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Bilan gouvernemental – 2016, une année d’espoir et de déception

L’année 2016 ne peut s’en aller sans se pencher sur le traditionnel bilan du gouvernement sénégalais. Les projets et objectifs fixés ont-ils été atteints ou sont-ils toujours en l’état de théorie ? Santé, Culture, Infrastructures, Habitat social, Economie, Education, Agriculture…. Autant de bilans ministériels sur lesquels s’est penchée cette édition pour dénicher les faits manquants.

SANTE

Les plateaux techniques en souffrance

La santé est malade. Elle souffre de manque de moyens, mais aussi du non-respect des protocoles d’accord signés entre l’Etat du Sénégal et les syndicats de ce secteur. Dr Boly Diop est le secrétaire général du Syndicat autonome des médecins du Sénégal. « Le grand fait marquant de 2016, c’est le non-respect des protocoles d’accord signés avec les syndicats de la santé. Il devait par rapport aux régimes indemnitaires, appliquer les conclusions, le Président hésite à prendre les mesures idoines pour corriger une injustice sociale. Ils n’ont pas su réagir.» Il poursuit : « L’âge de la retraite, annoncé à 65 ans pour les médecins, n’a pas encore été matérialisé. Il était question d’améliorer l’offre sanitaire et les plateaux techniques. Il y a plus de cinq blocs qui sont fermés. Ce sont les blocs qui permettent d’opérer dans les meilleurs délais, les femmes enceintes qui ont des problèmes.» Mballo Dia Thiam, secrétaire général du syndicat unique des travailleurs de la santé (Sutsas), embouche la même trompette. « Il y a les accords de 2014 derrière lesquels nous avons couru pour leur matérialisation. Cela nous a valu plusieurs plans d’actions. Il y a le problème du financement de la santé. Même si le budget connaît une hausse, nous considérons que les hôpitaux sont encore sous dotés, parce que sur 36 hôpitaux, la subvention ne tourne qu’autour de 10 milliards FCfa, alors qu’un seul hôpital de grande envergure a besoin de près 10 milliards FCfa pour fonctionner.», confie M.Thiam. Il ajoute : « l’autre problème, ce sont les fonds de dotation, qui ne viennent pas. Il y a un accord qui n’a pas été matérialisé, c’est l’érection des services départementaux de la santé et de l’action sociale. Avec la couverture maladie universelle, nous avons peu de spécialistes, alors que la demande est énorme. Il y a aussi un problème de finance avec la Cmu, les prestations sont faites dans des districts de gratuité, mais il y a des problèmes de remboursements, ça perturbent les protocoles et crée des tensions.»

CODOU BADIANE

INFRASTRUCTURES

Le Ter, seule infrastructure d’envergure

Courant 2014, sept travaux d’envergure ont été achevés et réceptionnés pour certains plus tard, en 2015-2016. Raison pour laquelle, le ministère des Infrastructures a cru bon de les lister dans son bilan 2016. Il s’agit, entre autres, de la construction d’autoponts aux carrefours de Thiaroye et Keur Massar, de la réhabilitation de la Rn2 Richard Toll-Ndioum sur 120 km, de la construction des ponts de Halwar, Geôle Ndioum et Kolda qui avaient fait l’objet d’inaugurations en grandes pompes. Des autres travaux qui étaient en cours, certains ont pu êtres réceptionnés. Il s’agit de la remise en état de la Grande Niayes (Rufisque et Lompoul sur 64 km), du prolongement de la Vdn (section Golf Club-Tivaouane Peulh), de la construction de l’échangeur de l’Emergence, de la réhabilitation de la route Passy-Sokone… pour un financement de plus de 138 milliards FCfa. D’autres travaux peinent à trouver de l’argent. Le projet de la réhabilitation de la ligne actuelle Dakar-Tambacounda-Kidira-Bamako dont le financement avait été inscrit dans le budget 2015 (10 milliards FCfa) ne figure ainsi pas dans le bilan du ministère. Ce corridor est pourtant important pour l’accès au marché sous-régional de l’Uemoa. Sur le projet des 39 km de l’autoroute Aéroport international Blaise Diagne (Aibd)-Somone-Mbour-Thiès, seul le tronçon Aibd-Sindia a été réceptionné. Du côté des infrastructures ferroviaires, le lancement du projet majeur et structurant, dénommé Train Express régional (Ter) qui va permettre de désenclaver un peu plus les banlieues de Rufisque, Pikine et Guédiawaye vers le nouvel aéroport, s’est finalement fait cette année, au lieu de 2015, comme initialement prévu. Pour les services de transport, 300 Minibus ont été, selon les services du ministère, livrés courant décembre 2015, pour la région de Dakar, tandis que 250 autres ont été mis en circulation à Ziguinchor, Kaolack, Tambacounda, Thiès, Saint-Louis et Louga.

