Vélingara : Du fait de l’implication des grands-mères dans l’éducation des filles Kéréwane libéré des grossesses précoces

Le département de Vélingara a la mauvaise réputation de violer les droits des enfants surtout ceux des filles, par la pratique de l’excision et des mariages forcés et précoces. Grandmotherproject est en train d’inverser la tendance. Déjà, le village de Kéréwane, grâce à ce projet, ne connaît plus depuis 6 ans, de cas de grossesses non désirées d’adolescentes.

Kéréwane est un village de la nouvelle commune de Kandia, situé à 7 km à l’ouest du département de Vélingara, au sud du Sénégal.  Dans ce patelin où vivent  près de 1000 âmes, les parents ne sont plus hantés par la psychose de grossesses non désirées de leurs filles. Celles qui sont à l’école comme celles qui sont en dehors du circuit scolaire. Et cela depuis bientôt 6ans. C’est la révélation faite par le chef du village, Malang Sané, au cours d’une rencontre communautaire réunissant notabilités religieuses, coutumières, grands-mères, journalistes, enseignants et personnes anonymes. Ce septuagénaire a déclaré: « Nous pouvons nous targuer d’être parmi les rares villages qui sont parvenus à maîtriser leurs filles au point que nous ne connaissons plus le phénomène de grossesses précoces. » Le hochement de tête approbateur de la foule, en dit long sur la véracité de ces propos. Une information confirmée par le directeur de l’école élémentaire dudit village,AliouSall. M. Sall qui dit être dans ce village depuis 7 ans, relativise et rectifie : « Disons que la situation a changé dans le bon sens. L’année scolairepassé, nous avons connu 1 cas de grossesse. La fille est originaire du village de Bantanto, orpheline, elle a suivi sa maman qui s’est remariée à Kéréwane. Les grands-mères sont en train de mener un bon travail de sensibilisation et d’éducation à l’endroit des filles. ». Et c’est Mme Aminata Konté, quinquagénaire, qui a livré la clef de l’énigme, car il s’agit bien d’une énigme dans ce fouladou qui a souvent fait l’actualité en matière de sexualité précoce de ses enfants. Elle a dit : « Cette réussite nous la devons à la stratégie mis en place par l’équipe de Judi Aubel (du nom de la directrice de l’ONG Grandmotherproject) pour assurer une bonne éducation aux filles de la localité. Depuis l’entrée de ce projet dans notre village, il n’y a plus d’organisation de soirées dansantes. La nuit, les filles sont aux côtés des grands-mères pour poser des questions sur des sujets qui les préoccupent, ou pour des moments de contes, de devinettes ou de commentaires de proverbes. D’elles-mêmes, les filles ont décidé de ne plus participer aux bals, et de ne plus porter des habits indécents.» Mme Konté poursuit : « Vous savez, les grands-mères étant consultées pour tout affaire concernant la tradition, elles sont parvenues à imposer le retard des mariages de nos filles, surtout quand elles sont à l’école. Même les mutilations génitales féminines sont en recul.» Ce qui est une révolution dans cette localité habitée essentiellement par des Soninkés, des peulhs et des mandingues, des groupes ethniques réputés être  conservateurs, qui pratiquent encore l’excision et enclins à imposer un époux à leurs filles.

Il faut rappeler que Grandmotherproject a pour mission d’améliorer la santé et le bien-être des femmes et des enfants dans les pays en voie de développemnt. Au Sénégal, ce projet créé par l’Américaine Judi Aubel intervient dans le département de Vélingara, dans la commune de Kandia précisément. Son approche méthodologique consiste en l’implication active des grands-mères, en tant que gardiennes de la tradition, en la création de conditions de dialogue entre les générations, ainsi qu’à susciter la réflexion critique pour trouver des solutions aux préoccupations de l’heure de la communauté. Impliquées dans l’éducation et l’encadrement des jeunes filles et des adolescents en général, les grands-mères ont pu impulser un changement d’attitude par rapport aux mariages et grossesses précoces, de même qu’aux mutilations génitales féminines (Mgf). Elles interviennent par moment dans les salles de classe de l’élémentaire, à la demande de l’enseignant, pour renforcer des leçons d’histoire, d’éducation, civique, morale et sanitaire.

Babacar Diouf / koldanews.com

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