Marianne Thyssen tire sa révérence après un mandat de commissaire

Une femme hors pair fait parler d’elle. Marianne Thyssen (CD&V), désignée par le gouvernement fédéral pour rejoindre la Commission en 2014, elle quittera la vie politique active à l’issue de son mandat au sein de l’exécutif européen le 31 octobre prochain. Première femme belge à obtenir un poste de commissaire, elle a notamment décroché un accord important sur la réforme de la directive sur le travail détaché et œuvré à la mise en place d’un socle européen des droits sociaux.

Après avoir siégé sans discontinuer au Parlement européen de 1991 à 2014, la chrétienne démocrate flamande avait finalement rejoint la branche exécutive de l’UE, où elle avait hérité du portefeuille de l’Emploi et des Affaires sociales. Durant son mandat, elle est notamment parvenue à décrocher un accord « équilibré » entre les États membres sur la délicate réforme de la directive du travail détaché. Une large majorité des ministres de l’UE se sont en effet rangés en octobre 2017 derrière sa proposition assurant que les travailleurs détachés aient droit au même paquet salarial que les employés locaux.

Pour lutter contre le phénomène du dumping social, elle a également fait aboutir la création d’une Autorité européenne du travail. Cette nouvelle instance aidera les États membres à mettre en œuvre les actes juridiques de l’UE concernant la mobilité de la main d’œuvre dans l’Union et la coordination de la sécurité sociale. Elle fournira aussi des informations aux salariés et aux employeurs sur les aspects complexes de la mobilité transfrontalière de la main d’œuvre. Lors de ses cinq années au Berlaymont, Marianne Thyssen a par ailleurs œuvré à la mise en place d’un socle européen des droits sociaux, dont l’objectif est de conférer aux citoyens des droits nouveaux et plus efficaces.

Reposant sur 20 principes, ce « pilier » doit orienter les réformes en la matière. Dans ce cadre, elle a entre autres été à la manœuvre de la révision des règles européennes en matière de congés parentaux. En vertu de celles-ci, un minimum européen de 10 jours de congé de paternité à la suite de la naissance de l’enfant, rémunérés à hauteur de la prestation de maladie, sera bientôt la norme dans toute l’Europe. Ces règles renforcent aussi le droit actuel à quatre mois de congé parental, dans la mesure où deux mois – au lieu d’un seul – ne pourront pas être transférés à l’autre parent. Jusqu’à présent, ce transfert se faisait souvent vers la mère, accentuant les inégalités de genre sur le marché du travail.

La chrétienne démocrate fut aussi à l’origine d’un nouvel acte européen sur l’accessibilité visant à améliorer la vie quotidienne des personnes handicapées et âgées, ou encore à celle d’une proposition qui a conduit à l’octroi de droits minimaux aux travailleurs exerçant un emploi à la demande, basé sur des chèques ou des plateformes (Uber, Deliveroo, etc.) Parmi les échecs de son mandat, sa proposition visant à coordonner les régimes de sécurité sociale des différents États membres de l’UE n’a pas abouti.

Dans le marché unique européen, les travailleurs peuvent librement aller prester dans un autre État membre. S’ils perdent leur emploi, ils ont droit – comme tout ressortissant du pays où ils travaillent – à une allocation, à condition d’avoir presté un certain nombre de jours de travail dans ce pays auparavant, comme c’est requis aussi pour les ressortissants de cet État. Le Parlement européen avait jugé, en fin d’année dernière, que l’accès au droit à l’allocation pour les travailleurs d’un autre État devait commencer à partir d’un seul jour presté.

Après de difficiles négociations, un compromis portant le délai d’attente à un mois avait été trouvé en mars entre les négociateurs des États et du Parlement, et ce en dépit de l’opposition de la Belgique et de quelques autres États. En Conseil fin mars, une minorité de blocage – avec le soutien de la Belgique – s’est dégagée pour rejeter ce compromis. De nouvelles négociations n’ont pas permis d’en dégager un nouveau. Bien qu’elle ait annoncé son départ de la politique active à l’issue de son mandat de commissaire, Mme Thyssen poussera encore la liste du CD&V lors du scrutin européen le 26 mai prochain.

Belga

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