Sonacos ex Suneor, une équation vitale au Baol

Sonacos ex Suneor constituait avec Touba les deux pôles, fleurons de l’économie diourbelloise, avec l’écroulement de la Sonacos, la région dégradée n’a presque plus que Touba comme pilier. La Sonacos, il y’a 25 ans tenait encore bon, faisait les beaux jours de la région, et catalysait une grande part de la force active régionale.

Ballottée, entre d’une part, des régimes et systèmes de gestion différents, une concurrence internationale contrariante ; et d’autre part, des facteurs de production déclinants. En effet, que ce soit la pluviométrie, le sol, le matériel ; last but not least, le facteur primordial humain marqué par l’émigration et le dédain par la jeunesse de la terre. L’arachide a connu une mauvaise passe.

Depuis de bonnes années, le bassin arachidier transite du centre vers le Sud Est (les terres neuves) et le Sud Ouest (le Saloum et la Casamance), en effet, l’arachide connait des fortunes diverses, recule zonalement et régresse quantitativement, en effet les chiffres officielles ne sont pas corroborées par les réalités de terrains. Activité fluctuante, la traite arachidière dépend de multiples paramètres, exige une gestion concertée, solidaire, et appliquée.

Surtout que la Sonacos qui a longtemps fait la fierté des diourbellois, a aussi connu une descente  «aux enfers» épisodique et polémique. Les employés indexaient la concurrence de l’huile étrangère, les médias pointaient du doigt la direction libérale de la Suneor comme spéculatrice et importatrice d’huile raffinée en son sein, mise sur le marché avec grand bénéfice pour la société. La vétusté  du matériel de production qui date de la période coloniale ajoutée à la sous production conjoncturelle ralentie la marche de l’entreprise. Dépités par le prix aux producteurs : 210FCFA de même que les retards de commercialisation; certains tentent l’exportation, notamment, par la filière chinoise et en viennent aux mains avec la douane. Les ex ouvriers à l’affut de nouvelles opportunités, se mélangent aux masses des marchés et des chômeurs. Pilier de l’économie diourbelloise, sa dormance révèle une absence de politique prospective en son sein (avec notamment des machines vétustes). D’où l’on peut avancer sans risque de se tromper que les agropoles annoncés et devant dans une certaine mesure prendre sa relève ont tardé à venir, alors qu’aujourd’hui, le terrain ne donne aucun signe de leur réalisation prochaine. Pourtant, l’extinction de la Sonacos est un sevrage causant un grand vide au niveau régional et national, de même qu’au plan socio économique.

Aux dernières nouvelles, un incendie a été déclaré à l’usine de SEIB. Une renationalisation, reprise des mains de Jabber du groupe advens a été opérée en 2015 pour être rebaptisée en 2016, SONACOS. En effet, l’usine appelée lessieur Afrique a pris le nom de SONACOS lors de sa nationalisation en 1975 et en 2007 avec sa privatisation fut appelée SUNEOR par advens. Ce dernier groupe y a causé un trou financier et un recul de dynamisme sur lesquels avaient alerté les travailleurs dénonçant un non respect des engagements du groupe advens : « au moment de sa privatisation, un chiffre d’affaires de plus de 94 milliards de FCfa et un résultat d’exploitation positif de 1,3 milliard de FCfa. Elle employait aussi près de 7.000 personnes. En 2016, le chiffre d’affaires de la société dépasse à peine 10 milliards de FCfa avec un endettement de 50 milliards de FCfa. Elle emploie moins d’un millier de personnel. Le capital de la société est de 22,6 milliards de FCfa…» (Le soleil, 2016). Après la renationalisation où l’Etat détient 99,78 % des actions, on y note une reprise timide et est indexée une cherté de l’huile raffinée par rapport à la concurrence du fait dit on de son prix de revient. Aujourd’hui, les observateurs concordent sur le fait qu’une nouvelle privatisation doit être prudente vu l’intérêt, l’enjeu de la sonacos dans le développement national, car sa bonne santé est nécessaire à celle de la culture arachidière. Dans ce registre, le Pr Demba Sow invite à la prudence : «La privatisation précipitée de la SONACOS, la première entreprise agroalimentaire sénégalaise qui fait vivre plus de 4 millions de paysans.»

Quelle nouvelle piste de redressement pour l’usine de Dombe ou quoi à la place de la SEIB (Société d’établissement industrielle du Baol)? Là est la question concrète que se pose bon nombre de baol baols, témoins et autres acteurs, d’hier et d’aujourd’hui, interrogation dont tarde à apporter une réponse valide les politiques de tous bords. En effet, ces supposés managers de l’ensemble des démembrements de notre quotidien errent face aux vrais attentes. Il urge, aujourd’hui au Baol, de planifier une politique de développement rural intégré permettant d’augmenter la rentabilité de l’agriculture et passant par la promotion de la transformation des produits agricoles mais la dynamisation de la commercialisation des produits agricoles bruts et transformés à travers notamment les plateformes et les grandes surfaces, au niveau national et international.

P B Moussa Kane,

Doctorant en Aménagement-développement rural, UGB

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