Home Actualité Politique Elections locales et violences politiques : Autopsie d’une relation  complexe

Elections locales et violences politiques : Autopsie d’une relation  complexe

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 « La politique est une guerre sans effusion de sang, et la guerre une politique avec effusion de sang. » Mao Tsé Toung

« Quelle  soit politique, religieuse ou tout simplement sociale, la violence occupe  de plus en plus la une de nos journaux et fait l’objet de recherches assez  fouillées en sciences sociales notamment dans le cadre des investigations en milieu  universitaire et supérieur.  Le regain d’intérêt pour cette thématique tient à la radicalisation de la question.

Banalisée au gré de sa récurrence, les thérapies juridiques et sociales  échouent à apporter des réponses qui soient satisfaisantes. Ce manquement a crée aujourd’hui de nouvelles sociétés  acro à la violence.

 Pour presque tous, l’ampleur du problème en fait  un véritable phénomène de société. Approches incertaines ou objet aux multiples enjeux, de toute évidence, analystes politiques et sociologues rivalisent chaque jour d’opinions  pour mieux cerner ce qui risque d’être pour nos gouvernants une autre priorité à côté de l’éternelle équation de la pauvreté qui gangrène depuis belles lurettes les sociétés Africaines ».

En effet, même si l’objet de cet article est de se pencher sur une forme de violence plus préoccupante  celle  politique, actualité oblige, l’approche un peu holistique que nous privilégions  invite  à revisiter ses contours en partant des trajectoires historiques des groupes et des événements de grande portée souvent vecteurs de troubles.

C’est aussi pourquoi en  engageant  ce processus de réflexion, nous avons voulu poser un certain nombre de préoccupations relatives aux rapports entre politique et violence. Ce qui ne nous laisse pas dire que cette activité est la seule pourvoyeuse de violence. Par exemple :

  • Quels sont les mobiles de l’action politique ?
  • Comment interpréter l’irruption de la violence dans le paysage de la politique ?
  • Les violences politiques ne sont telles pas un prolongement de la violence sociale et un signe d’échec des leaders à mieux canaliser les masses ou tout simplement à maîtriser les groupes politiquement actifs ?
  • L’action politique n’a telle pas perdu une de ses valeurs qui consisterait à instaurer une compétition basée sur le culte de l’impartialité et la promotion du compromis ?

Pour décortiquer la réalité, faisons comme les sociologues en nous exerçant à un petit jeu d’éclairage conceptuel. Pour autant, nul besoin de le rappeler ; le mot « violence » charrie une forte dose de complexité, une situation qui en fait une sorte d’épiphénomène analysé diversement suivant les contextes et les disciplines.

En effet, par méthodologie,  et au risque de faire le tour d’horizon de ses différentes appréhensions, nous retiendrons principalement trois approches qui d’ailleurs ne nous donnent aucune garantie ni une quelconque prétention à vouloir épuiser  les contours du fait.

Bien qu’il occupe plusieurs registres de la vie des hommes (physique, moral, psychologique, menaces, paniques, attaques verbales, répressions, intimidation, harcèlement etc.)  nos spécialistes des sciences sociales  ont dressé une typologie du phénomène en partant de trois orientations qui ne s’excluent pas forcément :

1-L’orientation analytique qui fait état d’une violence illégitime renvoyant aux attaques physiques entre individus (usage d’armes blanches) et une violence légitime employée souvent par l’Etat qui en principe est le seul détenteur de ce monopole  et  de surcroit l’exerce dans le but de réguler l’action politique et sociale,  et veiller à faire régner la paix ;

2-L’orientation Marxiste envisage la violence dans un sens figuré, l’associant à une forme de domination sociale de groupes  économiquement privilégiés au profit des pauvres ;

3-L’orientation symbolique qui est celle de Pierre Bourdieu fait allusion à  l’exclusion d’une catégorie sociale sur la base de son statut  jugé inférieur. Fondée sur un véritable arbitraire, cette dernière met en lumière le maintien d’une forme quelconque de domination qui circule à travers les groupes sociaux en partant d’une sorte d’héritage.

Ces approches quoi que suffisamment denses ne contredisent pas pourtant les versions anthropologiques et politiques qui à peu près reconnaissent toutes en substance que ; « la nature humaine est inséparable d’une certaine forme de violence ».

Mais, poser notre problématique de la sorte, n’est ce pas quelque part vouloir affirmer avec Blaise Pascal que la violence constitue un supplément d’âme à la politique car, nous sommes tous écartelés dans cette éternelle relation dialectique entre notre raison  soucieuse parfois de nous humaniser et nos passions qui nous tirent toujours dans cette volonté de dominer les autres.  