AICHA FALL THIAM

AGRICULTURE

« Commercialisation de l’arachide ! Au finish, rien n’a été fait « 

L’année 2016 n’a pas été toute rose concernant le secteur agricole. Des manquements ont été notés dans l’exécution des programmes du département du Dr Papa Abdoulaye Seck durant cette année qui tire à sa fin. Même si des efforts ont été consentis par le gouvernement, il n’en demeure pas moins que beaucoup de promesses concernant le secteur de l’agriculture n’ont pas été tenues par l’Etat. « Il y a eu beaucoup de manquements qui vont peut être trouver des solutions en 2017», affirme Sidy Bâ, secrétaire général du cadre de concertation des producteurs d’arachide et chargé de communication du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux du Sénégal (Cncr). Sujet d’actualité, la commercialisation de l’arachide de cette année fait les frais des promesses non tenues de l’Etat en 2016. L’Etat s’était engagé pour une bonne campagne de commercialisation de l’arachide et avait promis une bonne enveloppe financière pour réussir ce pari. Mais au finish, rien n’a été fait. Le monde rural attend toujours ces sommes promises. Sidy Bâ regrette : « On nous avait dit qu’il y aurait assez d’argent pour la commercialisation de l’arachide. La Bad avait promis 42 milliards F Cfa. Et jusqu’à présent, cela n’a pas été le cas». Mais l’Etat n’en est pas à une promesse non tenue concernant le secteur de l’agriculture. En 2016, renseigne Sidy Bâ, les autorités étatiques avaient fait cas d’un fonds de 11, 500 milliards F Cfa, avec un taux de bonification de 6% pour l’achat de semence. Une annonce qui reste à l’état de simple promesse. Car, fait savoir le secrétaire général du cadre de concertation des producteurs d’arachide, le Cncr peine toujours à encaisser cet argent. Qui pourtant, aiderait la politique de reconstitution du capital semencier. « Qui dit production, dit des semences de qualité. Mais là aussi, ça traîne. Peut-être que ça viendra, mais ce n’est pas encore venu». Ces promesses non tenues de l’Etat du Sénégal concernant le secteur de l’agriculture impactent négativement sur le fonctionnement de structures intervenant dans le domaine de l’agriculture telle que la caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas). Car, explique le chargé de la communication du Cncr, Sidy Bâ au bout du fil :  » La Cncas, en tant que banque qui soutient la production, peine à rentrer dans ses fonds pour pouvoir soutenir correctement les opérateurs et organisations paysannes pour pouvoir acheter des semences pour l’année prochaine». La politique de maîtrise complète de l’eau est une autre promesse non encore tenue. « Au niveau de Kaolack, rappelle M. Bâ, ce problème a été posé. Ça vaut des milliards, mais nous n’avons pas encore vu la couleur de l’argent». Aussi, liste toujours M. Bâ, « ils nous avaient parlé de chambres de commerce et d’agriculture, là aussi, on attend de voir le contenu qui sera mis là-dedans». « On annonce des choses, mais quand il s’agit de passer à la phase pratique, il y a souvent des couacs», conclut-il.

