Le Professeur Moussa Baldé, sur la crise universitaire

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L’universitaire Moussa Baldé s’émeut de la crise universitaire qui a coûté la vie à l’étudiant Bassirou Faye. Il estime que les autorités gagneraient à se pencher sur ce que doit être la «vrai université sénégalaise». Le responsable de l’Apr et président du Conseil départemental de Kolda décline ici ses ambitions. Directeur de la Sodagri, il prône le consommer local.


Quel est votre avis sur la crise à l’université de Dakar ?

On a envie de dire «encore un drame de plus à l’Ucad». Un mort de trop ! Je suis doublement peiné. D’abord en tant que citoyen. Ensuite en tant Maître de conférences au département de mathématiques où il était étudiant. Cela dit, à la limite on peut dire que c’était prévisible parce que l’Uni­versité sénégalaise, depuis plus d’une décennie, est en train de glisser de façon résolue dans un champ de violence. Nous avons eu Balla Gaye, un étudiant tué pendant le mois de Ramadan et aujourd’hui Bassirou Faye. Quand on est à l’université, chaque mois il y a des échauffourées qui opposent les Forces de l’ordre aux étudiants, où les étudiants entre eux. Donc, on ne peut pas être dans un tel espace et imaginer qu’il n’y ait pas un incident de ce genre. Et malheureusement ce drame était prévisible.


Est-ce que cette violation des franchises universitaires, comme on le dit, n’en a pas rajouté à ce cocktail déjà explosif ?


D’abord, le terme «violation des franchises universitaires» n’est pas approprié parce que les franchises disent que la police ne peut pas entrer dans l’espace universitaire sauf autorisation du recteur et de l’Assemblée universitaire. Je pense que la présence des policiers a été dûment autorisée par les autorités compétentes.


C’est quand même une cohabitation entre deux corps qui se regardent en chiens de faïence.


Il faut bien comprendre les causes. Les étudiants ont manifesté pour n’avoir pas perçu leurs bourses. Maintenant, le reste c’est une question de maintien de l’ordre qui a mal tourné. On peut faire cette appréciation mais d’un autre côté quand il y a des manifestations quelque part, que ce soit à l’université ou ailleurs, dès l’instant où il peut y avoir violence, on fait appel aux forces de maintien de l’ordre. C’est dire que la présence des policiers là-bas n’est pas une chose qui est venue comme ça. L’université de Dakar était devenue un champ de violence : lors des renouvellements d’amicales d’étudiants, c’était des bagarres à la machette et c’est un ensemble de facteurs qui avaient amené la communauté universitaire à dire qu’il faut qu’il y ait une présence de policiers dans l’espace universitaire pour des raisons de sécurité évidentes. Combien de fois on a entendu qu’on a blessé un étudiant à l’arme blanche, que des étudiants se sont tabassés à mort ? Et même à un certain moment, les enseignants se sont sentis menacés. On peut discuter de l’opportunité de leur présence dans l’université. Ce jour, il y a eu manifestation et les policiers ont voulu remettre de l’ordre. Malheureusement il y a eu ce drame qui est regrettable. Donc, le problème change de nature. Pourquoi un problème de maintien de l’ordre a abouti à une mort d’homme ?


La présence des Forces de l’ordre dans le campus est-elle un mal nécessaire ?


L’idéal est que l’université soit un espace non militarisé. Maintenant ce qui se passe à l’université Cheikh Anta Diop depuis plus d’une décennie a fait qu’à un moment donné, l’autorité a pensé que les forces de police doivent y être. On s’est rendu compte que cette présence policière peut aussi être source de dangers. La question c’est de réfléchir et voir comment arriver à une pacification de l’espace universitaire, redonner à ce lieu sa mission et revenir à une situation normale.


Ne pensez-vous pas que le gouvernement devait anticiper sur les problèmes que traverse l’université, comme la question des bourses ?

