Les raisons de l’obsession d’Abdelaziz Bouteflika pour un 5ème mandat

L’Algérie est déchirée par le dépôt de la candidature pour un 5ème mandat. Malgré la multiplication des manifestations pour contrecarrer sa candidature, le président sortant s’obstine à briguer un cinquième mandat. Bien que incapable, son système et ses réseaux d’hommes d’affaires vont user de leur force pour qu’il se présente à nouveau afin de diriger l’Algérie même sur un fauteuil roulant.

Algérie, le pays est en ébullition depuis que l’actuel président, Abdelaziz Bouteflika (82 ans), au pouvoir depuis avril 1999, a officialisé sa candidature à la prochaine présidentielle du 18 avril. Depuis, les étudiants et les populations multiplient des manifestations pour faire barrage à cette candidature de trop. Mais, le président sortant, bien que diminué par son Accident vasculaire cérébral (AVC) qui a affaibli sa mobilité et son élocution, ne compte pas céder le pouvoir. C’est le système qui l’oblige. Car depuis qu’il a contacté cet AVC en 2013, ses proches se partagent les prises de décisions.  Si c’est son entourage piloté par son frère Saïd Bouteflika qui gère les affaires administratives, l’Armée est gérée par le général Ahmed Gaïd Salah, tandis que ses réseaux d’hommes d’affaires contrôlent l’économie du pays. «Il s’agit d’un système de gouvernement complexe dont l’émergence, le fonctionnement et la survie ne dépendent ni d’un homme en particulier, ni d’un clan et encore moins d’une instance en tant que telle. On parle là d’une élite dirigeante, dont l’essentiel de l’activité se déroule entre les formes constitutionnelles et des procédures complètement officieuses», résumait en 2014 le politologue Tarek Alaouache pour Le Figaro.

Selon El Watan, dans un pays où l’authenticité des résultats électoraux compte peu et où le pouvoir de l’argent tend à primer sur celui des urnes, le candidat qui bénéficie d’un puissant coup de pouce de l’Exécutif en place et des riches hommes d’affaires n’aura aucune difficulté à se maintenir autant de temps que nécessaire à son poste. Le candidat devient même invincible lorsqu’il bénéficie de surcroît de l’appui des institutions censées garantir la légalité, comme par exemple le Conseil constitutionnel, le ministère de l’Intérieur, les corps constitués, les wilayas, les organisations de masse et les commissions de surveillance électorales, dont tous les dirigeants, sans exception, doivent leurs prestigieuses fonctions au candidat en question. A cet ensemble d’acteurs appelés à le soutenir, chacun en fonction de ses moyens et de ses prérogatives, s’ajoute effectivement toute une légion de magnats de l’argent, sur laquelle le «candidat du consensus» peut compter pour atteindre son objectif, tout en préservant la façade démocratique et l’apparence de la légalité.

Il s’agit, on l’a compris, des richissimes hommes d’affaires, notamment ceux qui sont structurés dans les syndicats patronaux, qui ont pour particularité d’avoir très tôt déclaré leur soutien au président Bouteflika, quel que soit le mode de continuité qu’ils souhaitent (élection, dissolution de l’Assemblée nationale suivie d’une prolongation de mandat présidentiel, prolongation autoritaire, etc.). Le journal algérien ajoute que différents types d’hommes d’affaires seraient en effet ravis de contribuer à sa reconduite au poste de chef d’Etat, pour peu qu’ils aient des garanties d’être aidés en retour sous forme de coups de pouce, pour dédouaner dans l’opacité des marchandises, obtenir des crédits, continuer à rafler des commandes publiques, effacer des ardoises fiscales ou dissuader les juges d’appliquer à leur encontre des lois coercitives, etc.

Un autre fait qui favorise le maintien au pouvoir du président actuel, c’est la mollesse de l’opposition. Elle peine à exister et le système électoral ne milite pas en sa faveur actuellement. Les candidats sont obligés de passer au tamis qui est le parrainage. Le prétendant au pouvoir doit avoir 600 signatures d’élus locaux ou 60 000 parrainages d’électeurs qui doivent être validés par le Conseil constitutionnel. Une instance dont le nouveau président nommé dimanche, Tayeb Belaiz, n’est autre qu’un proche conseiller des frères Bouteflika. C’est d’ailleurs ce seul responsable qui peut lancer une procédure d’empêchement pour «cause de maladie grave et durable». Même si cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’opposants, mais peu parviendront à réunir les parrainages nécessaires et, surtout, à se voir valider leur dossier par le Conseil constitutionnel. Devant un tel fait, le Rassemblement pour la culture et la démocratie et le Front des forces socialistes estiment qu’il s’agit d’un simulacre de démocratie et appellent au boycott. Mais les boycotts des élections en Afrique, sont toujours profitables au président sortant.

WalfQuotidien

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