CULTURE

Le statut des artistes, la grande désillusion

Malgré une nette amélioration du secteur, de grands chantiers sont toujours en souffrance. A en croire Guissé Pène, membre de l’Ams (Association des métiers de la musique), tout ne va pas dans le meilleur des mondes. « J’ai participé à une rencontre avec le Président Macky Sall et certains acteurs culturels. Il avait pris l’engagement d’évacuer définitivement un problème pendant depuis des années, celui de la définition du statut de l’artiste. Il était question de mettre en place ce statut, de telle sorte qu’on puisse reconnaître qui est artiste. Nous sommes reconnus comme une profession libérale. Même si, sur le volet social, la Cmu (Couverture maladie universelle) a été mise en place, elle ne règle pas le problème des artistes. Il faut que les questions sociales soient prises en compte par l’Etat. C’est urgent. De même, les organisations professionnelles gagneraient à être soutenues par le Gouvernement. Elles sont en léthargie et se meurent, faute de moyens», a t-il fait savoir…

MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU

EDUCATION 

RETOUR SUR L’ENSEIGNEMENT GENERAL EN 2016

Des insatisfactions, comme toujours……

ABDOULAYE NDOYE, SECRETAIRE GENERAL DU CADRE UNITAIRE SYNDICAL DES ENSEIGNANTS DU MOYEN SECONDAIRE (CUSEMS)

« Les enseignants sont très déçus»

« Les enseignants sont très déçus, le Gouvernement n’ayant honoré ses engagements, car l’école n’est pas une priorité. On a dévalorisé l’enseignement. On attendait une rupture par rapport aux pratiques du passé, les retards de salaires, notamment. On espérait, avec la bancarisation, en avoir fini avec ces problèmes. Mais les professeurs contractuels sont restés les mois d’octobre et de novembre sans percevoir leurs salaires. Nous avons toujours mené un combat pour un système éducatif de qualité, pour des enseignants motivés, performants, mais également pour un environnement de qualité. Nous avons posé des revendications sur la table du Gouvernement. En 2014, on a signé un protocole d’accord qui n’avait pas été respecté. En 2015, à la suite d’une longue grève, nous avons signé un procès-verbal avec le Gouvernement. Ces engagements n’ont également pas été honorés. Le motif principal de toutes les grèves et perturbations du système éducatif, c’est le non-respect des accords signés avec le Gouvernement. L’année dernière, les enseignants ont été trainés dans la boue. Pour la première fois dans l’histoire syndicale du Sénégal, en l’espace de 15 jours, toute la panoplie de sanctions s’est abattue sur les enseignants. De la demande d’explication à l’avertissement, la mise en demeure, la réquisition, la ponction sur salaire et la menace de radiation. Cela n’honore pas l’école sénégalaise. Seulement, l’implication des chefs religieux a permis de sortir de la crise. Les lenteurs administratives demeurent toujours et deviennent inquiétantes. Un enseignant peut rester cinq ans sans avancement, ni acte d’intégration. Les retraités vivent un calvaire. Après 20 ans de services, ils peuvent rester une année sans percevoir leur pension. Cela peut avoir des conséquences néfastes sur la famille des concernés. Il est vrai qu’il y a eu 10 000 mises en soldes, mais il y avait 40 000 dossiers en souffrance. La question de l’alignement de l’indemnité, le cheval de bataille du Cusems, pose un problème d’équité et de justice. Les indemnités des enseignants sont dérisoires, comparés aux autres agents de la Fonction publique.»

Lamine DIOUF (Stagiaire)

MALICK FALL, SECRETAIRE GENERAL SYNDICAT AUTONOME DES ENSEIGNANTS DU SUPERIEUR (SAES)

« On peut dire que c’est du 50/50»

« Il y a eu des points de satisfaction et des déceptions. On peut dire que c’est du 50/50. Les collègues étaient euphoriques sur l’accord avec le Gouvernement, concernant la retraite. Ils sont déçus par le retard sur l’organisation de la conférence sociale, à laquelle l’accord était conditionné. Si, en janvier 2017, le Saes dépose un préavis de grève, que l’opinion publique sache que c’est relatif au respect de l’accord sur la retraite, un point fondamental. Il faut aussi être objectif et reconnaître que les autres points d’accord sont en train d’être respectés par le Gouvernement.»