Comme vous le dites, les bourses sont la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Je suis d’avis qu’effectivement on doit trouver une solution définitive à ce problème. Je reconnais qu’on aurait dû anticiper pour régler le problème. Maintenant, les faits sont là. C’est l’occasion de revoir vraiment le processus de paiement des bourses. L’Etat du Sénégal, après les décisions du conseil présidentiel qui a conclu les Concertations nationales sur l’enseignement supérieur a entamé une série de réformes avec un bons succès. Le problème des bourses était effectivement dans le collimateur du gouvernement. Il y a eu des choses qui ont été faites mais il se trouve que le processus de paiement effectivement n’a pas été visité très trop pour que le problème soit définitivement réglé. Le gouvernement était en train de travailler là-dessus, il y a eu l’audit du fichier des bourses qui d’ailleurs, d’après des informations recueillies auprès du ministère de l’Enseignement supérieur, a occasionné le retard. C’est cet ensemble de processus qui était en train d’être fait et qui n’a pas encore abouti, qui a malheureusement abouti à ce drame là.


Ne pensez-vous pas que le ministère a mal communiqué parce que les étudiants n’avaient pas d’informations sur le retard ?


Reprocher au ministère de ne pas communiquer assez avec les étudiants je pense que c’est un peu dur. Je pense qu’il y a toujours eu des discussions entre la tutelle, la direction des bourses et les étudiants. Peut-être qu’il y a eu un malentendu qui a abouti à ce genre d’incident. Les faits sont là, c’est l’occasion de s’asseoir. Le président de la République a appelé à un dialogue et va appeler l’ensemble des composantes de l’espace universitaire pour qu’ensemble, les gens trouvent une solution définitive à ce problème.


Etes-vous d’accord avec ceux qui posent comme préalable à cette concertation la démission du ministre de l’Intérieur Abdoulaye Daouda Diallo et celui de l’Ensei­gnement supérieur Mary Teuw Niane ?

Je ne peux pas être à leur place. Mon avis, c’est que le rôle des syndicats, qu’ils soient d’étudiants ou d’enseignants, c’est d’expliquer à l’opinion la nature du problème et de proposer des solutions. Le reste est une prérogative du président de la République. C’est pourquoi je pense qu’un syndicat ne peut pas bloquer une institution en demandant la démission d’un membre du gouvernement. Le rôle du syndicat c’est de poser des revendications et de demander des solutions aux autorités. Demander ladémission de certains membres du gouvernement me paraît excessif.

Quelles solutions préconisez-vous pour désengorger l’université ?


Notre université publique a des difficultés depuis quelques années. Quand le Président est arrivé au pouvoir, il a décliné sa vision pour notre enseignement supérieur, il a instruit le gouvernement pour l’organisation d’une Concertation nationale sur l’enseignement supérieur. Lors du conseil présidentiel concluant ces concertations, il a pris onze décisions dont la construction de la deuxième université de Dakar et l’université du Sine-Saloum. Ces universités vont renforcer celles existantes qui sont censées monter en puissance. Donc, ce processus, d’ici quelques années, devrait arriver à désengorger l’Ucad pour l’amener à des proportions beaucoup plus raisonnables. On était dans une bonne dynamique qu’un accident très malheureux vient de ternir. Mais il faut reprendre le bon chemin et continuer le travail. Maintenant, il faut peut-être le faire dans une ambiance plus sereine avec une concertation plus large et un dialogue permanent avec toutes les composantes de l’université.


Parlant de l’université du Sine-Saloum, en tant que directeur de la Sodagri quelle attentes placez-vous en cette université à vocation agricole ?


