samedi, février 24, 2024

La visite de De Croo et Sanchez au Moyen-Orient se finit par un désaccord avec Israël: voici ce qu’il s’est passé en détail

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Le Premier ministre Alexander De Croo est de retour sur le sol belge après une visite de deux jours au Moyen-Orient en tandem avec son homologue espagnol Pedro Sanchez

Les choses ne se sont pas complètement déroulées comme prévu. Un incident diplomatique avec Tel-Aviv a entaché les dernières heures de la visite. Nos envoyés spéciaux pour couvrir le déplacement, Chantal Monet et Denis Caudron, en ont été témoin.

D’abord, la rencontre avec le Premier ministre israélien

Alexander De Croo a maintenu la même ligne de conduite tout au long du voyage : les actes de terrorisme du Hamas sont terribles et Israël a le droit de se défendre, dans les limites du droit international, mais doit en faire davantage pour protéger les civils innocents dans la Bande de Gaza. Le duo belgo-espagnol a également transmis ce message au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu jeudi. Ce dernier a choisi de commencer la réunion au parlement israélien par la diffusion, pendant une demi-heure, d’images épouvantables de l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre, après quoi il a souhaité écouter « les remarques« .

Les images « montrent la barbarie de l’organisation terroriste Hamas« , a affirmé Alexander De Croo, qui a condamné la violence après leur projection. « Nous savons que vous ne connaîtrez pas de répit avant que tous les otages innocents ne soient libérés, et nous vous soutenons dans cette démarche« , a-t-il déclaré à Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre belge a toutefois voulu « saisir l’occasion d’aborder la question de la catastrophe humanitaire à Gaza« , où « un tiers des habitations ont été endommagées ou détruites, 1,4 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du territoire et des milliers d’innocents ont été tués« , a-t-il précisé. « En tant que démocraties, nous devons nous imposer des standards élevés. (…) Le Hamas veut plonger la région dans une guerre permanente. Ne tombons pas dans ce piège« . La rencontre proprement dite, à huis clos, s’est déroulée plus calmement que prévu, selon les personnes présentes.

Mais lors d’une conversation préalable, devant les caméras, M. Netanyahou s’était montré ferme : « Israël ne peut être tenu à des standards que personne n’a à respecter » et « nous sommes en totale conformité avec le droit international« , avait-il notamment soutenu. Le Premier ministre israélien a expliqué que l’armée avait tenté par tous les moyens de faire quitter le nord de Gaza aux civils, mais que le Hamas les y maintenait et les utilisait comme boucliers humains. Et d’ajouter : « Je ne sais pas à quoi ressemblerait le monde s’il y avait eu des manifestations en Occident (pendant la Seconde Guerre mondiale, NDLR) contre les Alliés en raison des pertes civiles« . « Nous devons exterminer le Hamas, sinon vous serez les prochains« , a déclaré M. Netanyahou.

Benjamin Netanyahu s’en prend à Alexander De Croo et Pedro Sanchez

Bien que M. De Croo ait une nouvelle fois condamné la terreur exercée par le Hamas et demandé la libération immédiate de tous les otages israéliens, le ministre des Affaires étrangères de l’État hébreu, Eli Cohen, a indiqué via X (anciennement Twitter) qu’Israël allait rappeler à l’ordre les ambassadeurs de Belgique et d’Espagne après ce qu’il a qualifié d' »affirmations erronées » de la part d’Alexander De Croo et de Pedro Sanchez.

M. Netanyahu a également condamné « fermement les propos des premiers ministres belge et espagnol, qui n’ont pas imputé l’entière responsabilité au Hamas pour les crimes contre l’humanité qu’il a perpétrés: le massacre de citoyens israéliens et l’utilisation de Palestiniens comme boucliers humains« , a indiqué via X le compte officiel du Premier ministre israélien.

Ce que Sanchez et De Croo ont dit

Mais qu’est-ce qui a provoqué cette réaction très dure d’Israël? Plantons le décor. Vendredi, en fin d’après-midi, les Premiers ministres belge et espagnol tiennent une dernière conférence de presse au point de passage de Rafah, à la frontière égyptienne. À un moment, l’espagnol Pedro Sanchez évoque la nécessité d’un cessez-le-feu permanent et déclare que l’Espagne pourrait reconnaître un Etat palestinien. Voici un passage de son discours: « Je réaffirme également le droit d’Israël à se défendre, mais il doit le faire dans le cadre des paramètres et des limites imposés par le droit international humanitaire. Et ce n’est pas le cas. Les meurtres aveugles de civils innocents, dont des milliers de garçons et de filles, sont totalement inacceptables« .

Alexander De Croo, lui, qualifie les destructions à Gaza d’inacceptables et dit qu’il faut reprendre les pourparlers. Voici un passage: « Une opération militaire doit respecter le droit international humanitaire. Les massacres de civils doivent cesser maintenant« .

Les délégations quittent les lieux. C’est au moment où elles s’apprêtent à remonter dans l’avion qu’Alexander De Croo découvre les tweets des Israéliens. Il se dit très surpris. Y compris à Rafah, il a condamné la barbarie des attaques terroristes tout en disant que cela ne justifie pas la riposte disproportionnée et les milliers de morts Palestiniens.

C’est clair qu’il y a des tensions. La rencontre avec le Premier ministre Benyamin Netanyahou jeudi était déjà tendue et franche, selon Alexander De Croo, qui aujourd’hui, tente de calmer le jeu et invite l’ambassadrice d’Israël à en discuter lundi autour d’un café.

Une avancée diplomatique: 97 Belges évacués

Le fait que, dans la foulée de la visite belgo-espagnole, 97 Belges et ayants droit aient été évacués de la Bande de Gaza représente une avancée sur le plan diplomatique. M. De Croo a remercié à plusieurs reprises vendredi le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour sa médiation. Au total, au moins 158 compatriotes et leurs familles ont été évacués de la Bande de Gaza, même si 144 compatriotes et leurs familles s’y trouvent toujours. La Croix-Rouge et les équipes consulaires belges sur le terrain à Rafah tenteront, dans les jours et les semaines à venir, de mettre ces personnes en sécurité.

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