L. DIOUF

DOUDOU NDIAYE, SECRETAIRE GENERAL DU SUDES, DE L’ENSEIGNEMENT PRESCOLAIRE ET ELEMENTAIRE

« Les manquements sont plus nombreux que les aspects positifs»

« Globalement, l’année est décevante, parce que les manquements sont plus nombreux que les aspects positifs. Une bonne partie des accords signés avec le Gouvernement tardent à être matérialisés. Sur la question des carrières, la dématérialisation, promise depuis 2015, pour la fin des lenteurs administratives, n’est toujours pas effective. Nous déplorons que les enseignants de l’élémentaires ne soient pas payés à la copie, durant les examens. Ce qui est effectif au niveau du Bac et du Bfem. Les enseignants de l’élémentaire reçoivent la modique somme de 1000 FCfa/jour. Nous déplorons aussi la gestion du personnel. Jusqu’à présent, des classes sont fermées dans certains établissements, faute d’enseignants. La dernière vague va être affectée à partir de janvier, alors que cela devait se faire avant la rentrée pour que le concept « Oubi tey, jangue tey» (reprise des cours dès le jour de la rentrée) devienne une réalité. Cependant, nous sommes satisfaits du début de la généralisation des manuels, parce que depuis deux ans, le Gouvernement accompagne le curriculum de l’éducation de base. On apprécie le changement de comportement du ministre de l’Éducation nationale qui commence à traiter les organisations syndicales comme des partenaires.»

L. DIOUF

 

JUSTICE

ME AYE BOUN MALICK DIOP, SECRETAIRE GENERAL DU SYTJUST

« Nous attendions beaucoup du gouvernement, mais…»

En 2016, nous attendions l’augmentation de l’indemnisation de participation à la judicature pour les greffiers, les administrateurs de greffe, les interprètes. Nous attendions aussi le droit au logement ou une indemnité de logement pour les greffiers en chef, les greffiers, les administrateurs de greffe, les interprètes. Nous attendions aussi une prime d’incitation à la célérité pour le personnel qui travaille avec les greffiers et qui joue un rôle important, avec un salaire sans aucune indemnité. Nous sommes désolés. A la suite de notre rencontre avec le Gouvernement le 8 aout dernier, le ministre de la Fonction publique nous avait promis que tout cela allait être réglé dans le plan de l’étude de rationalisation des délibérations de l’Etat. Notre cas est exceptionnel. Nous sommes des pauvres dans le secteur de la Justice, qui est un pouvoir. Notre traitement ne reflète pas notre appartenance à la famille judiciaire. Tous les membres de ce secteur ont un certain niveau de vie qui reflète leur appartenance à ce pouvoir. Nous, nous sommes dans des conditions terribles. Les salaires ont été augmentés dans le secteur de la Justice (tous sauf les magistrats : Ndlr). Maintenant, nous réclamons une harmonisation des salaires. Nous ne parlons pas de traitement égalitaire mais il doit y avoir une certaine harmonie. Parce que les écarts entre les salaires dans la justice sont terribles. C’est comme si on juxtaposait des cases et des gratte-ciels. Le président de la République a été interpellé lors de la rentrée des cours et tribunaux sur ce problème par le procureur général près la Cour de cassation, qui a signalé qu’il y a une saignée du personnel de la justice, avec la démission de plus de 40 greffiers sur un peu plus de 300. Nous demandons à l’Etat de satisfaire cette doléance, qui est source de frustrations. Nous attendions beaucoup du Gouvernement.»

BAISSE DU LOYER

Un casse-tête nommé loyer !

Son adoption avait l’effet d’un baume au cœur de milliers de locataires. Qui, à la fois béats et comblés, avaient loué la loi sur la baisse du loyer. La capitale sénégalaise, Dakar, qui concentre 51,6% des ménages en location, selon une étude de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) datant de décembre 2012, n’avait point hésité de porter le Président Sall au pinacle. Le président de l’Ascosen (Association des consommateurs du Sénégal), Momar Ndao : « Il y a environ 15 000 cas de réclamations enregistrées au plan national. On a pu régler 90 cas de réclamations. La loi sur la baisse du loyer est appliquée à hauteur de 98%. Il n’y a donc que 2% de taux de contestations. De 2014 à 2015, les cas de réclamations ont baissé de 66,61%. On enregistre moins de réclamations.»

