mercredi, mai 29, 2024

Elections locales au Sénégal (2022) : Les déterminants fondamentaux du vote

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Fini le double scrutin couplant les élections municipales et départementales dans toute l’étendue du territoire Sénégalais, un rendez-vous crucial que les populations avaient avec les futurs prétendants pour la gouvernance des collectivités territoriales. Après trois semaines de campagnes électorales où les candidats ont rivalisé de rhétorique, d’éloquence pour convaincre les citoyens du bien fondé de leurs programmes, après moult alliances et stratagèmes, les citoyens ont fait leur choix sur ceux qu’ils considèrent comme les meilleurs afin de mener à bon port leur destinée durant les cinq prochaines années.

En effet, l’acte de voter loin d’être un simple devoir citoyen va au-delà de ce rituel que nous avons tendance à banaliser au gré de sa récurrence. La carte d’électeur plus qu’un simple objet est un outil de décision et incarne un serment authentique qui traduit un contrat en bonne et due forme scellé entre prétendants et populations. Malheureusement, ces habitudes que nous avons tous adoptées ont fini par convaincre une bonne partie de l’opinion que la seule valeur de notre carte d’électeur est d’accomplir son devoir citoyen comme on a coutume de le dire en allant voter.

Or, le plus important est de savoir aussi déchiffrer le comportement des électeurs par rapport à leur choix porté sur tel ou tel candidat, une tâche il est vrai assez délicate, subjective en soi et qui soulève des questions pas si simples telles que :

Qu’est-ce qui motive les populations et les incite à accorder confiance aux candidats en leur donnant ce précieux sésame qu’est leur carte d’électeur ?

Nos populations font-elles des choix judicieux, réfléchis, légitimes et justifiés durant ces moments décisifs, sont-elles attirées par des programmes réalistes ou emballées par de simples projets concoctés et miroités durant les campagnes pour trahir leur vigilance ou s’attachent-elles à la personnalité des candidats ?

De toute façon, chacun pourra donner sa version de ces interrogations, en attendant nous avons voulu analyser cette question en posant le problème autrement ; comment apprécier et décortiquer au finish les comportements électoraux des citoyens ? Voilà qui nous conduit à égrener quelques types de votes que nous voulons explorer ici :  vote financier ? vote affectif ? vote conformiste ? vote par fidélité ou tradition historique ?

Ce tableau un peu sombre que nous analyserons n’a pas pour objet de dénigrer le comportement électoral des citoyens, mais nous aidera juste à comprendre les rapports très complexes des Sénégalais avec leurs dirigeants ainsi que les valeurs déterminant aujourd’hui le champ politique, autrement dit, comment se construit la notion de démocratie dans ce jeu assez subtile et qui parfois ressemble plus à un marché de dupes ou à un champ d’influences réciproques.

  1. Le vote financier :

Avec l’installation d’un système de corruption poussé à ses extrêmes, le vote financier se manifeste par des mécanismes informels et clandestins de conquête des consciences sur la base de pourboires, de petites enveloppes distribuées en coulisses ou de tous autres objets de nature (sac de riz, huile, sucre, promesses d’emploi, poste) en échangent du vote.

Ce canal est devenu monnaie courante dans les relations entre prétendants et populations. Il s’institutionnalise et se complique d’avantage grâce à l’irruption de nouveaux groupes d’acteurs constitués en médiateurs de campagnes et qui se positionnent comme relais politiques pour recruter les populations et leur acquérir à la bonne cause des dirigeants.   

  • Le vote affectif :

Ce type de vote est le plus vieux en état de survivance, il a été perpétué par les ancêtres et s’explique par un seul critère, l’attachement, la fidélité, l’honneur accordé presque à vie à un parti ou à un dirigeant sans considérations de subsides ou d’intérêts complémentaires. Il a prospéré à cause de la configuration du paysage politique Sénégalais qui n’avait pas une opposition solide alors que les populations gagnées par l’esprit colonial étaient encore convaincues que le seul pouvoir qui vaille et qui puisse leur apporter bonheur est le régime en place d’où un certain conformisme lié au temps présent et la peur de sanctions en cas de vote pour des opposants. Ce type de vote continue encore avec certains bastions qui n’échappent jamais au pouvoir avec des opposants démobilisés et faibles, faute de moyens.

Parfois, il se rapporte à la proximité relationnelle, voire émotionnelle que les électeurs ont avec des familles, des candidats en raison de traits de personnalités ou de critères personnels considérés comme grille d’appréciation. Bien que subjectif, le candidat est confondu à une idole.

Le vote affectif a également pris une configuration plus collective et se rapporte plus à des attentes de groupes qui espèrent toujours récolter les fruits de leur adhésion par la concrétisation d’actions de la part des leaders.

  • Le vote conformiste :

Non loin du vote affectif, il se rapporte plus à des états psychologiques de groupes et se matérialise par des mécanismes d’influences tantôt entre individus, et indirectes adossées à des choix souvent inconscients dont les électeurs n’ont aucune justification valable. Avec l’activisme des relais d’opinion, des corps intermédiaires, des lobbys utilisant la communication d’influence à travers des visites à domicile ou de courtoisie et la complicité des réseaux sociaux, ce type de comportement n’est plus rare durant les échéances électorales. Son mode opératoire est sa finalité est la fabrique du consentement collectif et la manipulation des masses sur la base de simples slogans qui finissent par emporter les électeurs. Il s’agit aussi d’un vote de foule où on choisit un candidat parce que tout le monde est presque de son camp.

  • Le vote par tradition historique :

Certaines régions ont une longue tradition d’histoire gardée comme mémoire et qui se réactualise toujours au moment des joutes électorales, une constante que les populations ne sont pas prêtes à lâcher.

Ainsi, l’évidence est que les comportements des électeurs sont imprévisibles, mais par tradition et surtout par devoir de mémoire, certains leaders ont une forme de relation assez atypique avec des zones et qui finissent par s’ancrer dans les pratiques électorales, devenant des forteresses intenables pour le pouvoir (Touba, Ziguinchor, Dakar en partie) ou pour l’opposition.

S’il y a des leçons à tirer de cette analyse, nous dirons qu’il est difficile et même impensable de faire une cartographie des comportements électoraux qui soit homogène et défendable tant le vote dépend de plusieurs paramètres qui dépassent ces seuls arguments que nous avons évoqués prenant en compte les valeurs culturelles, idéologiques, religieuses, les attitudes, les perceptions etc., ensuite tout acte de vote est sous-tendu par des raisons quel qu’en soi leur nature.

Seulement, le débat est ouvert et il arrive souvent que durant les élections, on aboutit à des déboires et des regrets ce qui est d’ailleurs fréquent, à votre avis dirait-on que nos populations n’ont pas la culture de piocher les bons pions lorsqu’il s’agit de choisir des leaders, ou avons-nous de mauvais profils comme le penserait Alain Deneault qui conçoit que « les médiocres ont pris le pouvoir car, ils ont plus d’appétence l’lorsqu’il est question de diriger ».

La réflexion continue et en lisant ce petit article merci de partager votre avis sur cette question en disant quels types de votes ou de comportements a (ont) prévalu dans vos communes respectives.

Ghansou Diambang : Sociologue et travailleur social

77 617 48 12/ 77 392 86 58

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