Crise scolaire : Le Grand cadre évalue et menace trois semaines après la suspension

Leur suspension ? Ils n’en n’ont cure. Mamadou Lamine Dianté et Omar Waly Zoumarou se considèrent toujours comme Coordonnateur et 1er Vice-coordonnateur du Grand cadre des syndicats d’enseignants (Gcse). Face à la presse hier, ils ont fait le point sur les engagements pris par le gouvernement, qui les a poussés à suspendre leur mot d’ordre de grève, et se sont aussi prononcés sur le réaménagement du calendrier scolaire. 

La décision du ministre de l’Education nationale de réaménager le calendrier scolaire, en repoussant la date des examens, n’agrée pas les membres du Grand Cadre des syndicats d’enseignants (Gcse). Sous la férule de leur coordonnateur, Mamadou Lamine Dianté, ils dénoncent une démarche cavalière et un réaménagement anti-pédagogique, qui met à nu l’entière méconnaissance de Serigne Mbaye Thiam du système éducatif. Le Gcse estime que ce nouveau calendrier «comporte beaucoup d’incohérences et de pièges pour les élèves», et il le démontre avec plusieurs points. M. Dianté et ses camarades signalent que tous les examens ont été reportés, à l’exception des épreuves physiques, comme si l’Education physique et sportive (Eps) n’était pas une discipline, mais un simple jeu d’enfants. Ils font savoir aussi que les élèves de Terminale vont subir exceptionnellement l’épreuve anticipée de philosophie du baccalauréat avant les compositions du second semestre, qui devraient normalement leur servir de pré-test. Et les élèves des classes intermédiaires du Moyen et Secondaire débuteront leurs vacances 24h après la fin des compositions du second semestre, sans connaître leurs résultats. En outre, les professeurs devront, dans le délai étroit d’une semaine, corriger les copies des compositions, calculer les moyennes, remplir les livrets scolaires et participer aux conseils de classe, puis aller aux jurys du baccalauréat. Ce qui ouvre la voie à de longues périodes de contentieux à la rentrée prochaine, et tant pis pour les élèves en cas d’affectation de leurs professeurs.

«Il aurait fallu organiser deux sessions pour les examens»

Et d’après eux, en jurant qu’on n’ira pas au-delà du 31 juillet, le ministre certifie que le Bfem se fera en quatre jours, c’est-à-dire du 27 au 31 juillet. Le coordonnateur du Gcse souligne que dans le contexte des ponctions injustes et injustifiées des salaires, en cas de réaménagement, les enseignants paieraient doublement le prix de la grève, qui n’a été qu’une revendication de restitution. «Ce qui est naturellement inadmissible, car sauf falsification des rapports des inspections d’académie, il a été expressément demandé la restitution des ponctions, que seuls les enseignants ont subies parmi tous les corps qui ont observé des jours de grève.» Pour les membres du Grand cadre, il aurait fallu organiser deux sessions pour les examens. «Si ça ne tenait qu’à nous, au vu du vaste impact de la grève sur la progression dans les programmes, il aurait fallu la tenue de deux sessions du baccalauréat et du Bfem, si on veut donner aux élèves, ceux du public s’entend, toutes leurs chances de réussite. Evidemment, cela ne peut se faire que dans le cadre d’une concertation et d’un accord sur les modalités de prolonger l’année scolaire.»

«Si la mauvaise volonté et les provocations du gouvernement se précisent… »

