L’électorat mouride, le casse-tête de Macky

Comme chaque année, à la veille du Grand Magal, le pèlerinage de Cheikh Ahmadou Bamba, dans la ville sainte de Touba, Macky Sall rendra une visite de courtoisie à Serigne Mountakha Mbacké, Khalif Général des Mourides. Le protocole exige qu’il en fasse de même avec les autres petits-fils du fondateur du mouridisme. Mais au-delà de son aspect purement religieux, cette visite a aussi une autre signification. Il s’agit, pour le candidat Macky Sall, de consolider l’estime que la hiérarchie mouride a pour lui, mais aussi de séduire l’électorat de Touba qui lui a toujours tourné le dos à la faveur du PDS, le parti d’Abdoulaye Wade.

A peine la visite de Macky Sall à Touba annoncée pour 25 octobre prochain, que des voix se sont déjà élevées pour saboter son séjour dans la ville sainte. Et même si Serigne Bass Abdou Khadre, porte-parole de la confrérie, a mis en garde ceux qui tenteraient de passer à l’action, il faudra, pour Macky Sall, prendre à la lettre les mots de ses adversaires politiques qui n’ont aucune intention de lui céder une seule parcelle de l’électorat de Touba.

Au Palais de l’avenue Roum, on s’active ainsi pour déjouer les pièges posés par les adversaires de Macky Sall et faire une réussite de cette visite à Touba. Selon nos sources, même cela s’annonce comme une mission très périlleuse, les partisans du président réfléchissent à voir sur quel levier appuyer pour neutraliser l’opposition dans la cité religieuse.

A Touba, les populations votent en majorité pour l’opposition, et plus particulièrement pour le Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade. Et cela pourrait être plus difficile pour Macky Sall puisque ses adversaires comme Pape Diop, Madické Niang et maintenant Idrissa Seck, leader du parti « Rewmi », sont très appréciés par la population.

Il s’agit maintenant de renverser cette tendance et de faire de cette visite à Touba un des moments du renouveau de l’Alliance pour la république (APR), le parti présidentiel, dans la région de Diourbel. Le jeu en vaut la chandelle car, d’après le dernier recensement général de la population de l’Agence nationale de la démographie et de la statistiques (ANSD) datant de 2013, le département de Mbacké, en terme de population, s’est classé troisième derrière Dakar et Pikine.

Pour réussir cette mission, Macky Sall a même responsabilisé des chefs religieux dans cette localité, au détriment de Moustapha Cissé Lo, président du parlement de la Cedeao qui était son bras droit à Touba. Cette décision a même poussé ce dernier à militer à présent à Dakar. Il déclare d’ailleurs convoiter la mairie de Dakar aux prochaines élections locales.

Mais malgré toutes ces manœuvres, Macky Sall n’a pu encore gagner le cœur des électeurs à Touba. Pour preuve, l’APR, son parti, a été battu, avec un large score, dans la ville sainte par le PDS d’Abdoulaye Wade aux dernières législatives.

Précision qui a son importance: l’emprisonnement de certains marabouts « Mourides », dès le début du mandat de Macky Sall, et ses déclarations comme : «les marabouts sont des citoyens ordinaire», n’ont pas joué en sa faveur. Plusieurs habitants de Touba lui en veulent toujours. L’autre fait qui a précipité son impopularité à Touba est la suppression des passeports diplomatiques que détenaient marabouts.

Il faut aussi dire qu’Abdoulaye Wade et sa famille politique sont très appréciés dans la ville sainte. Et parce qu’il le sentait plus proche d’eux, beaucoup des talibés mourides regrettent encore le fait qu’il ait perdu le pouvoir en 2012. Le sens de la communication que personne ne lui dénie, et son charisme, font aussi qu’Abdoulaye Wade est toujours dans les cœurs à Touba. Les populations de Touba voient aussi en lui quelqu’un de généreux, qui n’hésite pas à faire amende honorable quand il sait avoir eu tort, et il est très prompt à pardonner. Des vertus très ancrées dans la culture sénégalaise.

Il faudrait donc comprendre cette impopularité de Macky Sall à Touba dans ses rapports à la fois individuels et collectifs avec les populations de la ville sainte. , non dans les réalités politiques et le rôle qui pourraient jouer les responsables de l’APR. Et non dans les réalités politiques et le rôle qui pourraient jouer les responsables de l’APR, son parti.

Le360afrique

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