Home Actualité Contribution Vers une potentielle crise de régime (Mamadou SY Albert)

Vers une potentielle crise de régime (Mamadou SY Albert)

La majorité présidentielle est en train de bâtir sa stratégie graduelle pour contenir l’influence grandissante du mouvement de la contestation sociale et politique nourri par la société civile et les partisans de l’opposition radicale. Les indices d’une crise potentielle de régime se dessinent progressivement au Sénégal. La société civile est devenue l’adversaire à abattre par tous les moyens politiques étatiques et partisans. La majorité présidentielle se prépare activement ainsi, à organiser des contre regroupements et des contre marches pacifiques, des contre discours. Tous à l’assaut de la société civile et des radicaux. Les partisans du pouvoir sont, à n’en pas douter, conscients de l’impact ravageur des marches pacifiques et du discours responsable des leaders du mouvement cutoyen Aar li ñu bokk, réclamant la vérité et la bonne gouvernance économique. Contenir ce mouvement social et politique de protestation est un des objectifs inavouable de la contre-offensive opposée aux animateurs de la société civile. Le sommet de l’État et du Benno bokk yakaar, mesure évidemment les risques d’une perte de confiance des citoyens sénégalais et d’une crise de l’autorité politique présidentielle. Le feuilleton des contrats pétroliers et gaziers continue dans un contexte de manoeuvres politiques à peine voilées et de stratégie de gestion de l’opinion publique nationale et internationale peu adroite. Le feuilleton a d’ailleurs éclipsé le dialogue national, le dialogue politique, les activités gouvernementales et celles du chef de l’État. La gouvernance des contrats des ressources nationales est présentement la question majeure. Elle fait l’objet d’un débat d’intérêt national. La gouvernance des ressources nationales, notamment le pétrole, le gaz, sans oublier la gestion de l’eau, de l’électricité, des grands chantiers de l’État, prend une ampleur éminemment politique sous le règne de la deuxième alternance politique de régime. La responsabilité du président de la République dans les contrats pétroliers et gaziers, singulièrement dans le contrat avec ce partenaire, Pétro-Tim, fait de sa mal gouvernance suspectée, un centre d’intérêt national. Les gouvernants, les adversaires du régime républicain et les acteurs de la société civile sont suffisamment conscients des enjeux politiques de cette bataille d’opinion au sujet des contrats pétroliers et gaziers. La majorité présidentielle diabolise la société civile et  crée des contre sociétés civiles. Elle interdit des marches. Elle réprime au besoin. Il s’agit de contenir à pas de charge la résistance sociale, le discours de la société civile et de l’opposition « radicale ». La responsabilité du président de la République ne fait l’ombre d’un doute dans les rangs de la mouvance de l’opposition « radicale ». Certains de ces acteurs réclament la Haute Cour de Justice au regard de ce qui ressemble, à leurs yeux, à une trahison des intérêts du pays. D’autres exigent une commission d’enquête et la démission du procureur de la République ou le refus de répondre à l’appel au témoin. Ce sont là, des indices d’une crise de confiance politique et morale. Elle est susceptible de provoquer à tout moment, une  crise de régime. Le président de la République sera la cible principale de la stratégie de la société civile et de l’opposition « radicale ». Ces acteurs pourront-ils réussir à mobiliser l’opinion et les acteurs de l’opposition autour de la responsabilité du président de la République et l’impératif d’une investigation indépendante de la justice ? Le président de la République sera-t-il contrait de laisser la justice jouer pleinement son rôle sous la pression de la rue et de l’opinion publique nationale ? L’avenir édifiera sur les capacités de la société civile et de l’opposition « radicale » à imposer un rapport de force allant dans le sens de son objectif : faire pression pour l’éclatement de  la vérité. L’expérience de la première alternance mérite d’être relevée et revisitée par le pouvoir. En 2011 par exemple, c’est en moins de quelques semaines que la société civile et l’opposition radicale au pouvoir libéral ont réussi à renverser le rapport de force entre l’opposition et la majorité présidentielle en dépit de la ferme volonté de cette dernière de faire voter le projet de loi par l’Assemblée nationale. Le retrait du projet de révision constitutionnelle par le Président de la République, Abdoulaye Wade, a été salutaire pour les libéraux. Le rapport de force entre le pouvoir actuel et la société civile et les partis de l’opposition « radicale » va certainement se modifier au fil de l’évolution du feuilleton pétrolier et gazier. La radicalisation ou l’essoufflement de la résistance sociale et politique, sont du domaine des possibles politiques. Tout dépendra, probablement, des capacités politiques du pouvoir à mesurer l’impact de la résistance dans la société sénégalaise et à trouver intelligemment une réponse satisfaisante aux exigences d’une gouvernance démocratique et de la bonne gouvernance des affaires publiques. À défaut, le Sénégal peut ne pas éviter de basculer dans une crise de régime, profonde.  

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