« Il fait encore son cinéma et nous prend vraiment pour des moins que rien »

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Oui, comme son prédécesseur et sosie, il fait encore son cinéma et, comme lui, nous prend pour des demeurés. C’est lui, en effet, bien lui, le président-politicien, qui nous regarde les yeux dans les yeux, pour « s’indigner » du recrutement anarchique d’agents dans les différentes structures de l’administration. Oui, il nous prend pour ce que nous ne sommes pas ou, du moins, que nous ne devrions pas être. Macky Sall que nous pratiquons depuis le 2 avril 2012 qui « s’indigne » qu’on recrute de façon anarchique des agents publics ! Qui est ce « on » ?
Ce « on », c’est d’abord lui, c’est essentiellement lui et c’est à lui qu’il devrait s’en prendre, s’il était honnête et sérieux. Oui, c’est lui le principal responsable lui qui, depuis son accession à la magistrature suprême, nous gouverne au quotidien dans la vulgaire politique politicienne. C’est lui le principal responsable lui qui, comme son prédécesseur, a outrancièrement politisé l’administration, comme elle ne l’a jamais été.

Qui a mis en place ce gouvernement pléthorique dont personne ne connaît finalement le nombre de membres ? Ce gouvernement dont s’est moqué M. Recip Tayyip Erdogan, le président turc ? Qui a nommé et continue de nommer à tour de bras des ministres-conseillers, des ministres-conseillers spéciaux, des conseillers spéciaux, des conseillers, des ambassadeurs « itinérants », des « chargés » de missions ? Qui a bourré les ambassades et consulats d’agents venus pour l’essentiel de nulle part et payés à ne rien faire ou, à la rigueur, pour constituer les foules qui le reçoivent au cours de ses nombreux voyages ?
Ce président-politicien se moque vraiment de nous quand il ose nous regarder les yeux dans les yeux et déclarer ceci : « Cette cérémonie m’offre l’occasion de revenir sur l’importance primordiale que j’accorde à la modernisation des administrations et à la gestion performante des structures publiques et parapubliques. Nous avons beaucoup discuté de cela et de certaines structures sur la manière de recruter du personnel de façon anarchique et cela finit toujours par demander au Ministre des Finances de payer des salaires pour des entités qui ont un personnel qui n’a rien à voir avec leurs capacités ». C’est bien le président-politicien qui s’exprime ainsi, vraiment lui. C’est énorme. Avec qui discute-t-il de tout cela ?
Ose-t-il vraiment parler seulement de modernisation des administrations et de gestion performante de quoi que ce soit ? Peut-on prétendre raisonnablement à cet objectif ici au Sénégal, si on nomme à la tête des structures stratégiques de l’administration des hommes et des femmes sur la base de leur seule appartenance à Bennoo Bokk yaakaar et d’abord à l’APR et à la famille présidentielle, en  ignorant royalement des qualités essentielles comme la compétence, l’expérience, l’esprit d’entreprise, l’intégrité morale, etc. ? Qui peut me citer une seule femme, un seul homme à la tête d’une seule de ces structures et qui n’appartienne pas au clan ?

Notre président-politicien « s’indigne » que le Ministre des Finances soit toujours sollicité pour « payer des salaires pour des entités qui ont un personnel qui n’a rien à voir avec leurs capacités ». De quelles capacités un Modou Diagne Fada se prévaut-il pour être porté à la tête de la SONACOS qui est en train de mourir de sa belle mort ? Quelle performance peut-on attendre d’un service public comme la Poste avec tout ce qui s’y passe depuis le 1er avril 2000 et même quelques années avant ? Je vais m’appesantir sur cet exemple et celui de la Société africaine de Raffinage (SAR) qui est cœur de l’actualité depuis quelques jours. Avant, je reviens aux propos de notre président-politicien qui n’a vraiment pas de respect pour nous. Voici ce qu’il ose nous dire, les yeux dans les yeux : « Notre salut demeure dans le sens des responsabilités. Il convient de cultiver un état d’esprit qui préserve le patrimoine public, qui optimise la dépense publique et l’oriente vers l’investissement productif en faveur des populations, à la satisfaction des citoyens, usagers et agents publics ». C’est bien notre président-politicien qui s’exprime ainsi, et il peut se le permettre : il a la chance inouïe de régner sur l’un des peuples les plus faciles à gouverner au monde. Il peut bien se le permettre et ajoute : « D’où, l’impératif d’accentuer les réformes budgétaires, financières et organisationnelles pour consolider la transformation de l’action publique. Action qui doit se déployer dans la sérénité, l’efficacité et l’efficience ». Ëskëy !

