Cheikh Anta Diop : Une intelligence active au service de l’homme noir.

Il était une fois, à Diourbel, au cœur du Baol, dans le centre du Sénégal, naquit un certain Cheikh Anta Diop le 29 décembre 1923 c’est-à-dire 60 ans exactement après  la victoire éclatante de Lat Dior Diop contre la division  française du capitaine  Lorans  à la bataille de Ngol-Ngol qui s’est déroulée un certain 29 décembre 1863(Thierno Bâ, Lat Dior ou le chemin de l’honneur). 

Cette coïncidence historique était le présage de lendemains fantastiques pour cet homme qui, grâce à sa soif inextinguible de connaitre et ses résultats scientifiques probants, allait bouleverser les certitudes et les théories scientifiques les plus dogmatiques. En effet, l’Europe, imbue de son développement scientifique et de sa supériorité technique, au XVIe siècle, se livre à une falsification subversive et abusive de l’histoire humaine. Le vieux continent arrache et s’amourache du manteau historique et magnifique de l’Afrique. Le continent noir est présenté ainsi comme un « vide culturel ». Cette théorie de la « table-rase » s’accompagne d’une thèse polycentriste et polygéniste de l’origine de l’homme pour mieux légitimer son discours sur la hiérarchisation des races où le Noir se retrouve au bas de l’échelle.

         Ces affabulations ne pouvaient laisser de marbre l’esprit de Cheikh Anta Diop. Pour remettre en cause ces théories racistes, Cheikh Anta « s’arme de sciences jusqu’aux dents » ; il invoque et convoque l’histoire de l’Egypte pharaonique  dont il confirme son africanité. Les témoignages écrits de la Bible et des savants tels qu’Hérodote, Strabon, Diodore de Sicile et Volmey devinrent les pierres angulaires sur lesquelles sa thèse s’édifia. Ces témoignages auraient été vains et légers, face à une Europe éprise de scientisme et de rationalisme, si Cheikh Anta n’avait pas utilisé des méthodes scientifiques convaincantes.  Le savant sénégalais réinvente l’égyptologie et étudie les momies des pharaons et fait des rapprochements linguistiques entre la langue de l’égyptien ancien et les actuelles langues africaines.  

Cette immersion abyssale dans les hautes profondeurs de la science révèle effectivement que l’égyptien ancien s’apparente aux langues négro-africaines et à certaines langues indo-européennes. Ainsi, le mot « maka », en égyptien, signifiait « grand, vétéran ». En Wolof, « maka » donne « mag », gardant la désignation de l’égyptien ancien (Nations nègres et culture). C’est au regard de tout cela que Léopold Sédar Senghor, coryphée de la Négritude, dira, au lendemain du décès de ce savant, que son mérite est « d’avoir montré par ses travaux  que l’Afrique était le berceau de l’humanité et que la civilisation de l’ancienne Egypte était une civilisation nègre » (revue Ethiopiques, 1987).

 Justement, Léopold Sédar Senghor et Cheikh Anta Diop eurent des relations quelquefois heurtées.  Cependant, Senghor reconnaîtra dans sa revue Ethiopiques que le savant Wolof « a consacré toute sa vie à défendre, mieux, à faire connaître la Négritude ». Encore faut-il rappeler qu’à l’orée du Congrès du Caire en 1974 sur  « l’histoire générale de l’Afrique », au moment où Cheikh Anta était le plus virulent adversaire de Senghor, celui-ci se confia à Bara Diouf du quotidien national « Le Soleil » : « on ne laissera pas Cheikh Anta tout seul sur les bords du Nil ». Léopold Sédar Senghor remit « 5 millions » au journaliste pour son billet d’avion et son séjour au pays des Pharaons. Puis, Senghor rappela à Bara Diouf : « Je ne veux pas qu’on le sache, n’en parle  à personne, surtout pas à Cheikh Anta Diop » (cf. Birame Diadji Touré, Senghor sans le superlatif).

Cheikh Anta Diop, même si après avoir défendu mordicus l’homme noir, s’est marié à une femme blanche française Louise Marie Maes, demeura toute sa vie attaché à ses racines africaines. Tous ses enfants ont des prénoms qui rappellent la gloire de l’Afrique : Cheikh Mbacké, Diomo Kenyatta, Samory et Massamba Sassoum Diop.

Cheikh Anta Diop mourut le vendredi 07 février 1986 à 15 heures 15 minutes à son domicile dakarois à la suite d’une crise cardiaque.  Il fut inhumé le dimanche 09 février à Caytou auprès de son grand-père Massamba Sassoum décédé en 1926. Prononçant l’oraison funèbre de Cheikh Anta Diop, Ibader Thiam, représentant du gouvernement, dira que le Sénégal venait de perdre l’un de ses fils « les plus dignes, les plus géniaux » (cf. Archives Nationales).

         Au demeurant, si Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire ont recouru à la littérature et à la culture pour réhabiliter l’Afrique rendue maupiteuse par une puissance coloniale cruelle, Cheikh Anta Diop, lui, s’est appuyé sur l’histoire et la science pour « restaurer la conscience historique » africaine et rendre la fierté à ses congénères.  Cheikh Anta Diop aura été celui qui a revêtu un caractère scientifique à la Négritude.

Abdoulaye Seydi, inspecteur de la jeunesse

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