Les souffrances en silence des ex-femmes de marabouts: quelques unes de Louga racontent tout!

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Les ex-femmes de marabouts vivent dans un calvaire. Elles peinent à trouver un autre mari. Les hommes les ignorent royalement ou les fuient. L’Observateur a «violé l’intimité» de ces dames qui vivent dans le désespoir.

La «Linguère» est au repos. Même assise sur un tabouret derrière son comptoir, elle suscite regard et admiration. Même pour remettre de la monnaie à une dame tenant entre ses mains un tissu Wax, elle se fait coquette. Cette commerçante au commerce facile et à la noirceur d’ébène est d’une beauté rare. Superbement habillée d’une taille basse de couleur marron, elle a tout l’air d’une femme épanouie. A l’apparence, l’on croirait qu’elle croque la vie à pleines dents. Pourtant, derrière cette beauté physique et cette aisance matérielle, se cache un chagrin né d’une compilation de déceptions sentimentales. D’une voix suave, Ramatoulaye, cette tenancière de magasin ayant pignon sur rue au marché Central de Louga, fait danser les mots pour narrer son calvaire. «Je me suis mariée en 2006 avec un marabout (un petits-fils de Serigne Touba) habitant Darou Mousty. Nous avons deux enfants, mais depuis notre divorce en 2010, je ne parviens plus à me remarier. Pourtant, les prétendants ne manquent pas, mais aucun homme n’a le courage de demander ma main», raconte- t-elle d’une voix chagrinée. Puis, elle ajoute, la mort dans l’âme :

«Seulement, je commence à comprendre, car un de mes amis, en plaisantant, m’a clairement révélé que les hommes me fuient, parce que j’ai été la femme d’un marabout. C’est dur, mais je m’en remets à Dieu. Peut-être qu’un jour, je trouverai un époux. En tout cas, j’ai tout ce qu’il me faut pour être heureuse. Cependant, une femme respectable doit avoir un mari.»

Beaucoup de femmes libérées d’un mariage avec des marabouts traînent ce préjugé comme un boulet. Et Ramatoulaye Sarr n’est pas la seule dans le cercle des Diongoma à se morfondre sur son sort. Car cela hante également le sommeil de Marème D. Cette divorcée depuis 2008 d’un marabout «Baye Fall» n’a pas encore trouvé chaussure à son pied : «Je ne peux pas me permettre d’étaler ma vie privée sur la place publique, mais il faut reconnaître que ce n’est pas du tout facile pour nous. Honnêtement, l’année dernière, un enseignant en service dans mon village voulait faire de moi sa deuxième femme. Cependant, quand ses parents ont appris que j’ai été la femme d’un marabout, ils ont opposé leur véto. Finalement, le mariage est tombé à l’eau. C’est la triste réalité. Dans notre contrée (le Mbaor), une zone très enclavée, située dans le département de Louga), aucun homme ne s’aventure à épouser l’ex-femme d’un marabout», reconnaît cette dame à la beauté très discutable. Plus chanceuse que ses deux camarades, Aby Guèye, rencontrée au musée de la gare, a trouvé un autre mari malgré son divorce d’avec un marabout. «Certes, je suis restée longtemps sans me remarier, mais finalement, j’ai trouvé un époux. Ce n’était pas évident, car certains hommes croient dur comme fer qu’une femme répudiée par un marabout n’a pas assez de qualités. Ce qui ne se fonde que sur des préjugés», note cette ancienne épouse d’un descendant d’un Cheikh de Serigne Touba. Du côté des hommes, l’on adopte une position de méfiance. Interrogé sur la question, Serigne Mactar Diop dit «Baye», conservateur du musée de la gare de Louga, ne cache pas son opinion. «J’ai plusieurs fois eu l’occasion d’épouser une ex-épouse d’un marabout, mais je ne prends jamais le risque de le faire. Ceux qui l’ont fait, l’ont regretté amèrement. Je peux vous donner un exemple. Je connais une dame, lorsqu’elle a été répudiée par un marabout très célèbre (nous préférons taire son nom), successivement les deux hommes qui l’ont épousée sont morts. Par respect pour eux, nous ne devons pas le faire. Vraiment, je n’ai pas le courage de le faire. Le marabout est mieux outillé que quiconque pour reconnaître les bonnes femmes», argumente M. Diouf.

Cet argument ne convainc pas Mbaye Ndiaye, professeur dans une école franco-arabe de la ville. «C’est une tradition qui ne repose sur aucun fondement religieux. Si le marabout abandonne une femme, d’autres hommes peuvent la remarier. Seulement, beaucoup n’ont pas ce courage. En tout cas, moi cela ne me dérange pas», affirme cet enseignant.

ABDOU MBODJ / L’OBS

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