Kolda : Une ville sans poisson frais

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Déclaré région depuis les années 80, Kolda est toujours cité parmi les villes les plus pauvres du pays. Et pourtant elle regorge de ressources de qualité, tant humaines que naturelles. Les ménages sont les plus touchés par cette pauvreté qui sévit dans la région.  Parmi les difficultés auxquelles font face les Koldois figurent celle liée à l’obtention de poissons frais. Parce que les ragoûts quotidiens ne sont pas à la portée de tous les ménages, majoritairement modestes, le poisson frais est pour les Koldois l’un des seuls moyens d’agrémenter leur repas. Mais de quel poisson s’agit-il ?

Ce n’est guère, le poisson tout frais qui sort des eaux Saint-louisienne pour atterrir dans la marmite d’une mère de famille de Guett-Ndar. Ni ceux que les habitants de Ziguinchor ou de Dakar consomment, Non!

De toutes les espèces de poissons, le sardinella aurita, localement connu sur la très célèbre appellation « Yaboy », est presque le seul poisson qui enrichit les repas à Kolda. Et encore ! Chez nous, on consomme des « Yaboy » congelés venus du Nord du pays à qui il a fallu au moins une journée pour arriver sur nos terres. Avec la rareté des poissons dans les eaux du Nord, Kafounting, Kap-Skiring et Ziguinchor sont les nouveaux lieux de ravitaillement en poissons frais. Dans l’émission Vie et Environnement, animée par Mme Diary Baldé sur Tace Art Tv, un mareyeur révèle qu’ils vont acheter la denrée à Kafounting et reprennent aussitôt la route, pour l’acheminer à Kolda. Entre le manque de glace, l’absence d’infrastructures de stockage, sans oublier la longue distance, on imagine facilement dans quel état ces poissons arrivent au Fouladou. A cela s’ajoute le fait que certains des camions frigorifiques sont peu adaptés à ce type de mission car la plupart ne disposent pas de caisses isothermes de qualité. Déjà en 1986, dans La commercialisation du poisson en Casamance, Christian Chaboud et Moustapha Kébé remarquaient que « les véhicules utilisés par les mareyeurs, à l’exception de quelques-uns équipés de caisses isothermes, ne sont pas adaptés au transport de poisson ». Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, de nouvelles routes ont été mises en place mais le problème de ces véhicules reste presque inchangé. Ils utilisent encore, pour certains, des techniques de réfrigération traditionnelles et peu « process ». Une fois à Kolda, les mareyeurs sont obligés d’écouler leurs produits dans la journée car la ville ne dispose d’aucune usine de glace pour la conservation du poisson, denrée hautement périssable.  

Le dépôt de poisson de la ville, situé dans la commune de Saré Bidji, est à ciel ouvert. Si on vous demandait la définition de la démission des pouvoirs publics, ne vous donnez pas le tournis à chercher dans le Dictionnaire, visitez juste le dépôt poisson de Kolda et le tour est joué ! Eaux usées et mouches font le décor de ce lieu qui accueille chaque jour des hommes et femmes, fils de Kolda, qui cherchent à gagner dignement leur vie. Ils ne sentent aucune main tendue des autorités pour améliorer leurs conditions de travail. Des locaux construits à côté du dépôt doivent en principe les accueillir mais jusqu’à présent c’est l’omerta des autorités sur cette infrastructure. Interrogé, toujours dans Vie et Environnement, un jeune travailleur (déchargeur) au dépôt révèle : « Nous sommes plusieurs jeunes à travailler dans la décharge des camions. On travaille de 6h à 10h-10h 30, pour une commission maximale de 2.500fr par jour. » Sous le soleil comme sous la pluie, et quelle que soit la quantité de poissons à décharger, ces jeunes ne reçoivent jamais plus que cette somme, martèle-il. Face aux nombreuses difficultés auxquelles font face nos mamans, nos pères et frères dans ce dépôt , il est temps que nos élus passent des promesses superfétatoires aux actions concrètes, comme celle de l’ouverture des locaux devant accueillir le dépôt de poisson et son monde. Chères autorités, je ne suis pas en train de rebuter toutes vos actions posées pour la réduction du chômage des jeunes de chez nous, seulement je vous rappelle qu’aider ceux qui ont déjà un travail, aussi trivial soit-il, à le conserver, c’est aussi un moyen de diminuer le chômage. Ainsi, je vous appelle à accompagner ces jeunes travailleurs du dépôt de poisson, en leur aidant à garantir leur travail afin qu’ils continuent de gagner dignement leur vie.