Accentuer ces réformes-là ! Cela signifie qu’il en déjà a fait, des réformes. Qu’il nous rafraîchisse la mémoire en nous en rappelant quelques-unes, lui ou quelqu’un de ses mille courtisans prompts à me tirer dessus ! La Poste se meurt sous ses yeux comme sous les nôtres. Et il ne lève pas le plus petit doigt. Au lendemain de la décevante alternance du 19 mars 2000, cette société nationale fait l’objet d’un audit qui fait état d’un détournement, sur plusieurs années, de 25 milliards de francs CFA. Le vieux président-politicien, son Premier ministre et son ministre de l’Économie, des Finances et du Plan d’alors reconnaissent publiquement, chacun de son côté, ce gros détournement et menacent les responsables présumés de prison. Pourtant, ces derniers (l’ex-directeur général et le directeur des approvisionnements aujourd’hui décédés) n’ont jamais été inquiétés, pour des raisons qui sautaient aux yeux. Ciré Dia, nommé plus tard à la tête de la Société, continua tranquillement le massacre. Pendant plusieurs années, il a recruté à tour de bras des centaines et des centaines de parents, de militants, de recommandés payés pour l’essentiel à ne pratiquement rien faire. La Poste traîne encore aujourd’hui ce lourd héritage. En plus de recruter à tort et à travers, Ciré Dia s’est signalé par sa très mauvaise gestion du budget de la structure, au su et au vu du de son protecteur le président-politicien. Il a fait ainsi l’objet d’un audit de l’OFNAC s’étant terminé par un dossier particulièrement lourd, qui dort depuis lors sur la table du Procureur de la République, à côté d’une trentaine d’autres. Aujourd’hui, le sieur Dia se la coule douce à la tête du Conseil d’administration de la LONASE. Son remplaçant, Abdoulaye Bibi Diallo se signale, lui aussi, par sa gestion particulièrement politicienne de la structure. Cette gestion fait aujourd’hui la « Une » de pratiquement tous les journaux qui me dispensent d’y insister. Tout cela au su et au vu du président-politicien qui ne lève pas, ici non plus, le plus petit doigt. Que peut-on vraiment attendre de cette structure publique en matière de modernisation, de performance, d’efficacité, d’efficience donc de préservation du patrimoine public ?

Un autre cas illustratif de mal gouvernance parmi de nombreux autres, c’est la Société africaine de Raffinage SAR) dont on ne peut attendre rien de bon, rien de bon vraiment, surtout à la veille de l’exploitation de notre précieux pétrole et gaz. De « notre » ou des aventuriers de l’acabit de Frank Timis ? Je n’en sais rien. En attendant, la Société est secouée par un gros scandale, un marché de gré à gré de 200 milliards, en tout cas signalé par la « Une » de nombreux journaux et alimentant les débats dans nos différents médias. Rien de vraiment nouveau sous le soleil de cette SAR berceau, depuis de nombreuses années, des pires scandales qui laissent indifférents nos gouvernants, à la tête desquels le président-politicien. Mes compatriotes oubliant très vite, je vais me reporter au « Rapport public sur l’état de la gouvernance et de la Reddition des Comptes » de juillet 2013 de l’Inspection générale d’État (IGE), et en rappeler longuement la partie où il passe en revue de nombreux actes illustratifs de mal gouvernance financière y compris, en particulier, ceux qui avaient cours à la SAR, avec les « hauts faits d’armes » de l’ancien Ministre de l’Énergie et ancien « conseiller financier » du vieux président-politicien. Je précise d’emblée que je n’ai rien inventé et, pour permettre au lecteur d’en avoir le cœur net, je l’invite à se reporter aux pages 116-120 dudit rapport.

