Affaire Karim Wade : l’ONU appelle à la révision du procès, le Sénégal défie

Le différend ayant opposé le fils l’ancien Président de la République Me Abdoulaye Wade à l’Etat du Sénégal est loin de connaître son épilogue. Alors que le Comité des droits de l’homme de l’Onu demande la révision du procès dans un délai de 180 jours, l’Etat du Sénégal se borne à exécuter la contrainte par corps, pour renvoyer Karim Wade à la case prison. La réquisition d’incarcération est déjà adressée à la Police de l’air et des frontières et le commissaire Abdoul Wahab Sall et ses hommes ont déjà mis en place un comité d’accueil spécial, en vue de capturer l’ancien ministre d’Etat dès qu’il débarque au Sénégal. 

L’Etat du Sénégal est résolument décidé à mettre à exécution sa menace d’envoyer à nouveau Karim Wade en prison, dès qu’il mette les pieds au Sénégal. Ce qui n’était jusque-là qu’un simple effet d’annonce semble épouser les contours d’une réalité. En effet, le procureur spécial de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) a adressé une réquisition d’incarcération n° 00000003/PS/CREI/FG en date du 22 juin 2018 à la Direction de la police de l’air et des frontières (Dpaf) dirigée par le commissaire Abdoul Wahab Sall. Et dans l’ordre de mise en état d’arrestation adressé à ses services, le commissaire Sall est clair dans ses instructions reçues de la hiérarchie, comme on le voit dans le document dont WalfQuotidien détient copie : «ordre nous est donnés de mettre en état d’arrestation le nommé Karim Meissa Wade, né le 1er septembre 1968 de Abdoulaye Wade et de Viviane Wade de nationalité sénégalaise et de le déposer à la Maison d’arrêt et de correction (sic) de Dakar».

Il ressort d’informations en notre possession qu’un comité d’accueil spécial est déjà mis en place, en vue de mettre aux arrêts Wade-fils et de l’incarcérer à nouveau derrière les barreaux immédiatement dès qu’il débarque à Dakar. L’Etat du Sénégal, par cette procédure de contrainte par corps, déclare s’appuyer sur l’arrêt de condamnation de la Crei du 23 mars 2015, lequel a été confirmé par la Cour suprême le jeudi 20 août toutes ces décisions de justice condamnent l’ancien ministre d’Etat à payer 138 milliards francs Cfa en guise de dommages et intérêts, pour «enrichissement illicite».

Une tragi-comédie politico-juridico-médiatique

A l’analyse, cette volonté du gouvernement semble faire fi des constatations du Comité des droits de l’homme des Nations-Unies qui a demandé la révision du procès, dans un délai de six mois (180 jours). Dans ses conclusions rendues le 24 octobre dernier, l’instance onusienne a relevé des violations des droits de la défense et a annulé ainsi de facto l’arrêt de condamnation de la Crei.

Un retour à la case prison ne serait-il pas une première dans l’histoire politico-judiciaire ? D’autant que jamais, auparavant, une personne bénéficiaire de grâce présidentielle n’est retournée en détention pour les mêmes faits objet de ladite grâce.

Se pose également la question de savoir dans quelle prison offrant toutes les garanties de sécurité sera-t-il emprisonné ? D’autant que la suite qu’il occupait à Rebeuss abrite le détenu Khalifa Sall. Et la prison du Cap Manuel qui a une place digne de son rang est déjà occupée par Hissène Habré, l’ex-chef de l’Etat tchadien condamné pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Il ne reste que le spécial aménagé au Camp pénal de Liberté, mais celui-ci est exclusivement réservé aux détenus poursuivis pour terrorisme. Les autres établissements pénitentiaires du pays, aussi bien ceux de Dakar et ceux des régions souffrent de surpopulation carcérale.

Assurément, l’affaire Karim Wade que certains qualifient de tragi-comédie politico-juridico-médiatique restera à jamais spécial dans l’histoire du Sénégal. Tout y a été spécial : des accusations spéciales, une Cour spéciale, un procureur spécial, un procès spécial, une condamnation spéciale et une libération spéciale. De nos jours encore l’affaire Karim Wade continue d’alimenter les débats avec son retour annoncé. Les Sénégalais observent et sauront tirer les conséquences des agissements des uns et des autres.

L’affaire Karim, un véritable serpent de mer

De la réactivation de la Crei le 10 mai 2012 à la condamnation suivie d’exil de Karim Wade, beaucoup d’encre a coulé. Tout s’est joué entre 2012 et 2018. Le dossier a traversé les différentes étapes cruciales d’un procès pénal. De l’enquête préliminaire à l’après-jugement en passant par l’instruction et le jugement, toutes les hautes juridictions du Sénégal y ont participé. La Crei a jugé et condamné les 10 prévenus, la Cour suprême a confirmé le jugement et proclamé la procédure que tout le monde croyait définitive, jusqu’à l’intervention des constatations du Comité des droits de l’homme des Nations-Unies. D’ailleurs, un journal de la place a révélé que Karim Wade demande des dommages et intérêts à hauteur de 250 milliards francs Cfa devant la justice américaine, sur la base du préjudice qu’il a subi pendant 7 ans et qu’il a accepté de donner cet argent pour l’éducation des jeunesses sénégalaises.

A l’international, 7 juridictions et instances ont définitivement proclamé l’innocence de Karim Wade, à savoir : la Cour de justice de la Cedeao, le Tribunal de grande instance de Paris, la Cour d’appel de Paris, le Tribunal de Monaco, le parquet national financier de Paris, le groupe de travail des Nations-Unies contre la détention arbitraire ainsi que le Comité des droits de l’homme de l’Onu.

Et l’affaire Karim Wade n’est pas encore totalement close puisque d’autres recours sont en instance, devant les juridictions internationales. Autrement dit, le jugement de la Crei est loin d’être définitif car, malgré la décision de la Cour suprême déclarée définitive, toutes les instances supranationales condamnent l’Etat du Sénégal.

WalfQuotidien  

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