L’exemple du PUDC au centre de l’évaluation des politiques publiques

Le Sénégal s’achemine vers le toilettage de ses politiques publiques. Ainsi, des universitaires sénégalais et sud-africains ont décidé de conduire une « analyse évaluative » de trois ans (1019-2022) portant sur la deuxième phase du Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC), un travail dont l’ambition est de représenter un exemple de partenariat entre pouvoirs publics et centres de recherche dans la détermination de l’efficience des politiques publiques mises en œuvre en Afrique.

Selon ses initiateurs, ce projet qui relève de la problématique générale de l’évaluation des politiques publiques, va consister en une stimulation de la création de connaissances devant permettre une maitrise de l’information scientifique, indispensable dans la conception, le suivi et évaluation des projets de développement.

Intitulé « Genre et bien-être dans l’accès durable à l’énergie et la résilience au changement climatique au Sénégal », le projet a bénéficié d’un financement de quelque 245 millions de FCFA du Centre de recherche pour le développement international (CRDI-Canada).

La directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest et du centre du CRDI, Julie Crowley, prenant part à l’atelier de lancement de ce projet, à Dakar (22-23 octobre), a insisté sur le « rôle incontournable de la recherche dans l’identification des problèmes de développement » dans des domaines tels que l’agriculture, l’environnement et l’économie inclusive.

Cette initiative vise à « soutenir le partenariat public-privé dans la co-construction et la diffusion de connaissances (…) dans les domaines des changements climatiques, de la sécurité énergétique et de la transformation rurale durable », a expliqué son coordonnateur docteur Pape Sow lors de l’atelier de lancement (22-23 octobre), à Dakar.

Dans cette perspective, il sera fait appel à l’expertise d’un groupe de chercheurs sénégalais et sud-africains, de l’Institut fondamental d’Afrique noir (IFAN-UCAD), de l’université Gaston Berger de Saint Louis et de l’Université de Cape Town en Afrique du Sud.

Des chercheurs, doctorants et maitrisards spécialisés dans les sciences sociales, dont le travail va consister à faire une analyse évaluative du PUDC, dans sa conception, ses projets, son financement et la viabilité de son modèle économique.

De cette manière, « le projet devrait intégrer l’impact d’évaluation pour soutenir la mise en œuvre adaptative des projets du PUDC et de futurs programmes », a souligné Papa Sow, ajoutant que quelque six articles scientifiques seront publiés pour le compte de cette initiative.

Il a justifié l’intégration de la dimension genre dans ce projet, estimant que « la thématique de l’environnement et des changements climatiques n’est pas assez développée avec les femmes au Sénégal ».

De par une démarche méthodologique qui se veut inclusive et qui prend en compte les préoccupations des différents acteurs, le projet « Genre et bien-être dans l’accès durable à l’énergie et la résilience au changement climatique au Sénégal » devrait permettre « d’instaurer le culte des résultats auprès des décideurs politiques », a indiqué Boubacar Ba, enseignant-chercheur en géographie à l’UGB.

A l’en croire, ce projet CRDI-IFAN pourrait efficacement permettre de « dynamiser, mais aussi de réorienter, au besoin, certaines priorités dans les zones d’intervention du PUDC ».

Le Programme d’urgence de développement communautaire dont la deuxième phase va démarrer en novembre prochain avec un financement de plus de 95 milliards francs CFA de la Banque africaine de développement (BAD), soit 162,03 millions d’euros.

A entendre Boubacar Ba, « ce programme de recherches pourrait même influencer d’autres pays qui sont déjà en train de dupliquer le PUDC chez eux ».

L’enseignant-chercheur en géographie à l’UGB a toutefois insisté sur la nécessité d’avoir une « approche holistique » de la question, en ce sens que « le PUDC présenterait une spécificité ». D’où selon lui l’importance de prendre en compte le PUDC dans ses différentes dimensions (territoriale, zonale, sectorielle).