Donc, pour que personne n’en ignore, le rapport rappelle que la SAR importe du pétrole brut en vue de le raffiner pour assurer l’approvisionnement régulier du marché sénégalais en divers produits finis. Les inspecteurs de l’IGE précisent que la Société a importé en 2008 une cargaison de  122.222 tonnes de pétrole brut auprès du fournisseur Arcadia Petroleum Limited (APL), qui l’a expédié à partir du Nigeria, à bord du « M/T OLINDA ». Ils rappellent que cette cargaison contenait une énorme quantité d’eau mélangée au pétrole et a été, de surcroît, importée par la SAR « dans des conditions marquées par bien des irrégularités, manquements et autres dysfonctionnements ». Ces irrégularités et autres manquements ont été décrits en détail dans le rapport.
En particulier, l’importation de la cargaison « OLINDA » n’avait fait l’objet d’aucun appel d’offres, ni de l’application des dispositions du Code des Marchés publics alors en vigueur, ni de l’application de la procédure interne d’appel à la concurrence de la SAR. Au total, précise le rapport, quatorze (14) cargaisons (9 en 2008 et 5 en 2009) seront importées exactement dans les mêmes conditions et auprès du même fournisseur, pour une valeur globale de quatre-cent-quatre-vingt-quinze milliards trois-cent-soixante-cinq millions (495.365.000.000) de francs CFA. C’est énorme !
Le plus surprenant encore, c’est que le même fournisseur APL avait été choisi « sur simple instruction de l’ancien Ministre de l’Énergie adressée à l’ex-Président du Conseil d’Administration de la SAR par lettre confidentielle n° 00159/ME/CAB du 05 mai 2008 ». Ce qui est plus grave encore c’est que, dans sa fameuse lettre, notre ministre demandait que « la SAR ne fasse pas d’appel d’offres pour son approvisionnement en pétrole brut, invoquant un contrat de gouvernement à gouvernement ’’G to G’’ supposé lier le Nigeria au Sénégal, dans le domaine de la fourniture de pétrole brut ». Or, ce contrat « G to G » n’existait nulle part à la SAR et était inconnu de tous les responsables de la Société comme du successeur de Samuel Sarr, e ministre de tutelle de l’époque. Ce n’est pas le petit Mody Niang qui l’affirme, mais bien les inspecteurs de l’IGE. Ce contrat n’existait donc que dans son imagination et traduisait sa volonté morbide de se faire facilement des milliards. Et il s’en est certainement fait et abondamment.
Le pétrole était donc importé en l’absence de tout document de commande, sur la base d’un contrat imaginaire conclu entre les deux parties (le ministre et APL), le 05 juin 2008, et qui fixe un prix comportant un différentiel de 6,15 dollars US par baril. Un  « différentiel excessif, comparé aux différentiels négociés avec les ‘’traders’’ à la suite des appels d’offres pour des cargaisons similaires », de l’avis  des dirigeants de la SAR interrogés. Pour mieux confondre notre ministre bourreau de deniers publics, le rapport, révèle ceci : « la Société TOTAL, par la voie d’un de ses anciens administrateurs à la SAR avait même offert de livrer à la raffinerie une cargaison de pétrole brut, moyennant un différentiel d’environ 3 dollars US par baril, ce qui n’avait pas été accepté. Le mémorandum qu’il a établi à ce sujet confirme bien que le différentiel se situait à cette période à 3,30 dollars US par baril ».
Le brigandage organisé par l’ancien Ministre de l’Énergie aura donc fait perdre à la SAR, pour chaque baril de brut, la différence entre les 6,15 dollars payés à APL et les 3,3 dollars US de l’offre de vente faite par TOTAL. Cette perte « calculée en appliquant les mêmes paramètres que pour déterminer la valeur-facture de l’ensemble de la cargaison », équivaut à 2.174.875.183 francs CFA.
