samedi, avril 20, 2024

L’épidémie hémorragique à virus Ebola : Ce que la sociologie et l’anthropologie peuvent y apporter !

Ne ratez pas!

Il est de coutume de remarquer que l’on accorde chez nous une place très minime  à l’apport  des sciences humaines et sociales  aux questions de santé. Se demander par exemple quel peut être  le rôle du sociologue ou de l’anthropologue dans la gestion des crises sanitaires telles que l’épidémie à virus Ebola peut dérouter ou paraitre bizarre pour certains profanes dont il s’agit d’un non sens.

Cette confusion est entretenue par nos systèmes de croyances populaires et on peut toujours prolonger  le questionnement :

  • Primo, si le médecin soignant travaille sur la base d’un arsenal d’outils (gangs, ordonnancier, seringues, tables, appareil de radiologie, laboratoire d’analyses etc.), quel pourrait être l’équivalent de tout cela chez  le sociologue ou l’anthropologue ? Comment légitimer la pertinence de leur  présence sur ce terrain ? Quels seront leurs instruments de travail ? L’exigence de résultats immédiats,  tangibles et palpables  n’invalide telle pas leur attente ?
  • Secundo : si le premier peut immédiatement transcrire une ordonnance qui du coup lorsqu’elle est payée et utilisée  peut vite soulager le malade, comment mesurer l’impact de l’intervention sociologique ou anthropologique sur la santé du patient ?

Notre prétention n’est pas de soumettre à l’examen d’une quelconque critique l’approche clinique ou purement médicale dans la réponse à l’épidémie même si l’on sait que le premier reflexe quand pareilles situations arrivent est de se ruer vers les points de prestation de service (PPS).

Nous ambitionnons juste  d’analyser malheureusement ce que ces disciplines (sociologie et anthropologie)  peuvent produire dans la prise en charge de questions aussi sensibles en amont comme en aval et que pourtant beaucoup ignorent pour des raisons  sur lesquelles nous ne nous attarderons pas ici.

Dans la dynamique de notre réflexion, le  premier axe  traitera sur la base d’une approche géographie de la santé, ou anthropologie médicale des liens entre l’homme et l’animal

Il est évident que toutes les maladies sont avant tout le produit  d’un système de rapports entre les groupes sociaux et leur environnement. D’aucuns affirmeront pour plus de précision que la maladie n’est rien d’autre que ce consensus ou ce compromis trouvé entre le patient et l’image que lui accorde le médecin. Autrement dit, nos interactions quotidiennes avec la nature y compris tout ce qu’elle contient comme vies fussent elles animales ou végétales déterminent en grande partie nos comportements en matière de santé,  faits d’interprétations, sou tendus par des valeurs, de perceptions, de culture.

Cela veut dire que la perception de la maladie ainsi que le vécu de la douleur font intervenir tout un registre de faits liés aux expériences  de vie, aux modèles de socialisation, aux habitudes alimentaires , à l’habitat social, aux idéologies etc.

Oublier cette importante dimension dans la réponse aux pathologies peut nous coûter chers.

Mieux, en creusant les sillons de cette énigme, c’est-à-dire faisant l’origine du virus, nous sommes tous invités à requestionner les relations entre l’homme et l’animal que l’on dit être au départ le principal vecteur. Je repose cette problématique volontairement car dans des situations de détresses comme celle que nous vivons aujourd’hui, on oublie souvent de voir sur le rétroviseur ce qui est l’origine de nos malheurs. Chose fort normale eu égards à la situation qui prévaut. Voila que s’expriment les premiers besoins des socio anthropologues.

En plus, du VIH à Ebola et j’en passe, comment comprendre que presque toutes les épidémies  soient le fruit d’un transfert de l’animal à l’humain. Ce qui laisse en substance rebondir une interrogation à ce jour millénaire que nos chercheurs de tous bords n’ont pas encore résolu.

La question est simple  et naturalistes et éthologistes continuent toujours de la poser : Existe-t-il un chainon manquant entre l’homme et l’animal même si en tant qu’êtres civilisés, nous ne voulons presque jamais cautionner l’idée que notre proximité avec les animaux  crée un lien de parenté entre eux et nous d’où aussi l’urgence de revoir nos rapports avec toutes ces  autres vies qui ne sont pas nous mais avec qui nous partageons la terre parce que condamnés à vivre ensembles. Un autre point sur lequel on ne s’attarde souvent pas est le travail des laboratoires relativement aux manipulations génétiques, aux essais.

Avant de clore cette petite brèche, juste un peu de remind ; Karl Popper un des plus grands épistémologues  de l’histoire disait que toutes les sciences progressent sur la base d’une accumulation  d’erreurs et de tâtonnements.

Dans cette logique, sommes nous légitimés à dire aussi que toutes les maladies sont le fruit d’une maladresse humaine  ou qu’elles sont tout simplement fabriquées de toutes pièce par l’homme ?

Notre deuxième axe s’évertuera à analyser la pertinence des réponses jusque la définies que ce soit en termes de prévention, de prise en charge, de riposte le tout en rapport avec les systèmes de croyances locales que nos professionnels occultent parfois et qui sont de nature à influer sur les résultats d’où l’intérêt de recourir à la sociologie et à l’anthropologie non pas en tant que panacées mais comme dispositifs d’aide pour mieux comprendre d’abord la psychologie des infectés, des affectés, du tissu des rapports entre les différents acteurs, des schémas communautaires de prise en charge.

Nous en voulons pour illustration celle-ci : Si dans la chaine de prévention, on insiste beaucoup plus sur la notion de contact qui serait la voie la plus indiquée pour toute contraction, en Afrique, nos maladies sont avant tout communautaires (rites d’interactions positives comme les salutations, accolades, cérémonies funéraires accompagnées de rituels, partage d’ustensiles et de bols ensemble etc.).

