Contribution : 10 mesures à prendre pour assurer l’autosuffisance en riz au Sénégal (par El Hadji Diop)

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Les femmes rizicultrices du Sud du Sénégal (Casamance) à l’oeuvre malgré leurs faibles moyens (source : photos PAPSEN/PAIS novembre 2020)

Dans le sous secteur de l’agriculture stricto sensu, l’augmentation des importations de riz malgré les productions records enregistrées ces dernères années, devrait faire l’objet d’attention particulière.

En effet, pour assurer l’autosuffsance en riz au Sénégal, deux éléments majeurs devraient être pris en compte : le processus de substitution du riz importé au riz local et la commercialisation du riz local confrontée à la qualité du point de vue du consommateur et à un prix rémunérateur surtout pour le petit producteur. Sans prétendre à l’exhaustivité, un certain nombre de mesures devraient ainsi être prises. Il s’agit en 10 points de:

  • 1. la redéfinition des objectifs de la recherche c’est-à-dire une réorientation vers les besoins spécifiques des consommateurs afin de retrouver les préférences des consommateurs sur les variétés mises au point (l’ISRA et l’ITA doivent travailler ensemble pour une recherche collaborative basée sur la demande et au service du sénégalais consommateur de riz), et parallèlement vulgariser et diffuser les variétés qui répondent à ces critères auprès des consommateurs et retirer celles non conformes ; par exemple les variétés Sahel 108 et Nérika L19 ont été mises à la disposition des producteurs cette année par les programmes PAPSEN et PAIS de même que d’autres (des prébases) destinées à la multiplication comme TOX 728-1, ROK5, BG90-2, IR 1529, ITA 123, BW248-1, DJ12-519.
  • 2. la contractualisation en amont de la production et basée sur les besoins exprimés par le consommateur pour répondre au principe de « vendre avant de produire » dans l’approche chaîne de valeur (une tâche que les projets de développement pourront accomplir de même que les structures traditionnelles de conseil agricole et rural à travers un accompagnement des productrices/producteurs et de leurs organisations) parce que la marge la plus importante tirée des filières et chaînes de valeur agricoles revient aux opérateurs économiques qui en tirent donc plus profit ;
  • 3. la création d’une demande fixe minimale permettra d’avoir une idée sur les quantités de riz vendues ou destinées à la vente chez les producteurs et d’éviter les stocks importants en mévente (comme pour le sucre de la CSS) chez certains producteurs ; notons également qu’en Haute et Moyenne Casamance, PAPSEN et PAIS aménagent plus de 6000 ha de terres destinées à la riziculture, donc une bonne partie de la production de riz au niveau national peut être absorbée systématiquement à travers par exemple les hôpitaux, les centres de détention, les établissements d’enseignement (universités, écoles de formation etc.), les aides alimentaires (vivres de soudure, fonds risposte Covid 19, etc.), les bourses de sécurité familiale, les structures et démembrements de l’Etat, les projets de développement et les ONG selon un engagement volontaire etc. ;
  • 4. l’organisation d’une grande campagne de sensibilisation et de communication c’est-à-dire une campagne marketing (marketing territorial par exemple) soutenue par les pouvoirs publics et de grande ampleur du riz sénégalais labellisé « Riz de la Vallée », « Riz casamançais », « Riz du Pakao »,« Riz du Fouladou, de Pathiana »  ou « Riz du Sénégal » tout court, les appellations ne manquent pas, voire l’inscrire en AOC (Appellation d’origine contrôlée) ou IGP (Indicateur géographiquement protégé) etc. de concert avec l’Association sénégalaise de normalisation. Les visites organisées par les autorités sur le terrain peuvent servir de prétexte pour des campagnes itinérantes de promotion du riz local. Cette forme de valorisation s’inscrit dans une démarche de territorialisation induisant un changement de mentalité et de comportement qui doit aboutir, chemin faisant, à une attitude plus favorable des populations face aux produits locaux d’une manière générale (le portage du fameux “consommer sénégalais” doit d’abord être assuré par les autorités qui devront donner l’exemple et montrer la voie à suivre en s’y mettant); PAPSEN et PAIS accompagnent aujourd’hui les organisations de productrices et producteurs à la professionnalisation par des activités de développement organisationnel grâce à des experts métiers dans le domaine et sur tous les segments de cette chaine de valeur.