Quid du dragage du Fleuve Casamance ?

A l’instar de la Casamance entière, la région de Kolda est dotée d’énormes ressources naturelles. Ces ressources sont aujourd’hui exposées à d’énormes dégradations d’origines naturelles ou humaines. Malheureusement, le fleuve de Kolda est de ces ressources en voie de disparition. Un terrain de foot (« petit camp »), une ancienne terre arable ou encore un dépôt d’ordures, c’est à cela qu’on pense quand on arrive au Fleuve de Kolda. Son tarissement est si impressionnant qu’on a du mal à croire que cet endroit a pu abriter de l’eau dans le passé. Dans ce triste décor, le pont Abdoul Diallo est finalement le seul élément qui rappelle le passé fluvial de ce lieu.

Le dragage du fleuve a toujours été utilisé par les politiciens pour gagner l’électorat Koldois. L’ancien Maire, Bécaye Diop, en avait fait un « rêve ». De sa première année à la tête de la municipalité à la fin de son magistère, le projet n’a jamais quitté son état onirique. Le nouvel régime est aussi venu avec ses ambitions avec comme toujours : l’éternelle promesse du dragage du fleuve Casamance. En Avril 2013, plus précisément le Jeudi 17, s’est tenu, au Conseil Régional de Kolda, le Conseil des Ministre décentralisé. Au sortir de ce conseil, le Centre de Suivi Ecologique (CSE) présenta une contribution d’une vingtaine de pages dans laquelle il souligna des recommandations divisées en 5 axes. Dans le 4ème axe intitulé : Système axé sur la pêche continentale et l’aquaculture, le dragage du fleuve, de Fafacourou à Diana Malary, était le premier point. L’IEC et la systématisation des études d’impact environnemental étaient les autres points de l’axe 4. Deux ans plus tard, en 2015, lors de la cérémonie de réception des bateaux Aguène et Diambogne (Ziguinchor), le président de république annonçait la signature du contrat de réalisation du dragage du fleuve Casamance, avec un financement à hauteur de 21 milliards de FCFA du programme Orio de la Hollande, et 50 % de contrepartie de notre Etat. Six ans après, les casamançais, les Koldois en particulier, attendent encore la réalisation de ce projet. 

A l’approche des élections locales, chaque camp politique est sûrement en train de griffonner son programme, faisant la part belle, comme toujours, à l’aménagement du fleuve. Tel Archimède criant « Eurêka » (J’ai trouvé !), la population locale, par je ne sais quelle miraculeuse épiphanie,  a fini par comprendre que cette histoire de dragage s’approche plus d’un bluff électoral que d’une réelle volonté de soulager ses souffrances. Elle a compris, cette population, que les indécrottables politiciens que vous êtes n’en font qu’à leur tête et ne pensent qu’à leurs intérêts politiques.

Un dragage du fleuve permettrait pourtant une réhabilitation de ce poumon économique, une reprise de la pratique de la pêche ainsi qu’un renouveau des activités de maraîchage. Avec le dragage du fleuve, beaucoup de jeunes pourront se trouver du travail qui leur permettraient de sortir du chômage. L’heure est venue de rompre avec ce poncif qui vous présente,  vous politiciens, comme des fourbes à la parole légère. Pour oblitérer cette mauvaise réputation, commencez par respecter vos promesses de campagne. Concrétisez le dragage de notre fleuve !

Aidez-nous à enfin savourer un poisson frais sorti de notre fleuve.

 Par Moctar Seydi, étudiant à Lyon 2

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