Abdoul Diallo chef de province et chef de Canton au Fouladou (1860-1942)

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Les grandes figures historiques du Fouladou etde la Haute Casamance

Abdoul Diallo chef de province et chef de Canton au Fouladou (1860-1942)

                                                                      

  • Sa jeunesse

Abdoul Diallo naquit  vers 1875 à Ségou au Mali. Il était originaire de Kanel, région de Matam, au Fouta,  dans le  nord du Sénégal. Son père Aly Demba Kassoum fut un fidèle compagnon du vénéré El hadj Omar Foutiyou Tall. Selon les témoignages, le saint homme avait béni la famille de son talibé Aly Diallo. Parmi les fils et fille les plus illustres de ce mukhadam d’El hadj Omar, il y avait Macky Aly, Bassirou Aly, Mama Aly, Youma Aly et surtout Abdoul Aly.D’ailleurs, Macky Aly faisait partie des troupes d’El hadj Omar qui propagèrent l’islam au Soudan français devenu aujourd’hui le Mali.

B-Sa carrière militaire

Le jeune Abdoul s’engagea en 1898 dans l’armée française et devint tirailleurs sénégalais. Il obtint le grade de caporal en 1905. Pour son premier poste, il fut affecté au Dahomey aujourd’hui le Bénin. Ensuite, Abdoul fut muté à Sédhiou alors capitale du Cercle de la Casamance. En 1896, un Traité fut signé entre la France et Moussa Molo, le roi du Fouladou. Ainsi son royaume passa sous la domination française.

Lors du séjour du soldat Abdoul  Diallo au Pakao, il exerça les fonctions de garde cercle à la garnison militaire française du Fort Pinet- LapradedeSédhiou. A la fin de son service sous les drapeaux, Abdoul  en compagniede son frère aîné Bassirou venu le chercherprirent le chemin du retour pour rentrer au Fouta. Ils firent une  escale à Kaolack.

C- Sa carrière administrative                                                                    

Au cours de cette halte dans la capitale du Saloum, Abdoul Diallo fut rappelé à Sédhiou en Casamance par l’administration coloniale française. Selon nos sources, il aurait participé aux côtés des troupes coloniales françaises et celles de Moussa Molo au siège de Médina en Moyenne Casamance le 22 mars 1901.Ce fut au cours de cette bataille épique que le marabout Fodé Kaba Doumbouya  trouva la mort. Par la suite, Abdoul Diallo, sur les conseils de Samba Ansata Diallo, le père du célèbre homme politique de la Casamance, Ibou Diallo, fut envoyé comme émissaire à Hamdallaye Moussa Molo, la capitale du Fouladou de l’époque. A  son arrivée, Abdoul Diallo y rencontra le roi  Moussa Molo à qui il demanda de faire la paix avec l’administration coloniale française basée à Sédhiou. Lors de cette entrevue, Moussa Molo aurait dit à ses proches : « Aujourd’hui au Fouladou, il y a Moussa Molo mais demain, il y aura Abdoul Diallo. »

Ses propos du roi déplurent à certains de  ses courtisans méfiants à l’égard d’Abdoul Diallo, l’émissaire du Commandant du Cercle venu au Fouladou pour une mission de bons offices. Le 14 mai 1903, le roi Moussa Molo en conflit ouvert avec le résident français de Hamdallaye, de la Roncière décida contre toute attente de couper la ligne téléphonique avec Sédhiou. Il prit le chemin de l’exil vers le nord, emportant tout ce qui pouvait l’être. Moussa incendia sur son passage plusieurs villages dont Tankon, Sobouldé, Saré-Koliso, Médina et Diaobé, avant de traverser la frontière pour se retrouver en exil dans la colonie anglaise de la Gambie.

En 1909, la capitale du Fouladou fut transférée de Hamdallaye à Kolda au bord du fleuve Casamance. En 1910, Abdoul Diallo fut nommé interprète. Dans une campagne de pacification de la Haute Casamance, le garde cercle Abdoul Diallo fut nommé par la France en 1912, chef de Province du Firdou. Il installa sa capitale à Kento dans le Bakor.D’ailleurs la même année, l’autorité coloniale française dans une missive adressée à la hiérarchie de Ziguinchor, la capitale du cercle de la Casamance qualifia Abdoul Diallo comme suit : « actif, obéissant, énergique etdévoué ». Quelques années plus tard le Commandant  du Cercle le qualifiait comme étant le meilleur  et le plus énergique des chefs du Fouladou, intelligent et le seul qui comprenne à peu près ce qu’est notre service.

En 1914, sur les conseils d’un célèbre devin du Fouladou, il fonda son propre village, Médina Abdoul non loin de Kampissa, dans la province du Patim Kibo.

Plus tard, l’administration coloniale française lui confia les cantons de Kudora et de Niampayo. Ainsi Abdoul Diallo ayant le vent en poupe devint le seul maître de ce vaste canton, le Patim Kibo. Pour administrer ce vaste territoire, il installa son neveu Mamadou Macky  Diallo comme sous-chef de canton à Pidiro, celui-ci  avait sous son contrôle la province du Korassé. Pour le village-centre de Mampatim, le représentant d’Abdoul Diallo était Dembo Diallo. Il participa à la construction de l’axe routier Kolda – Fafacourou-Vélingara. Lors des consultations électorales du 06 mai 1923, Abdoul Diallo fut largement vainqueur devant ses trois adversaires.