Le Gcse a aussi fait le point, trois semaines après, sur les promesses du gouvernement, «qui s’était montré très pragmatique et a engagé toute sa crédibilité». Si les syndicalistes se réjouissent de la signature ainsi que de la publication au journal officiel du décret d’application sur la validation des années de contractualisation, ils disent toutefois rester vigilants sur les autres points, et interpellent le Premier ministre et les médiateurs. Selon eux, le Pm avait engagé son gouvernement à délivrer tous les actes administratifs et à les prendre en charge au niveau de la Direction de la solde, mais ce n’est pas totalement le cas. «Le ministre du Budget promet de mettre en place une task-force à cet effet, à compter du 19 mai 2015.» Le Grand cadre ajoute que le chef du gouvernement avait également engagé son équipe à publier les quotas de candidats aux passerelles professionnelles, le 15 mai 2015, mais «il n’en est absolument rien». C’est pourquoi, en exigeant le démarrage effectif de toutes les formations aux dates indiquées, nous invitons Monsieur le Premier Ministre à instruire son gouvernement de publier ces quotas et à convoquer sans délai la rencontre de partage sur les offres de formation proposées aux titulaires de diplômes spéciaux par la commission ad hoc du ministère de l’Enseignement supérieur.» Le rendez-vous pris pour rendre effective l’alimentation en eau et électricité de la cité des enseignants de Kounoune, à savoir, le 15 mai, n’a également pas été respecté, le ministre de l’Urbanisme ayant proposé le 16 aout prochain. La tenue des commissions d’avancement avait également été prévue pour le mois de juillet 2015, mais d’après le Gcse, à J-40, rien de sérieux ne laisse présager de l’effectivité de cette promesse. Le Pm avait aussi promis aux syndicalistes un partage du pré-rapport de l’étude sur les systèmes de rémunération au courant du mois de mai. «Jusqu’à ce jour, nous n’en avons aucune nouvelle.»

Forts de tous ces éléments, les camarades de Mamadou Lamine Dianté font dans la menace. «Pour toutes ces raisons, le Grand cadre rappelle avec force que son mot d’ordre n’a fait que l’objet d’une suspension provisoire. Si d’aventure la mauvaise volonté et les provocations du gouvernement se précisent, le Grand cadre se réserve le droit de reprendre la lutte sous des formes plus dévastatrices au second semestre.»

«Il n’existe qu’un seul et unique Grand Cadre, Mamadou Lamine Dianté est son coordonateur»

Mamadou Lamine Dianté a profité de l’occasion pour réaffirmer qu’il reste le coordonnateur du Gcse. «Il n’existe qu’un seul et unique Grand cadre reconnu par les autorités, les enseignants et les textes que nous avons élaborés et adoptés ensemble, son coordonnateur est Mamadou Lamine Dianté. Les preuves sont les suivantes : au moment où certains camarades ont préféré se retrouver dans un lieu privé pour martyriser Dianté et Zoumarou, tous avaient été régulièrement convoqués par le coordonnateur à une plénière d’évaluation, à la même heure, au siège du Grand cadre. La Charte du Gcse stipule en son chapitre IV, article 22 : «Les sanctions ci-après sont prévues et sont prononcées par la plénière : l’avertissement, le blâme, la suspension d’un à six mois et l’exclusion». Le code de conduite qui l’opérationnalise indique en son chapitre II, article 6 relatif aux sanctions en cas de violation des dispositions statutaires : «Tout syndicat membre qui viole l’orientation du Gcse, s’oppose à la mise en œuvre d’un plan d’actions ou lève unilatéralement des mots d’ordre, est exclu». Suivant le coordonnateur du Gcse donc, même si la faute était avérée, il ne devait pas s’agir de suspension de Mamadou Lamine Dianté et Oumar Waly Zoumarou pour six mois, mais d’exclusion du Saemss-Cusems et du Sels/Or du Grand cadre. «Et le cas échéant, le coordonnateur et le 1er vice-coordonnateur seraient remplacés dans l’ordre de préséance par les 2ème et 3ème vice-coordonnateurs. Dès lors, nous considérons que ces camarades se sont trompés, certainement en raison de l’empressement. Nous leur souhaitons de se ressaisir au plus vite. Nous restons ouverts et disponibles à leur éventuel retour, conformément à la volonté des enseignants, car les acquis sont encore précaires et les enseignants toujours en proie à des difficultés.»

Avec L’Obs

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here