Les contrôleurs ne se sont pas arrêtés en si bon chemin : ils ont aussi mis en évidence de nombreuses autres pertes importantes pour la SAR (pp. 119-120). En particulier, en achetant délibérément de l’eau au prix du pétrole brut, la SAR aura perdu 1.164.306.948 francs CFA, auquel plus de cinq milliards sont venus s’ajouter, « du fait des retards dans la fabrication de ces produits raffinés et à l’évolution moins favorable de leurs prix de vente ».
En agrégeant les différents manques à gagner, pertes et autres surcoûts, les inspecteurs de l’IGE estiment le préjudice globalement subi par la SAR, pour la seule importation OLINDA, « au moins à neuf milliards sept-cent-quatre-vingt-seize millions sept cent soixante-neuf mille soixante-dix-sept (9.796.769.077) francs CFA ». Ils relèvent aussi « la forte présomption de collusion d’intérêts avec le fournisseur APL au préjudice de la SAR, avec la complicité de l’ancien Ministre de l’Énergie et de l’ancien Directeur général de la (Société) ». Et, pour ces forfaits cumulés, l’IGE demandait « l’ouverture d’une information judiciaire à l’encontre de l’ancien Ministre de l’Énergie et de l’ancien Directeur général de la SAR ».
Notre ministre n’a pas été le moins du monde inquiété depuis lors, en tout cas pas à ma connaissance. Il est aujourd’hui en bonne place dans l’entourage du président-politicien, qu’il accusait pourtant publiquement d’avoir planqué des milliards de francs CFA « mal acquis » dans des banques américaines. Il y côtoie des délinquants présumés comme lui et, parmi lesquels, on peut citer Abdoulaye Baldé, Me Ousmane Ngom, Oumar Sarr, Cheikh Oumar Anne et de nombreux autres. Ce M. Anne constitue un tout récent cas. Sa gestion du COUD est considérée comme des plus catastrophiques. Sur la base d’un seul acte, il a recruté 400 jeunes du Département de Podor dont 144 de la seule commune dont il est le maire : Ndioum. Il traîne un lourd dossier de l’OFNAC qui dort comme de nombreux autres sur la table du Procureur de la République. Dans ses recommandations, l’OFNAC avait demandé qu’ « il soit immédiatement relevé de ses fonctions et ne soit plus nommé à la tête d’aucune structure publique ». Le président-politicien, qui appelle aujourd’hui à la modernisation de l’administration, à l’efficacité et à l’efficience des structures publiques ainsi qu’à la préservation du patrimoine public, a pris publiquement sa défense avant de le bombarder ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation.
Nombre d’hommes et de femmes de la mouvance présidentielle qui sont à la tête des directions générales, des directions et des agences nationales sont des Samuel Sarr, des Oumar Sarr, des Cheikh Oumar Anne ou autres. Le président-politicien se moque donc de nous en se laissant aller à son cinéma du 16 décembre 2021. Avec lui à la tête de notre pauvre pays, les objectifs de qualités qu’il déclare ne seront jamais atteints, même s’il devait y rester jusqu’en 2029, et peut-être même au-delà (Dieu nous en garde !). Il n’incarne aucune de ces qualités, ni aucune autre de bonne gouvernance, et ne peut donc les obtenir de qui que ce soit. Dans une contribution ultérieure, je reviendrai sur son cinéma pour essayer de convaincre encore plus qu’il n’a aucun respect pour nous.

Dakar, le 19 décembre 2021

Mody Niang

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