samedi, avril 13, 2024

Signé Giltay: les secrets de la mer Rouge

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Depuis le mois d’octobre 2023, la mer Rouge est devenue le front sud de la guerre qui oppose Israël au Hamas. Dans un premier temps, les rebelles Houthis du Yémen ont tenté à plusieurs reprises de frapper le territoire Israélien à l’aide de missiles ou de drones, en vain. Ces tirs ont été interceptés au-dessus de la mer Rouge par des navires américains. Désormais, ce n’est plus le territoire d’Israël leur cible, c’est la mer Rouge elle-même, nouvelle zone de combats. A tel point que depuis le 12 janvier Américains et Britanniques ont bombardé à plusieurs reprises des positions, sur le territoire Houthi au Yémen. Les uns avec des F18 de l’US Navy, les autres avec des Eurofighters de la RAF basés à Chypre. Objectif : mettre fins aux attaques régulières des navires marchands, qui impactent gravement le commerce international. 

La mer Rouge est un axe essentiel du commerce maritime entre l’Asie et l’Europe, via le canal de Suez. 12% du commerce mondial y transite. principalement des tankers et des portes containeurs. A partir de novembre, les attaques des Houthis, ont décidé plusieurs armateurs à renoncer à cette route. Parmi eux, des géants de la mer : le danois Maersk, l’allemand Hapag-Lloyd, le français CMA CGM ou l’italo-suisse MSC. Cependant des navires de guerre occidentaux patrouillent régulièrement dans la zone.

Samedi 16 décembre,  un destroyer américain a abattu quatorze drones lancés selon le communiqué officiel depuis des « zones du Yémen contrôlées par les Houthis » Une semaine plus tôt, la frégate française Languedoc avait  tiré des missiles antiaériens Aster 15 pour abattre deux drones qui se dirigeaient vers elle. Depuis les tentatives de destructions des navires n’ont pas cessé, la dernière date du 6 Février contre un cargo britannique, légèrement touché à bâbord par un drone.
 

Les Houthis qui mènent depuis 2015 une guerre civile contre le pouvoir du Yémen, soutenu par l’Arabie saoudite, disposent d’un arsenal important fourni par l’Iran : des missiles capables de frapper des navires à plus de cent kilomètres des côtes, et des drones qu’ils construisent eux-mêmes grâce aux plans fournis par leurs alliés du Hamas et du Hezbollah. 

La porte des lamentations

Les Houthis concentrent leurs attaques sur le détroit de Bab-El-Mandeb ( en français la porte des lamentations), 30 kilomètres de large seulement, qui sépare le Yémen de Djibouti, et donc la péninsule arabique de l’Afrique.  C’est avec Gibraltar et le Bosphore l’un des détroits les plus stratégiques du monde.  A l’époque coloniale, la France contrôlait Djibouti sur la rive ouest et les l’Anglais le Yémen sur la rive est. Depuis, la situation s’est compliquée même si depuis son indépendance en 1977, Djibouti accueille toujours plusieurs bases militaires, française, américaine, mais aussi chinoise. De son côté, la flotte indienne y détache régulièrement des navires. Si cette route venait à être coupée sur le long terme, les relations entre l’Asie et l’Europe seraient infiniment plus difficiles et surtout plus chères. Or sans appui militaire, les navires marchands n’ont que peu de moyens de se défendre. 

L’un d’entre eux, le « Galaxy Leader », a été capturé le 19 novembre et emmené dans un port yéménite tenus par les Houthis. Ils le prétendaient israélien, car c’est la nationalité d’un de ses propriétaires, mais il battait en fait pavillon des Bahamas. Le 18 décembre ils ont attaqué au missile un tanker norvégien qui reliait l’île de la Réunion à la France métropolitaine. Il a été protégé par le système anti-aérien d’un porte-avion américain. 

Comment faire pour assurer la sécurité des 20 000 bâtiments civils qui empruntent cette voie chaque année ? La seule alternative, déjà utilisée par de grands armateurs, est de contourner l’Afrique et de passer par le cap de Bonne-Espérance. Soit un voyage rallongé de 7000 km et 10 jours de navigation supplémentaires. Les conséquences financières sont considérables, d’autant que les assurances ont été multipliées par trois ou quatre. 

Prosperity Guardian

Les Américains ont initié depuis le 18 décembre une coalition, internationale, « Prosperity Gardian » ( gardien de la prospérité, tout un programme)  composée principalement du porte-avion Eisenhower, de plusieurs destroyers britanniques soutenus par une frégate française.

Les Etats -Unis souhaiteraient y associer des alliés locaux, Egypte et Arabie Saoudite. Mais si leurs intérêts économiques sont convergents, leur attitude reste réservée compte tenu de la nature du conflit. Ils ne voudraient pas apparaitre aux yeux de leurs opinions publiques comme des soutiens à Israël. 

La solution pour rétablir la sécurité serait probablement, comme le préconisent les Américains, de neutraliser les bases terrestres des Houthis et d’organiser en mer des convois pour escorter les tankers et les cargos. Pourtant quelle que soit la stratégie adoptée, le risque d’une internationalisation du conflit est constant. L’Iran n’est pas si loin, et la République islamique soutient le Hamas, le Hezbollah…et les Houthis.  

Une histoire séculaire et …littéraire !

Bab-El-Mandeb, la porte des lamentations, doit son nom à une difficulté particulière de navigation que rencontrent depuis toujours les bateaux, boutres, cargos ou porte-avions qui souhaitent la franchir. Il existe dans le canal oriental un fort courant de surface qui va de l’océan Indien vers la mer Rouge, et la même chose en sens inverse de la mer Rouge à l’océan. Les lamentations seraient celles des marins qui se tromperaient de voie, obligés alors de naviguer à contre-courant. 

La lamentation la plus célèbre est celle de l’aventurier  Henri de Monfreid qui, pris dans le mauvais chenal un jour de 1914, promit de se convertir à l’Islam s’il parvenait à sauver sa goélette. Allah entendit sa prière et protégea le futur écrivain, et surtout sa précieuse cargaison d’armes et de haschich. C’était il y a plus d’un siècle. Il a rconté cette aventure dans son célèbre roman « Les secrets de la mer rouge. » 

Aujourd’hui les lamentations sont toujours de mise…Et la mer Rouge n’a pas encore livré tous ses secrets. 
 

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