Mais ces chiffres sont comme l’arbre qui cache la forêt. Puisque la réalité est autre. Le mal plus profond. Et comme un feu de paille, cette joie qui habitait les consuméristes a fait long feu. Car malgré son adoption à l’unanimité le 15 janvier 2016 à l’Hémicycle, puis sa promulgation le 22 du même mois, cette loi prévoyant des baisses du prix des loyers de 4 à 29% dans le pays, n’a guère permis un meilleur accès au logement au Sénégal. Au contraire, les prix sont montés crescendo. Aujourd’hui plus que jamais, les relations entre bailleurs et locataires sont des plus heurtées. Partout ou presque, l’on note une majoration des prix du loyer. Au grand dam des locataires. Les bailleurs n’hésitent plus à choisir leurs fourchettes de prix et de les calquer sur leurs intérêts économiques. Pis, le locataire bénéficiant déjà de la réduction, peut être tenté de changer de standing et retomber dans les mêmes travers de hausse du coût. Idem pour le nouveau locataire, qui risque de se casser la tête sous le poids de prix exorbitants et injustifiés. La loi sur la baisse du loyer a pour but d’améliorer le pouvoir d’achat des Sénégalais. Elle concerne la « baisse des loyers n’ayant pas été calculés suivant la surface corrigée». Et fixe une baisse de 29% pour les loyers inférieurs à 150 000 FCfa, 14% pour ceux compris entre 150 000 et 500 000 FCfa et 4% pour les loyers dépassant 500 000 FCfa.

IBRAHIMA KANDE

HABITAT SOCIAL

Encore loin des 15.000 logements par an

Le constat d’abord. En fin 2015, le déficit de logements sociaux est estimé 150 000 unités. L’Etat du Sénégal, qui a fait de la promotion de l’habitat social un des piliers du Pse, s’appuie sur les promoteurs immobiliers pour combler ce gap. En sus des allégements fiscaux, il s’engage à mettre à leur disposition des terres pour construire des logements sociaux, en plus d’aménager des pôles urbains. L’objectif est défini à 1000 hectares avant 2018 et 2000 avant 2023. Le Président fixe au ministère de l’Habitat un objectif final de 15000 logements/an. Des contrats de performance sont signés avec la Sicap et la Sn Hlm pour une production massive. Au final, 2016 comme les autres années, ne verra pas la réalisation de l’objectif présidentiel. Diène Farba Sarr, ministre de l’Habitat : « En 2012, la production de logements était à 5000. L’année suivante, il y a eu une progression, avec 5400 logements. Ensuite 5800 en 2014, puis 7800 en 2015 et en 2016, 10.000 logements ont été construits. L’objectif n’est pas atteint, mais progresse à 75%. L’objectif final de 15.000 logements/an sera peut-être atteint en 2019». La faute, en partie à des lenteurs notées dans des projets immobiliers situés dans la région de Dakar, la plus congestionnée. Pour renforcer ses réalisations, l’équipe ministérielle a bien pensé à avancer les programmes des 4 pôles urbains dakarois sur les 27 prévus dans le pays (2015-2035). Etant entendu que celui de Diamniadio est géré par la Délégation générale à la promotion des pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose. Même si les immatriculations, d’après les informations du ministère, ont été faites sur les sites Deny Biram Ndao, Diacksao Bambilor, Yenne et Dagakholpa et que le pôle de Dagakholpa devrait entrer en 2017 dans la phase aménagement, deux faits manquants subsistent, qui n’aident pas à atteindre les objectifs annuels en matière de logements sociaux. Lancée le 25 septembre 2015, la Cité de l’Emergence devait, avec 28 tours de 10 étages chacune, fournir 648 logements en janvier 2017. Mais ce projet confié au promoteur marocain Addoha pour un coût global de 21 milliards de FCFA, ne semble pas pressé de sortir de terre. Diène Farba Sarr : « Il y a eu clairement un retard d’objectif. Quelques lenteurs sont dues à des faits techniques. Par exemple, l’engin qui sert à creuser les pieux, était bloqué durant la saison des pluies à Diamniadio. Il a fallu attendre trois mois pour en disposer». Mêmes problèmes techniques à Diamnadio, qui devait livrer ses 100 premiers logements en avril 2016, après un premier rendez-vous manqué en 2015.

AICHA FALL THIAM

TOURISME EN 2016

Trop de temps perdu !