En outre, il est salutaire comme cela s’est passé chez nous que des organisations de la société civile prennent sous le sceau de la prévention, l’heureuse initiative d’ouvrir un champ propice à la culture d’une campagne plus citoyenne, apaisée,  par des actions de partage entre prétendants le tout dans un cadre plus convivial respectant les règles du jeu démocratique. L’une des principales valeurs ajoutées de ces joutes électorales aurait été ce test où les citoyens ont également toute la latitude de s’exprimer souverainement.

Qui plus est, l’intérêt de cet exercice tient au fait qu’en Afrique et c’est l’avis presqu’unanime des observateurs durant les moments de compétition électorale,  dans presqu’un Etat sur quatre, la politique a rimé avec violence qu’elle soit liée à  des tendances, à des reliques ethniques ou à d’autres registres plus sensibles.

Il  est à ce titre,  opportun de rappeler que la violence exercée au nom de la politique n’est pas pour se faire une réalité exclusive relevant de ce seul domaine. Il y’a autrement dit une sorte de déversement, de continuité ou de transposition de cette violence du champ social à celui politique. Comme qui affirmerait que nos sociétés sont aujourd’hui plus que jamais gagnées par  ce trouble congénital des relations sociales quotidiennes teintées d’un individualisme à outrance, d’une volonté de vivre très libre et qui dans le plus clair des cas détermine nos liens de voisinage et de proximité.

Ainsi, la nature de ce phénomène a pris des allures beaucoup plus verbales basées sur des insultes, parfois avec toutes sortes d’invectives. Cette nouvelle situation qui a finit de pénétrer tous les secteurs de la vie pourrait dans une certaine mesure s’analyser comme une preuve de la perte des valeurs (respect de l’autre et de la hiérarchie,  sens du pardon et de la reconnaissance de l’autre comme un complément de ma personnalité, dignité, honneur, perte du sens citoyen).

Dans la réalité des faits, nos rapports à ces filets de  protection et à  ces  régulateurs sociaux  se sont largement effrités ou dans le pire des cas fragilisés par cette perte de l’authenticité, l’empiétement de l’éthique et des responsabilités communes comme individuelles.

Mélancolie collective ou désenchantement social ? Ni l’une ni l’autre, la sacralisation de la politique que l’on considère comme le chemin le plus court pour accéder aux privilèges (finance, accroissement du taux de sociabilité ou prestige social, accès aux  postes de haut niveau) n’est pas un phénomène nouveau.

Pour s’en convaincre, souvenons nous juste de ces propos de Winston Churchill : «  Faites la politique même si elle est plus dangereuse que la guerre… A la guerre vous ne pouvez mourir qu’une seule fois alors qu’en politique, on peut mourir plusieurs fois ».

Elle attise une nouvelle dynamique de lutte qui laisse peu de place à la reconnaissance (investiture des listes de candidats) de la compétence dans une société laminée par l’avoir. Celle-ci se définissant comme tout simplement la capacité à mobiliser les foules.

Le célèbre Youssou Ndour avait peut être raison justifiant sa volonté de briguer la magistrature suprême en 2012 de dire qu’on n’a pas besoin de diplôme pour être un grand politique.

Vous devinez la suite, l’arène politique de nos jours ne demande pas une certaine instruction, la seule discipline requise étant la maîtrise de l’électeur, une tête qu’il faut chasser à tout prix pour le convaincre de la nécessité d’opter son choix pour notre parti.

Ironie du sort ou non, de toute manière voilà une brèche qui ouvre une porte très franche à la politique devenue un champ de bataille.

Par subtilité et derrière les concepts  piégés utilisés par les leaders,  se cachent une conséquence non mesurée, la perte du lien politique que nous entendons ici comme une sorte de divorce idéologique entre les programmes  étalés ou proposés en tant qu’intentions et prétentions politiques et la déception souvent tardive des citoyens. Ce hiatus est de nature à endommager la confiance politique qui nécessite une sorte d’adhésion entre les prétendants et le peuple autour d’un programme soit-il économique, politique, social ou culturel.

Notre conviction et c’est sincèrement la nôtre est qu’il faudrait redéfinir le sens de l’action politique qui a connu une profonde mutation due à la résurgence de nouvelles forces politiques venant de tous les domaines, à la complexité du champ,  au profil des électeurs plus instruits et ayant une avancée significative en terme de choix.

Enfin, nos leaders éprouvent d’énormes difficultés à faire incarner au niveau de leur base les valeurs politiques et idéologiques qui sous tendent leur parti.

Pour illustration, on n’est pas socialiste parce qu’on véhicule dans le management de ses militants les valeurs qui promeuvent la sociale démocratie.

Cet amalgame toujours entretenu demande un toilettage du champ politique pour au finish minimiser les cas de violences.

Ghansou Diambang, Sociologue et Travailleur Social

Tel :77 617 48 12 / Email : gdiambang@koldanews.com

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