Il a ainsi donné en exemple le secteur de la pêche, pour dire que le PUDC, qui prévoit d’amener des routes dans les zones rurales les plus reculées, « va bousculer l’ensemble de la chaine de valeur, allant du pêcheur à toute l’activité qui tourne autour, la transformation et la commercialisation à travers les pistes de production. »

Cela fait dire à la sociologue Fatou Sarr Sow que « ces infrastructures vont faire disparaitre les longues distances, permettant à la femme rurale d’exercer des activités économiques, sans avoir le besoin de passer par son mari ».

Pour la cheffe du laboratoire genre de l’IFAN, « le temps de travail dégagé, encouragé par une disponibilité des forages et des autres infrastructures de base, serait reversé ailleurs et va constituer un supplément de revenus ».

 Concevoir le genre au-delà de la femme

« Les futures croissances (économiques) vont dépendre en grande partie de l’intégration du genre dans les politiques publiques », estime Fatou Sarr Sow.

Selon la sociologue, si des institutions comme la Banque mondiale se mêlent désormais à ces concepts, « c’est dire que la question du genre a dépassé toute représentation anthropologique. »

Ainsi, les pouvoirs publics devraient penser davantage à cette dimension dans l’élaboration des programmes de développement à travers la formulation du budget qui constitue selon elle l’engagement le plus sincère d’un Etat à l’égard d’une question.

Aussi déplore-t-elle que seules 13, 08 % de femmes sont propriétaires de terre au Sénégal, des « anomalies » que le PUDC devrait tenir en compte dans ses prochaines déclinaisons a-t-elle fait observer.

En cela, les femmes qui compteraient un temps plus dégagé avec l’installation de forages et autres infrastructures de base, pourraient se lancer dans des activités agricoles dans une dynamique de développement communautaire.

« Aujourd’hui, pour pratiquer l’agriculture tout comme l’élevage, il y a un besoin de technologie mécanisée, qui pourrait mieux faciliter l’introduction des femmes dans ces activités génératrices de revenus », estime la sociologue de l’IFAN.

Fatou Sarr Sow a également souligné le paradoxe selon lequel « l’agriculture constitue la principale activité dans le monde rural et ne consommerait que quelque 3, 6 % de ressources énergétiques. »

 Anticiper les questions foncières

Sous l’effet des changements climatiques, « nous assistons de plus en plus à l’avancée de la mer ou la salinisation des sols, entrainant du coup des déplacements de populations de même que leurs activités économiques », note la cheffe du laboratoire genre de l’IFAN.

Elle préconise ainsi une intégration dans le PUDC de ces considérations pour éviter tout affrontement autour du foncier entre autochtones et populations déplacées.

Edwin Muchapondwa de l’Université du Cape Town (Afrique Sud) a assuré de la disponibilité de la technologie pour corriger ces anomalies.

Rappelant que les initiateurs du projet partent de l’hypothèse selon laquelle « le PUDC va améliorer la qualité de vie dans le monde rural », Edwin Muchapondwa souligne qu’au terme de trois ans de recherche sur le terrain, le projet devrait permettre de trouver des solutions durables applicables à ces phénomènes naturels impactant l’activité économique dans les zones touchées.

Edwin Muchapondwa, chargé du volet économique de ce projet, de même que son collègue de l’Université de Cape Town, Djiby Racine Thiam, indique que « la disponibilité de l’énergie constitue un soubassement pour le développement d’autres activités économiques. »

Le ministère du Pétrole et des Energies, par la voix de sa représentante Fatou Thiam Sow, a dit compter beaucoup sur les résultats des recherches prévues dans le cadre de ce projet.

« Le ministère pourrait s’approprier des résultats de ce projet, en perspective de son grand défi de fournir l’énergie aux populations du monde rural, dans les mêmes conditions que celles vivant au milieu urbain et péri-urbain », a-t-elle fait valoir.

Fatou Thiam Sow a toutefois rappelé les efforts du gouvernement pour l’accès à l’énergie dans le monde rural qui est de l’ordre de 42,3% en 2018, contre 8% en 2000.

APS

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