CARNET DE ROUTE DAKAR – KOLDA EN NOCTURNE :Plus de 14 heures pour rallier le Fouladou

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C’est connu, la Casamance est encore enclavée. Les choses sont devenues plus compliquées avec la dégradation de la route menant vers Keur Ayib. Escale obligatoire avant de traverser le territoire gambien où des soldats fortement armés fouillent sans ménagement les passagers. Retour sur les affres d’un périple Kolda Dakar Kolda, en aller et retour, en moins de 72H.
21H13 ce samedi 10 janvier, aux Parcelle assainie. Il faut trouver un taxi pour rejoindre la gare routière les Baux Maraichers de Pikine. Contrairement aux régions intérieures où souvent les tarifs sont fixes, à Dakar, tel un avocat il faut discuter, «marchander» avec les taximen pour s’accorder sur le tarif. Nous avons pu convaincre le troisième taximan qui accepte de nous conduire à la nouvelle gare routière interurbaine pour 1800 F Cfa la course. Un taxi visiblement bien entretenu. Le chauffeur, après une petite course dans les rues goudronnées illuminés de guirlandes accompagnants cette nouvelle année, s’engouffre dans des labyrinthes du Dakar des rues sablonneuses.Dans ce Dakar enveloppé à certains endroits de pénombre, la circulation est dense. Le froid n’y fait rien, «Dakar ne dort pas». Parmi ces anonymes qui déambulent, les jeunes femmes sont visiblement plus nombreuses. Pas de temps pour apprécier cette nouvelle génération. Le slalome de notre compagnon du jour ne permet pas de discussion. Nous reconnaissons certaines rues de la cité Soprim, le chauffeur évitant les embouteillages. Mais en débouchant au carrefour de la Station d’épurement (Step) de Cambérène nous sommes rattrapés par les bouchons. La circulation est très lente. N’empêche, notre champion est un habitué et nous arrivons aux Baux Maraichers vers 23H.

Surprise ! Il n’y a pas beaucoup de taxis-brousse (7places) pour la Casamance. Les rabatteurs (coxeurs) expliquent la situation par le Gamou de Ndiassane qui a lieu la même nuit. Heureusement, un seul est disponible, mais il faut débourser 9500F Cfa pour le billet. Un petit rajout de 1000 F Cfa pour avoir une bonne place au milieu, donc «mouiller la barbe du coxeur». Un tour dans cette gare qui ne garde plus rien de «beau»: l’eau ne coule plus dans certaines toilettes, les clients ne sont plus répertoriés, les mauvaises vieilles habitudes de Pompiers sont de retour. Les coxeurs dictent leur loi. Seules signes positifs, la présence discrète des services de sécurité et des femmes qui balaie en se faufilant entre les voitures.

Début du calvaire : 1H pour «remplacer» un pneu

Nous sortons de la gare vers 23H54. Un trajet interrompu a moins d’un km: un des pneus avant a éclaté. Le chauffeur nous «abandonne» le temps de rechercher un pneu de secours. Il a fallu patienter pendant 1H pour revoir notre nouveau conducteur. Enfin un départ pour Keur Ayib, localité sénégalaise située à la frontière avec la Gambie. Le chemin est long et l’alternance entre pénombre et lumière (des localités électrifiées traversées) accompagne les passagers. Certains dorment à côté des adeptes des discussions sans fin. C’est le cas de notre voisin qui revient sur cette autoroute réalisée par le «Vieux», pardon l’ancien président Abdoulaye Wade. «C’est important pour un pays d’avoir de bonnes infrastructures» tranche-t-il.

Et d’ajouter: «il faut être plus juste. On vient de lancer un nouveau projet, mais il ne faut pas oublier la Casamance qui doit être désenclavé. Wade nous avait oubliés et visiblement Macky Sall emprunte le même chemin: des annonces sans aucune suite. Regardez ce calvaire, avaler plusieurs km pour venir somnoler à la frontière à Keur Ayib qui n’a aucune infrastructure d’accueil». Seulement, il arrête son monologue car le vieux taxi-brousse ne parvient pas à empêcher le froid de torturer les passagers. S’y ajoute l’odeur de l’essence qui agresse les narines.

Notre chauffeur, un habitué de l’axe se débrouille sur cet asphalte blessé. Aussi faut-il faire avec les gros porteurs qui dictent leur loi le long du trajet en cette nuit. La police et la gendarmerie avec les nombreux contrôles routiers sont également de la partie. Après plusieurs heures nous arrivons à Keur Ayib vers 4H48. Le vieux 7places, malgré les signes de fatigues, tient encore. Un long fil de bus est déjà en place annonce les couleurs. La multitude de passagers peut se promener, faires des achats auprès des nombreux tabliers qui ne dorment pas, manger, et… prier le temps de l’ouverture de la frontière vers 7h 30. Bref, cette escale obligatoire est une aubaine pour le petit commerce. Des femmes vendent toute la nuit de l’eau et autres aliments.

Gambie, des soldats fortement armés filtrent le passage

Il est 7H quand un élément de la police des frontalières vient procéder aux vérifications de pièces d’identité. Ce tour terminé, il lève la barrière servant de barrage sur la route. C’est une course pour entrer chez Jammeh. Ici des soldats fortement armés filtrent le passage. Ils prennent le temps qu’il faut pour fouiller les véhicules. Les chauffeurs se bousculent et c’est la course-poursuite pour être parmi les premiers à traverser le bac de Farafenni. Malheureusement, c’est à cette étape que notre taxi-brousse perd encore une autre roue. Suffisant pour que votre serviteur change de voiture. «Une chance ! Une voiture 4X4 qui rentre sur Kolda est là. Le chauffeur réclame 5000F Cfa».

Nous sommes déjà à Farafenni à 9H. Mais le trafic tarde à démarrer et nous ne réussirons à traverser qu’à 12H30. Ce nouveau chauffeur est visiblement très pressé. Nous traversons très vite la Gambie avec cependant une fouille très lente au dernier poste avant Sénoba. L’ambiance est différente de celle du 7places, nous avons ici un talibé niasséne qui nous sert à volonté des chants à la gloire de Baye.

Un autre passager le supplie de mettre un de «ngoyanne», une musique traditionnelle du Saloum, plus particulièrement chantée par des femmes de Médina Sabakh, pour changer de tempo. Le jeune Saloum-Saloum (ressortissant de la région de Kaolack) subjugué par ces belles mélodies qui résistent au temps ne cesse de parler de cantatrices oubliées par presque tous aujourd’hui. Tout en souhaitant que le ministre de la culture puisse faire quelques choses pour celles encore en vie. Le trajet sur Kolda est vite fait. Il est 14H12 quand nous arrivons à destination avec une dette de sommeil à rembourser intégralement, avant de se trouver CD avec ces notes de «ngoyanne». Donc du départ de Dakar à 23H54 à l’arrivé à Kolda à 14H12, il aura fallu plus de 14H de route pour rallier le Fouladou, via la transgambienne.

Abdou Diao

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