En 1923 fut créée  l’école française de Médina Abdoul. Selon nos sources, Abdoul Diallo de passage à Dialembéré, il aperçut le jeune Demba Koïta qui avait une blessure à l’orteil gauche. Abdoul dit à sa mère Biri qu’il allait l’emmener avec lui à Kolda pour le soigner le lendemain. Une fois guéri, le chef de canton  inscrivit  Demba à l’école française toujours à Kolda dans la capitale du Fouladou en 1930. Abdoul Dialloavait obtenu plusieurs décorations dans l’exercice de ses fonctions : la médaille de « l’Etoile Noire du Bénin » en 1928, la « Croix d’Aujon » en 1919. Puis, Abdoul fut élevé au grade de « Chevalier de Légion d’Honneur » en 1930 et de « Chevalier Agricole » en 1937. Toujours, la même année, avec l’appui de l’administration coloniale française, Mamadou Amadou Diallo, neveu d’Abdoul Diallo plus connu sous le nom de Mamadou Balédio fut nommé chef de canton du Djimara. On l’installa à Fafacourou, la capitale provinciale. Pour mémoire, il était le père du gouverneur Bocar Diallo et d’El hadj Bassirou Diallo. Parmi les proches d’Abdoul Diallo, Koundié Koïta, Mamadou Demba Thiam et son fils Amadou Abdoul Diallo furent tour à tour brièvement nommés chefs de canton du Niampayo avec pour capitale Coumbacara. Abdoul Diallo était très lié à la famille de Yassa Koïta, le fils de  Habibou, le fondateur du village de Dialembéré.C’était là où se trouvait son haras de chevaux.

A l’époque, Abdoul Diallo, conseiller territorial était l’un des rares chefs de canton de la Casamance et de l’A.O.F (Afrique Occidentale Française) invitéà participer chaque année à Paris à la fête nationale française du 14 juillet. En outre, Abdoul Diallo se rendait chaque année à Saint-Louis du Sénégal pour assister  à l’assemblée fédérale de l’A.O.F.

 

D- Sa disparition et son héritage

En 1941, avec le soutien de l’administration coloniale française de la Casamance, Baba Moulaye Baldé fut nommé chef de canton du Patim Kibo en remplacement d’Abdoul Diallo.

Âgé et malade, Abdoul s’éteignit le 16 octobre 1942 chez lui à Médina Abdoul  et ses obsèques y eurent lieu, le même jour. Parmi ses descendants, seul son fils Oumar Abdoul Diallo plus connu sous le nom de Barou fut nommé sous-chef de canton du Djimara, poste qu’il conserva d’ailleurs jusqu’à l’indépendance du Sénégal en 1960.Pour rappel, ce fut en1912 qu’on construisit à Kolda,le ponten rôniers portant le nom du capitaine français Maclaud. Cet ouvrage artisanal reliait les deux rives du fleuve Casamance à Kolda. En 1965, il fut remplacé par un nouveau pont en béton et en acier, Demba Koïta, le Maire de Kolda de l’époque le mit plus tard sur les fonts baptismaux sous le nom d’AbdoulDiallo, l’ancien chef de canton du Patim Kibo. Tout dernièrement avec la reconstruction de la route Nationale numéro 6, (la RN6) reliant les villes de Vélingara, Kolda et Ziguinchor, le pont avait aussi été reconstruit.D’ailleurs le nouveau Pont Abdoul Diallo flambant neuf fut inauguré à Kolda par le président de la République Macky Sall le 21 Février 2015.En marge de la cérémonie, la famille du parrain Abdoul Diallo fut reçue avec fierté et avec les honneurs par le chef de l’Etat à la Gouvernance de Kolda. Il fallait aussi rappeler qu’Abdoul Diallo avait laissé beaucoup d’enfants parmi lesquels sa fille aînéeAissataMoléle Diallo, ses sœurs Maliyel Abdoul (épouse du chef de Canton du Djimara El hadj Mamadou Amadou Diallo) et Adama Thiouwo Abdoul, Kadidiatou Abdoul (la grand-mère de l’ancien député de Kolda, Amadou Ndiaye LO)au niveau des garçons il y avait Amadou Abdoul, l’ainé, Bassirou Abdoul, Oumar Barou Abdoul, Moussa Abdoul, Mamadou Abdoul, Alassane Abdoul, Salif Abdoul, Samba  Abdoul dit Samba Torodo, Daouda Abdoul et le cadet Abdourahmane Abdoul.

Quant aux nombreux petits enfants et arrières petits fils, nous pouvons citer l’homme politique et le guide religieux koldois, Chérif  Léheïbe  Aidara Khalife de Saré Mamady non loin de Dioulacolon dans le Département de Kolda. Sans oublier le Magistrat Alpha Ousseyni Diallo Procureur Général de la Cour d’Appel de Kaolack et tant d’autres car ils sont très nombreux.

Abdourahmane Diallo écrivain, poète, Secrétaire Exécutif du Cercle des Ecrivains de la région de Kolda et Principal du CEM Bouna Kane

Sources :

El hadj Mamadou Abdoul Diallo fils d’Abdoul Diallo né en 1924. Il est plus connu sous le nom de Boboyel, grand notable et spécialiste de la tradition orale du Fouladou.Il vit actuellement au quartier Ndiobène à  Kolda.

– Christian  RocheHistoire de la Casamance conquête et résistance : 1850-1920, Paris, Karthala 1985.

Chérif Léheïbe AIDARA discours d’inauguration du pont Abdoul Diallo de Kolda du 21 Février 2015.

 

 

 

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