mardi, juillet 16, 2024

Des « Pandassadeurs »: voici comment la « diplomatie du panda » est devenu la nouvelle arme de charme des Chinois

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Washington accueillera d’ici à la fin de cette année un nouveau couple de pandas géants envoyés par la Chine. C’est le zoo de la capitale des Etats-Unis qui en a fait l’annonce mercredi soir 29 mai, après avoir signé un contrat de prêt pour une durée de dix ans. Un accord qui marque le réchauffement des relations sino-américaines. « Baoli » le mâle et « QingBao » la femelle, auront un rôle de « pandassadeurs » auprès des visiteurs du zoo national Smithsonian.

N’allez pas croire qu’il s’agit d’une information anecdotique et de l’agrandissement d’un Pairi Daiza américain. Ce prêt de deux grands pandas aux Etats-Unis est un geste fort qui marque le réchauffement des relations entre les Etats-Unis et la Chine. Le transfert des deux ursidés a été négocié directement par Xi Jinping et Joe Biden lors de la visite de ce dernier en novembre 2023. C’est un nouvel épisode de ce qu’on appelle la diplomatie du Panda. 

Le panda géant est un animal emblématique de la Chine, « trésor national », depuis la nuit des temps. À l’époque antique, il fut chassé pour sa fourrure, mais il a toujours été infiniment respecté à cause de sa couleur noir et blanc, signe d’équilibre, en accord avec le Ying et le Yang de la philosophie taoïste. Ainsi dès le 3e siècle de notre ère, le panda, paisible végétarien, devint symbole de paix : hisser un étendard à son effigie lors d’un combat était l’équivalent de notre drapeau blanc, et signifiait qu’un des deux camps demandait un armistice. L’image du panda n’a fait ensuite que prendre de l’importance à tel point qu’on estime que la diplomatie du panda est née sous l’empire Tang.  

Wu Zetian, Impératrice de 690 à 705 après Jésus-Christ, aurait offert deux pandas géants vivants et 70 peaux de panda à l’empereur du Japon, comme marque d’amitié. Ce fut le début d’un processus qui perdure encore de nos, jours. 

Le Panda, un animal inconnu en Europe et en Amérique

Longtemps, l’image du panda resta imprécise dans nos pays, certains, voyageurs, missionnaires, explorateurs en avaient rapporté des dessins et des descriptions, mais personne dans le grand public n’en avait jamais vu. Jusqu’en 1938, quand un mâle « Happy », âgé de trois ans, capturé dans la nature, a été exposé en décembre au public de Londres. Vendu ensuite à un marchand d’animaux, il fit un tour d’Europe avec une escale à Paris du 26 mai au 6 juin 1939. Il prit ensuite la route du zoo de Saint-Louis aux Etats-Unis où il mourut en mars 1946…après plus rien.

Mais en 1949, le nouveau pouvoir communiste installé à Pékin décida de renouer avec la « diplomatie du Panda » chère à la dynastie Tang. La Chine l’utilise dès 1957 comme ambassadeur dans 9 pays. Au même moment, l’ours chinois devient une vedette internationale, choisi en 1961 comme mascotte par le plus célébré organisme de défense des animaux le WWF (World Wild Found, popularisé en France par les films de Christian Zuber). Le basculement définitif intervient en 1972 quand le président Mao Zedong offre deux pandas à son homologue américain Richard Nixon à l’occasion du rétablissement des relations économiques entre les deux pays. Un geste fort, à l’époque Washington continuait à considérer Taiwan et le régime de Chiang Kai-shek comme la Chine légitime. Pour la France qui avait pourtant reconnu le pouvoir communiste dès 1964, ce fut plus lent, mais plus grandiose. 

Un jour de décembre 1973, le vol régulier Pékin-Paris transporta deux ours noirs et blancs baptisés Li Li et Yen Yen. Des pandas géants âgés d’un an et demi offerts, trois mois plus tôt, par le Premier ministre chinois Zhou Enlai au président Georges Pompidou, à l’occasion de la première visite officielle d’un chef d’Etat français dans l’Empire du milieu. Ils firent le voyage sur Air France en première classe (dans des cages) aux côtés de passagers peu rassurés par cette proximité.

Ils arrivèrent le 8 décembre 1973 au zoo du bois de Vincennes. Lili succomba de ses problèmes de santé, 1 an plus tard, en 1974. Yen Yen vécu jusqu’à 27 ans et décéda en 2002.

Plus de dons mais des prêts 

Depuis 1984, la Chine ne donne plus de pandas, mais les prête, pour une période de 10 ans, l’idée étant de favoriser leur reproduction en captivité dans des zoos européens ou américains. Ces prêts sont sévèrement encadrés, des vétérinaires chinois sont dépêchés sur place pour suivre l’évolution des animaux. Les conditions du bail comprennent des frais pouvant atteindre 1 million de dollars par an, pour des établissements très fréquentés par exemple aux États-Unis. Une disposition prévoit que tous les oursons nés pendant la période de location deviennent la propriété de la République Populaire de Chine, d’où le départ annoncé des pandas wallons.

Nos pandas s’en vont

Bien des Belges ont été surpris, quand on leur a annoncé que les trois ours nés à Pairi Daiza retourneraient en Chine cet automne. Il s’agit des trois pandas nés depuis 2016 à Brugelette qui seront renvoyés en Chine, comme le veut la convention signée avec la China Wildlife Conservation Association (CWCA). Tian Bao, né le 2 juin 2016, et les jumeaux Bao Di et Bao Mei, mis au monde le 8 août 2019, découvriront leur pays d’origine en fin d’année. 

Leurs parents, Hao Hao et Xing Hui, arrivés voici dix ans à Brugelette, resteront pour leur part encore cinq ans au moins en Belgique pour poursuivre des tentatives de reproduction. Les deux pandas géants avaient été prêtés en 2014 par la Chine dans le cadre d’un programme de sauvegarde de l’espèce. Nul ne sait s’il y avait une arrière-pensée politique, il est difficile d’imaginer une volonté conquérante chinoise en Wallonie, mais sait-on jamais, on verra peut-être un jour des boulets ou des gaufres de Liège « made in China ». À moins que, excusez du peu, les armes de la FN ne suscitent leur intérêt.

Pandi panda, on te protégera 

Les pandas ne sont plus aujourd’hui considérée comme « en danger » selon l’Union internationale pour la conservation de la nature. En 2016, la population de pandas survivant à l’état naturel en Chine était estimée à 1864. Un chiffre suffisant pour assurer la pérennité de l’espèce. Il faut s’en réjouir. Les trentenaires se souviennent que dans leur enfance Chantal Goya chantait : Pandi-Panda tu ne s’ras pas une victime, Pandi-Panda, on te protégera.

L’objectif de survie des pandas semble donc réalisé…Restent les ambitions géopolitiques de la Chine, plus que jamais d’actualité. Comme aurait pu dire le Président Mao, la diplomatie du panda, n’est pas une chanson de Chantal Goya.

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