UCAD:Ibrahima DIOUF, l’étudiant qui a perdu son oeil au front

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« Si je sors aujourd’hui de l’hôpital, je retournerais au front’

Rire jaune, Ibrahima Diouf tente tant bien que mal de cacher sa tristesse en affichant son courage. Il a 26 ans et est originaire de la région de Fatick (Kalome) comme l’actuel chef de l’Etat, Macky Sall. L’étudiant en Licence 2 à la Faculté des Sciences et Techniques (Fst) a perdu son œil gauche au front, lundi dernier, alors qu’il défendait les intérêts des étudiants. Il revient sur son histoire tragique.

Les évènements

« Quand nous sommes informés de la venue du ministre de l’Enseignement supérieur (Mary Teuw Niane) à l’université, nous nous sommes réunis la veille (dimanche). Nous avons décidé de l’empêcher d’accéder au sein de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar. Très tôt dans la matinée (lundi), nous avons fait bloc pour manifester contre sa présence. Les Forces de l’ordre sont venues en nombre pour nous disperser. Elles nous ont attaqués et poursuivis jusque dans le campus social. C’était une course-poursuite. En sortant, c’est à ce moment qu’on m’a tiré une balle dans l’œil. Je ne sentais plus rien. C’était inexplicable. Je suis tombé, évanoui. Ce sont mes camarades étudiants qui m’ont emmené au service médical de l’Ucad. Lorsque je me suis réveillé, je ne me souvenais de rien. J’avais des vertiges. C’est le médecin qui m’a expliqué ce qui s’est passé. J’ai perdu l’œil gauche sur le champ. Je ne voyais plus rien. Automatiquement, j’ai pensé à ma famille. J’ai beaucoup pensé à mes parents. Parce qu’ils n’ont pas souhaité ce qui est arrivé. Je n’ai pas pu voir mon tireur parce qu’ils étaient très nombreux. Il m’a visé, car j’étais devant. Les Forces de l’ordre tirent sur la foule à bout portant pour blesser. Or, elles doivent tirer en l’air les grenades lacrymogènes pour disperser les foules et les balles en caoutchouc en bas, pour affaiblir les manifestants. Je ne sais pas où est-ce qu’elles ont reçu leur formation. Ce qui me fait mal aujourd’hui, c’est que le médecin qui m’a reçu quand je suis arrivé aux urgences a sorti un résidu de la balle en blanc de mon œil. Il a refusé de me le donner. Cela me fait très mal. Je veux l’avoir en guise de souvenir. J’y tiens beaucoup. Le jour où j’ai perdu mon œil gauche, je devais aller au village (Kalom, dans la région de Fatick) pour la cérémonie du 40e jour de mon grand-père décédé. Le véhicule m’attendait. Et quand ma mère m’a appelé pour partir au village, je lui ai dit que je viendrai vers 10 heures. J’avais pris la décision sur moi d’aller au front pour ensuite partir au village. Je ne voulais pas être lâche.

Gfm

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