  • 5. le développement des autres segments de la chaîne de valeur notamment du riz local (transformation, agro industrialisation, distribution, etc.) permettant aux agriculteurs de s’y positionner également pour une valeur ajoutée plus importante ; les programmes PAPSEN/PAIS mettent par exemple à la disposition des productrices et producteurs du SUD ( Kolda et Sédhiou) divers types de matériel agricole subventionné à 100% :tracteurs, motoculteurs compacts, motoculteurs pour champs submergés, décortiqueuses et batteuses à céréales. Ce matériel qui contribue à l’intensification rizicole va alléger en même temps les charges de travail des femmes qui sont majoritaires dans la riziculture au Sud et augmenter par exemple la valeur ajoutée du riz paddy produit, après transformation sans compter les recettes tirées des prestations de service. Une manière ici d’assurer la prise en compte de la dimension genre dans ces programmes par une réduction de la pauvreté chez les personnes les plus vulnérables. 
  • 6. la mise en place de boutiques témoins dédiées à la commercialisation du riz local dans toutes les localités du pays à l’image de la Société nationale de distribution d’antan (SONADIS) qui assurait un service de proximité, dans le but de créer un nombre très élevé d’emplois grâce à un appui initial de l’Etat) ;
  • 7. un système normalisé de gestion de la qualité doit également être mis en place pour assurer le contrôle qualité sur toute la chaine de valeur (avec respect des clauses contractuelles notamment les délais d’exécution et de réalisation des transactions) ; ce qui permettra également de mieux nous aligner par rapport aux standards internationaux surtout avec l’actuelle Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) ; des dizaines de magasins de stockage à usage de banques céréalières sont entrain d’être implantées en Haute et Moyenne Casamance par les programmes PAPSEN et PAIS pour améliorer en partie les conditions de conservation ainsi que la sécurité alimentaire.
  • 8. l’aspect durabilité devrait aussi être intégré autant que possible en promouvant des méthodes et techniques de production respectueuses de l’environnement pour que les avantages tirés de ces importantes productions n’aient pas de mauvaises conséquences sur le devenir de l’agriculture sénégalaise (à cause de l’engrais chimique); les programmes PAPSEN et PAIS, par l’entremise de son volet d’assistance technique avec l’ISRA et le Centre de recherche agricole d’Italie (PPAT-RD) travaillent aujourd’hui sur la gestion conservatoire des sols et de restauration de la fertilité grâce à la diffusion de pratiques durables telles que l’agriculture de conservation pregnant en compte le compostage et d’autres techniques traditionnelles de régénération.
  • 9. l’assurance agricole : face aux aléas climatiques exacerbés ces dernières années par d’autres risques (inondations ou autres intempéries et catastrophes en plus de la crise sanitaire), les acteurs du conseil agricole et rural devraient inculquer aux producteurs la culture de l’assurance agricole et les accompagner dans ce sens.
  • 10. une meilleure harmonisation des interventions est également une condition sine qua none pour l’atteinte de l’autosuffisance réelle en riz sans possibilité d’éventuels doublons sur les chiffres communiqués. En effet, une coordination de l’ensemble des activités agricoles devrait être faite et des contrôles ainsi que des suivis systématiques effectués car les projets de développement agricole et rural ont tous quasiment les mêmes cibles et sont présents dans les mêmes localités avec souvent des interventions sans une réelle articulation entre elles.

EL hadji DIOP, Ingénieur en agronomie tropicale et socieconomiste,

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