Gestion foncière au Fouladou: Le droit de la hache encore en vigueur…

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Kolda, une région au vaste potentiel naturel, n’est pas épargnée par la course pour l’appropriation des terres. Le combat est plus marqué dans les zones urbaines et périurbaines. Et, les terres cultivables sont elles de plus en plus accaparées par les producteurs venus des autres régions. La nouvelle réforme n’est perçue que par les élites.
Difficile de faire appliquer une réglementation sur le foncier au Fouladou. Le droit de la hache résiste encore au temps. Depuis toujours la terre est héritée des parents, grands parents. Eux qui ont défriché plusieurs hectares pour habiter, mais aussi pour se nourrir. Dans les villages, les terres sont ainsi exploitées et cédées de génération en génération. L’augmentation des besoins due à un accroissement de la population, à la mobilité et à la modernisation du système de production font bouger les choses. La terre reste depuis un enjeu. Avec une population urbaine encore faible, en 2011 elle est estimée à 130.200 habitants, soit 21% du total régional. Quant à la population rurale (79%), elle est répartie dans 2500 établissements humains de petites tailles (moins de 2500 habitants); cette situation complique la gestion de l’espace, l’accès aux services socio-économiques et la sécurité.

Mais aujourd’hui les choses sont encore plus difficiles. Il y a d’abord les terres les plus utiles. Ce sont les terres dans les centres urbains où la course effrénée pour l’acquisition d’un terrain est réelle. Chacun cherchant un lopin pour habiter ou sécuriser ses rejetons. A Kolda, ce marathon est permanent. Des collectivités locales ceinturant Kolda commune sont aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises. Dioulacolon, Saré Bidji et Bignaarabé sont menacés par les banabanas «terriens». Les vastes champs qui, jadis servaient de lieu de culture pour les habitants de la périphérie de Kolda, s’arrachent à coup de billets de F Cfa. Propriétaires de champs et élus ne cessent de se disputer ses lopins. Présentement, les nouveaux élus de Saré Bidji cherchent, eux, à identifier les propriétaires des champs. Histoire d’avoir une idée claire des terres disponibles. Le maire de Saré Bidji, un juriste spécialiste de la décentralisation, M. Malang Mballo, a ici l’occasion d’expérimenter le savoir théorique, en le confrontant à la réalité de terrain.

Dans la zone rurale, les choses bougent timidement encore. Ici, les terres défrichées par les ancêtres sont gérées par la famille. Un protocole ou accord tacite qui fait office de loi y est entretenue depuis. Ceux qui tentent de contester sont remis à leur place. Le chef de village et les sages veillent sur ce «code» non écrit. Chaque famille a ses terres, ses vallées et autres rizières. Ce qui fait qu’il est très rare de voir, dans un village, un titre de propriété ou d’attribution de parcelles. Il existe pour les initiés ou des esprits alertes qui profitent des anciennes collectivités locales pour avoir des attributions.
Une région où l’agriculture occupe 80% des actifs, assurant plus de 70% des revenus, avec seulement environ 25% des surfaces cultivables exploitées. Ce qui ne cesse d’attirer des producteurs des autres régions. Les conflits sont atténués par les efforts de communication pour une gestion concertée, juste des terroirs. Mais l’absence d’un cadre stratégique d’échange sur la gestion d’espace, l’enclavement des zones de production comme le département de Médina Yéro Foulah, inhibe ces efforts. Et comme si cela ne suffisait pas, les dispositions, enjeux et contours de la nouvelle réforme foncière qui se préparent sont encore inconnus pour la grande masse. Les textes restent une affaire d’initiés.

Abdou DIAO

source: Koldanews.com

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