Le tourisme sénégalais vit des années sombres. Naguère un des secteurs phares de l’économie, il a, selon nombre de professionnels, perdu de son lustre. Et pour moult raisons, 2016 ne peut être une année de référence, avec la menace Ebola et surtout, la réciprocité des visas, un temps instauré par le Gouvernement. « Cela a ajouté beaucoup de charges à la destination Sénégal et des désagréments résultant de l’octroi du visa», reconnaît Bocar Ly, Directeur général de la Sapco. Cependant, il faut saluer la décision du président de la République de revenir sur cette mesure. Il a eu l’humilité de reconnaître qu’il s’est trompé, magnifie Moustapha Kane, Secrétaire général du Syndicat patronal de l’industrie hôtelière au Sénégal (Spihs), mais les difficultés persistent. Les hôteliers déplorent un désengagement des tours operators vers la destination Sénégal. Organisateurs des voyages de touristes, avec des prix englobant l’hôtel et le transport, s’ils se détournent d’une destination, cela peut prendre, au minimum, six ans avant de les faire revenir. On a perdu trop de temps. Le produit balnéaire, notre principal point d’attrait, comporte d’énormes difficultés, du fait de l’absence de sa composante principale, la plage. Un concurrent, comme la République Dominicaine, nous dépasse de loin. Il y a plus de 2000 destinations dans le monde, il faut se battre pour imposer son produit. Le Sénégal accueillait 26 vols par semaine, aujourd’hui, on en reçoit à peine deux sur la même période. Néanmoins, le directeur de la Sapco estime que ce discours reste alarmiste, car à Saly, site phare des activités touristiques du Sénégal, « nous avons noté une réelle reprise des activités». De même, le tourisme intérieur s’est beaucoup développé en 2016. Saly, Cap Skiring et Delta du Saloum reçoivent de plus en plus de Sénégalais venus passer un week-end ou un congé.

Lamine DIOHF (Stagiaire)

ECONOMIE

L’économiste Meïssa Babou note un fossé entre les chiffres et la réalité sur le terrain

Le budget de l’Etat du Sénégal a atteint la barre des 3000 milliards F Cfa en 2016, avec un déficit de l’ordre de 5%. L’économiste, Meïssa Babou approuve cette performance, qui est une première. Toutefois, sur le plan du déroulement, M. Babou est loin d’être satisfait. Selon l’économiste, il y a un fossé entre les chiffres annoncés et la réalité sur le terrain. Il déclare : « Les chiffres ne reflètent pas souvent la réalité. Sur le terrain des investissements promis, on n’a rien vu si ce n’est autour de Diamniadio, avec des promoteurs privés. Donc ce n’est pas du tout l’Etat du Sénégal qui a investi». A en croire l’économiste, l’Etat fait des investissements non rentables économiquement et il n’y a pas un bon cadrage. « Une lecture simple met à nu l’orientation désastreuse, le cadrage n’est pas bon. Même si sur le papier, on voit des investissements de 1500 milliards où on ne peut même pas sortir une université, alors que si on le voulait, en 10 mois, on fait un bâtiment de 7 milliards ou de 60 milliards quelque part. Une université coûterait moins de 60 milliards ou l’équivalent». Chaque année, déplore-t-il, c’est la même chose, on nous donne des chiffres, mais à la réalisation, on se rend compte que le cadrage n’a pas été respecté. Selon l’économiste, la souffrance est globale dans notre pays. Il cite : « Sur le plan aussi bien économique que social, on voit que tous les syndicats sont dehors, que les subventions pour les mairies ne sont pas suffisantes, parce que des salaires restent non payés pendant deux, trois mois». Malgré un taux de croissance en continue depuis 2012 de façon arithmétique, note Meïssa Babou, on observe que sur le terrain réel, il n’y a même pas de stage. Il faut noter les derniers développements, avec des retraités au désarroi, sans compter toutes les promesses des conseils ministres décentralisés qui n’ont pas encore vu un début d’investissements. « Tout cela nous conforte dans l’idée d’un Etat qui ne se concentre sur pas l’essentiel, c’est-à-dire les hôpitaux, les établissements scolaires, les universités. Mais on préfère un Ila Touba ou un train dont l’opportunité est à revoir. Les choix ne sont pas les meilleurs, il nous faut une réorientation».

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