La sociabilité du sujet est jugée en fonction de sa capacité à aller vers l’autre, à le soulager, à partager ses vulnérabilités, ses malheurs, bref une exigence de contagion situationnelle qui prouve que nous avons tous le même ressenti des pathologies.

Ainsi, la bonne santé des mœurs et la notion d’équilibre de la vie en société tiennent par ces piliers qu’il faut prendre  en compte.   C’est d’ailleurs pourquoi, la portée sociale du « contact humain » et de la notion de « proximité » en termes de partage des valeurs, des relations de voisinage immédiat, des us et coutumes nécessite une analyse minutieuse.

Autres questions encore me direz-vous  assez embarrassantes :

Quel système de salutations par exemple adopter en ces moments difficiles ? Comment gérer les contacts dans de telles circonstances ? Quelles types d’informations livrer à la population déjà en situation de panique due aux rumeurs sans pour autant altérer les liens sociaux qui de toute façon doivent continuer même après l’épidémie. Comment encadrer l’information rumorale, les niches d’informations intoxiquées qui apparaissent ça est là ? Comment réfléchir sur les mécanismes d’isolement, de mise en quarantaine ? Quel doit être la meilleure stratégie de gestion politique des frontières sans altérer les relations diplomatiques entre pays voisins ? Que dire ou comment prévoir des infiltrations incontrôlées comme c’est le cas du Guinéen au Sénégal ? Comment réguler ici la dynamique de la mobilité des populations dont actuellement une importante partie est prise en otage en République de Guinée victimes d’une fermeture dont on ne sait pas encore la fin. Quelles peuvent être les incidences de cette épidémie sur l’avenir des sociétés, de l’économie locale avec la fermeture des loumas, sur le tissu des liens ? Quels outils les institutions internationales doivent mettre en place pour contenir dans l’avenir de telles catastrophes sanitaires ? 

Comprenons de passage que le sens de ces interrogations, c’est de montrer que la question Ebola dépasse les seules frontières de la santé, qu’elle a des incidences politiques, sociales, culturelles voire idéologiques.

En effet, les approches préconisées jusque la doivent prendre en charge prioritairement le système de perceptions des populations sur l’épidémie en partant des variables socio culturelles.

Ce qui n’a pas été toujours le cas selon l’anthropologue Sénégalais Cheikh Ibrahima Niang de retour d’une mission de l’OMS à l’EST de la Sierra Léone, aux confins du Libéria. D’après lui : « On ne peut pas soigner des malades en ignorant leur environnement culturel ». Dans ce cadre, le déni du virus, une réalité vécue dans le pays d’Ellen Johnson Sirleaf  semble exprimer une exclusion de la population qui ne pense pas avoir toutes  les bonnes informations notamment de la part des professionnels de santé.

Aussi,  les actes de réticences par rapport à la médecine moderne traduisent ni plus ni  moins une limite objective de l’approche médicale qui en substance souffre d’un déficit de prise en charge de cette  dimension culturelle et de la mémoire collective.

L’explication de ce chercheur de l’UCAD est simple : « Si la maladie est transmise par un virus, l’éclatement de l’épidémie vient à partir du moment où il y’a un contexte social, politique, culturel et historique favorables à son expansion ».

Autre chose non moins important, c’est que la cellule familiale est la plus touchée par cette maladie alors que les modèles de ripostes sont de facture surtout occidentales s’accentuant sur l’individu isolé.

Notre troisième axe se veut critique quant aux innombrables chiffres qui nous parviennent chaque jour des médias et qui feront forcément tâche d’huile sur la psychologie collective des populations.

Le contexte  peut présenter deux versants :

  1. Aujourd’hui, avec la dynamique des déplacements, les tendances en termes de victimes atteintes ou mortes du virus sont appelées à évoluer. Pour autant, il urge de porter une attention particulière à cette situation qui peut vite inquiéter d’où un travail de conscientisation et d’encadrement à faire.
  2. Quant les premières victimes du VIH/SIDA tombaient,  l’on n’avait pas sûrement ce regard de mansuétude  sur une pandémie qui allait ôter la vie à des millions de personnes. Cette banalisation parfois stratégique  voire  délibérée des chiffres  a inspiré un  expert  de la santé qui dira :

« Le problème principal  est qu’on ne sait pas encore combien de temps dureront ces maladies ». En Afrique de l’ouest (Sierra Léone, Libéria et Guinée Conakry en sa   partie forestière)  foyer d’expansion, les frontières sont dans le plus clair des cas fermées pour maîtriser la propagation et éviter des effets de contagion et un important dispositif de surveillance et de riposte ont été conçus pour maîtriser les cas d’infiltrations et prendre en charge les suspects et les dépistés positifs.

Cependant, pensez-vous comme nous que fermer les frontières comme des cadenas peut être efficace à l’issue de la lutte ?

Le difficile n’est peut être pas de bouter les maladies mais en le  faisant, de ne pas jeter l’eau du bain avec le bébé.

Concevoir donc un dispositif de prise en charge suffisamment intégratif mettant en valeur l’approche familiale, communautaire  en termes de soulagement et d’accueil, pour minorer les mécanismes de stigmatisation et de rejets de ceux qui seront suspects ou  atteints, scientifique ou médicale, culturelle, religieuse, mythique et mystique.

Notre dernier mot est de dire ceci : Ne tuons pas Ebola en tuant ce qui fait la grandeur humaine ; c’est-à-dire le lien politique, social, culturel etc.

Ghansou Diambang
Sociologue et Travailleur Social
Téléphone : 77 617 48 12
Email : gdiambang@koldanews.com

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