L’université du Sine-Saloum vient à son heure parce que nous avons hérité l’université de la colonisation. Depuis les indépendances, nous n’avons pas réfléchi sur ce que doit être l’université sénégalaise. Maintenant, avec la nouvelle vision des autorités, c’est qu’il faut qu’on ait une université sénégalaise c’est-à-dire une université qui va être plus proche des réalités de notre pays. Je pense que le Sénégal, pour se développer, tout le monde est d’accord qu’il faut passer par l’agriculture. Donc, une université à vocation agricole est la bienvenue, la Sodagri est prête en tout cas à accompagner pour que cela soit très prochainement une réussite.
Y a-t-il des accords de partenariat signés entre la Sodagri et les autorités de l’université du Sine-Saloum ?


Partenariat, pour le moment non, mais j’ai eu des discussions avec mon collègue, le recteur de l’université du Sine-Saloum qui est disposé à nous écouter pour que, par exemple la Sodagri puisse participer à la mise en place des curricula qui seront enseignés dans cette université.


Où en êtes-vous avec l’autosuffisance en riz en 2017 ?


Vous avez vu à travers la ville des panneaux publicitaires avec des fiertés de notre pays en l’occurrence le footballeur El Hadji Diouf, Akon, Pape Diouf et Lissa qui ont décidé volontairement de donner leur image au ministère de l’Agriculture pour la promotion de l’autosuffisance alimentaire en riz. Ce programme d’autosuffisance voudrait qu’en 2017, le Sénégal n’importe plus une graine de riz. Pour cela il faudrait qu’on produise 1 million 600 mille tonnes par an. Dans le cadre du programme d’accélération de la cadence de l’agriculture, nous avons le volet riz qui a été validé il y a quelques mois. Nous sommes en train de dérouler ce programme et, pour le moment, le cap c’est d’atteindre l’autosuffisance en 2017. Le Sénégal réunit toutes les conditions pour y arriver. Dans ce programme que nous menons avec ces célébrités, un des volets c’est la promotion du riz local. Il y a un malentendu entre les Sénégalais et le riz local. Scientifiquement, il est prouvé que sur pas mal d’aspects, notre riz est de meilleure qualité que le riz importé. Donc, il faudrait que les gens expliquent parce que nous pensons que beaucoup de Sénégalais ignorent les vertus du riz local et d’ailleurs cette tendance commence à être infléchie. De ce point de vue, on a beaucoup espoir que, dans quelques années, les Sénégalais vont comprendre qu’ils ont intérêt à manger du riz local parce que cela permet de participer au développement agricole avec une économie de 300 milliards par an, mais pour leur santé aussi, ils gagneraient à le consommer.


Vous avez été élu président du Conseil départemental de Kolda. Quels sont vos priorités ?


Nous venons d’être élus et nous allons commencer le travail. Actuellement, nous travaillons à mettre notre équipe en place. Le Conseil départemental de Kolda a vocation à travailler et à développer notre département et à l’inscrire dans la carte culturelle du Sénégal. Nos priorités ce sont, comme on a dit lors de la campagne électorale, l’éducation et la formation, la santé, l’environnement. Sur ce dernier point, l’enjeu serait de mettre en place un plan d’aménagement et d’exploitation qui puisse être durable parce que respectant certaines conditions sur l’environnement. 


<atndiaye@lequotidien.sn »>tndiaye@lequotidien.sn

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  1. Relisez vos articles avant de les publier ("Nous avons eu Balla Gaye, un étudiant tué pendant le mois de Ramadan et aujourd’hui Bassirou Faye."). Si ma mémoire est bonne, Balla Gaye n'est pas tué pendant le mois de Ramadan. M. Gaye Gay a été rappelé à Dieu en janvier 2001, en ce moment le ramadan était déjà terminé.

  2. Relisez vos articles avant de les publier ("Nous avons eu Balla Gaye, un étudiant tué pendant le mois de Ramadan et aujourd’hui Bassirou Faye."). Si ma mémoire est bonne, Balla Gaye n'est pas tué pendant le mois de Ramadan. M. Gaye Gay a été rappelé à Dieu en janvier 2001, en ce moment le ramadan était déjà terminé.

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