Le défrichement, une autre technique de spoliation des terres dans le MYF

Le défrichement consiste à mettre fin à la destination forestière d’un terrain, en détruisant son état boisé pour l’exploitation agricole. Au début les années 90, un important mouvement de population est noté. Fuyant l’appauvrissement des sols du centre, des compatriotes sont venus défricher à volonté et créer des villages pour produire. Le phénomène se poursuit timidement encore avec l’accroissement démographique, la mécanisation de l’agriculture, la promotion de l’agriculture, impose une recherche perpétuelle d’espace. Beaucoup de prétendants préfèrent, comme jadis, utiliser le droit de la hache pour avoir des terres loin des règles édictées pour y accéder.

La lourdeur des procédures d’acquisition normale de parcelle agricole booste la méthode ancestrale. Coup d’œil sur un terrain de plus en plus rétrécit.nt-elles défrichées chaque année dans le département de Médina Yéro Foulah ? Difficile de trouver des statistiques précises. Toutefois, ce qui reste vrai et vérifiable, c’est qu’on défriche en sourdine chaque jour pour plus d’espace de production. De Darou Pakathiar, à Médina Manda, en passant par Keur Diobéne et autres, il est devenu difficile voire impossible de trouver un seul mètre carré de disponible. D’autant plus que de Bourroucoo à Saré Guéladio en passant par Ndorna Koulibto et Badion Suudwelly, l’espace est agressé dans la plus grande indifférence. Ici, on joue au plus malin. Faut même être malheureux pour se faire interpeller par les services forestiers. On déboise en toute discrétion pour agrandir la surface cultivable. Mama S. D., habitant d’un petit village de la commune de Fafacourou explique comment, il a fait pour avoir aujourd’hui un champ d’une dizaine d’hectares.

«Faudra me montrer un seul responsable qui possède d’une autorisation de défrichement. Il faut se débrouiller comme nos aïeux pour avoir un champ. L’espace est devenu très exiguë. Chaque jour, j’essaye d’augmenter quelques mètres et c’est simple. Cette terre n’est pas à vendre mais plutôt à exploiter pour vivre. Les services de répression ne sont intéressés que par les petites combines avec les coupeurs de bois. Rarement, nous sommes interpellés en dehors de ceux qui viennent défricher plusieurs dizaines par an», confie-t-il pour expliquer son modus operandi. A Médina Yéro Foulah, la course vers l’espace est marquée depuis plusieurs années par l’arrivée de compatriotes venus du centre. Ils viennent à la recherche de terre pour l’agriculture. Des agriculteurs qui ont fui les terres appauvries du Ndoucoumane ou salées du Sine pour retrouver le sourire dans cette zone frontalière avec la Gambie. Venus avec leur tradition culturale, ils ont défriché plusieurs centaines d’hectares, au début des années 90, en complicité avec les autorités administratives de l’époque. Des villages sont créés parfois à l’intérieur des forêts classées. Darou Pakaha, Médina Manda, Keur Diobéne…

LES RECRIMINATIONS DES ELEVEURS LOCAUX N’Y FERONT RIEN

La forêt jadis touffue, presque impénétrable, a fini de devenir une clairière du fait de l’action de l’homme. Les coupeurs de bois pour le trafic transfrontalier sont venus secoués les «exilés agricoles». Parfois, les jeunes de ces nouveaux villages ou qui viennent d’arriver sont enrôlés dans ces actions illégales mais plus rentables que la production agricole.

Le reste de la forêt est agressé de toute part à n’importe quelle heure. Si beaucoup de voix se lèvent pour dénoncer l’exploitation abusive du bois, la course a l’espace ne semble préoccupé que certains initiés. Il y a suffisamment de terres cultivables encore ; sans détruire les espaces classés. Mais avec cette course folle due à une plus grande mécanisation de l’agriculture, les risques sont encore là.

L’espace étant encore le même pour le bétail. Modus operandi est le même. Ou presque ! C’est à dire, laisser faire pour augmenter la production tant que c’est dans la zone de terroir loin du domaine classé.

Aujourd’hui, de plus en plus les populations prennent conscience de cette course à l’espace. Les élus locaux avec certains chefs de villages n’hésitent plus à faciliter les choses en «vendant» des espaces dans la plus grande discrétion. Des fonctionnaires et autres paysans du Dimanche se bousculent dans les clairières surtout les villages de la commune de Bignaarabé plus proches de Kolda commune. La recherche de vergers ou autres fermes pour faire de l’élevage. Rares sont les cas enregistrés au service forestier pour défrichement. Avec souvent des lenteurs à démoraliser plus d’un, pour cette année, une source nous signale que cinq (5) demandes n’ont pas encore été traitées. Le problème de la spoliation des terres de Pakour fait que le gouverneur veut lui-même présider la commission.

Les demandes remontées par le préfet attendent. Il y a quelques demandes notamment pour des fermes des agences comme Anida dans le Soulabaly et aussi certains chefs religieux pilotés par des Talibés avertis. Les services forestiers refusent de s’exprimer sur la question. Le nouveau code forestier adopté sans grand débat renforce la méfiance et aide ainsi les adeptes du défrichement clandestin. Les lenteurs font l’affaire des clandestins. Et nombreux sont ceux qui croient qu’il y a encore de l’espace pour cultiver mais en tenant compte des éleveurs autochtones qui ont toujours préservé ces espaces pour leurs pâturages. Et les défrichements clandestins, qui ne prennent pas compte des réalités notamment la position des marres et autres prairies propices aux bétails depuis des lustres ouvrent la voix aux conflits éleveurs agriculteurs.

Abdou DIAO / Koldanews

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