes, comme le beurre de karité pour les cosmétiques et le coton pour les pagnes…

Mais ces mesures ne seraient rien sans un travail en amont sur les mentalités additionné à une intervention musclée et décentralisée de l’Etat.

D’abord redonner de la fierté aux paysans asservis jusqu’alors, soit à « l’aide » extérieur du néocolon formateur, soit aux sagesses féodales traditionnelles ; pour développer un esprit coopératif intergénérationnel et ainsi favoriser une meilleure production dans les communautés.

En finir aussi avec le paternalisme colonisateur et démontrer que la mauvaise gestion des entreprises n’est pas une fatalité en Afrique. Faire prendre conscience au peuple le niveau inadmissible de pauvreté du pays pour qu’il sacrifie à son confort et améliore le sort de sa patrie.

Avec l’instauration en particulier de l’EPI, effort populaire d’investissement qui établit des salaires draconiens pour tous les fonctionnaires, permettant ainsi une augmentation des recettes de l’Etat. Ce dernier n’avait désormais plus besoin d’emprunter et donc s’endetter – ou s’assujettir – auprès des bailleurs de fonds étrangers.

Enfin l’Etat put optimiser ses investissements pour pallier aux manques ou surplus des productions diverses.

Il devint le maître d’œuvre de la promotion industrielle de par sa participation majoritaire dans les sociétés privées considérées comme vitale pour l’économie nationale. Les entreprises para-étatiques, dites mixtes, avouèrent ainsi une certaine rentabilité.

A noter, par ailleurs, que le nord du Burkina recèle d’or et qu’à défaut d’être un grand exportateur de coton, ce pays aurait pu jouir du commerce du précieux métal. Malgré tout ses efforts l’Etat ne put jamais vraiment contrôler l’exploitation. Privilège et bénéfice jusqu’à ce jour de sociétés étrangères (françaises et coréennes)…

Enfin, rappelons aussi, que malheureusement l’assassinat de Sankara fut un coût d’arrêt à cette révolution économique. Le réel pouvoir politique s’insuffle via des êtres d’exceptions. Des êtres trop rares pour les oublier ou les diaboliser.

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