Guadeloupe: au CHU de Pointe-à-Pitre, le « village » des personnels suspendus

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Des barnums décorés, un barbecue, un micro-ondes ou encore des glacières. Après des mois de lutte contre l’obligation vaccinale des soignants, les personnels suspendus du CHU de Pointe-à-Pitre ont transformé le piquet de grève en petit « village » et forment « une famille » solidaire face aux difficultés.

Ils sont une bonne centaine, pour la majorité suspendus depuis mi-novembre, présents sur ce « bik de résistance ». Certains sont là depuis le 9 septembre et le début de la grève d’une partie du personnel.

« Au début, il n’y avait que quelques chaises. Mais quand on a compris qu’on était là pour des mois, on s’est mieux installé. Une vie s’est constituée. Car ce qu’on demande, c’est de vivre », explique Sormain Sandrou, syndicaliste de l’UTS-UGTG.

Sur le piquet, qui fait face à un tag « nous vaincrons », plusieurs services (radiologie, laboratoire, psychiatrie, gastro-entérologie, etc.) disposent de leur propre espace, décoré plus ou moins soigneusement, avec drapeaux, peintures, dessins ou encore des plantes.

Sont également suspendues des pancartes en créole martelant l’opposition à l’obligation vaccinale pour les soignants et pompiers, point de départ de la crise qui a embrasé la Guadeloupe depuis 10 jours avant de dégénérer en violences et de s’étendre à des revendications sociales.

Des masques chirurgicaux tagués (« Liberté »), des blouses et des petits cercueils en carton pendent également.

Un concours du meilleur barnum a même été organisé récemment sur le « bik », pour « remotiver les troupes, donner un peu d’énergie et créer le +lyanaj+ (lien) entre collègues, pour que le mouvement soit plus soudé », explique Delphine Isaac, technicienne de laboratoire et syndicaliste.

« On a besoin de ça pour exister et garder le moral », ajoute-t-elle, opposée à l’obligation vaccinale au nom du « droit à disposer librement de son corps », et au vaccin contre le Covid-19 par « manque de recul ».

Selon la direction du CHU, 90% du personnel est en conformité avec l’obligation vaccinale, dont parmi eux 75% de vaccinés.

Les temps sont durs, après des mois de conflit et alors qu’approche fin novembre et le risque d’une première fiche de paie tronquée pour la majorité des suspendus – environ 15% du personnel travaillant au CHU est suspendu, dont la moitié de soignants, selon la direction.

Le gouvernement a annoncé jeudi repousser la mise en œuvre de l’obligation vaccinale et lever les suspensions pour les soignants qui accepteront un accompagnement individuel.

Combien seront-ils ? En tout cas, pour le syndicaliste Sormain Sandrou, cette annonce ne « change rien » sur la poursuite de la mobilisation puisqu’elle exige le retrait de l’obligation vaccinale.

– « Réelle souffrance » –

En attendant, « la solidarité s’est organisée naturellement », selon Teddy Lunion, employé du service pharmacie. « On partage un peu tout ici. On était déjà une famille, on l’est encore plus. C’est souvent dans la douleur qu’on voit qui est dans la famille », ajoute-t-il.

Des cagnottes ont été créées pour améliorer « le confort sous la tente car c’est long, 10-12 heures sur un piquet, samedi, dimanche et jours fériés compris », selon Delphine Isaac.

Les grévistes ont pu aussi compter sur la solidarité de la population. Des restaurateurs offrent de la nourriture, des habitants de l’eau ou des jus.

« Ça fait chaud au cœur quand vous allez acheter du pain et que le boulanger vous dit +ne payez pas, car ce n’est pas normal qu’on vous coupe votre salaire+ », raconte Anne Négoce-Atexide, qui travaille également à la pharmacie.

Anne Négoce-Atexide « prend comme une punition » sa suspension: « Ce n’est pas normal qu’on nous coupe, pour une injection dont nous ne voulons pas, notre salaire après des années d’études pour le seul métier qu’on aime. On s’est toujours donné pour notre travail. »

Vendredi, les grévistes ont fait venir une psychologue. « Car le village est beau, il a l’air dynamique, mais derrière il y a une réelle souffrance de personnes qui perdent leur emploi et se retrouvent sans le sous avec une famille à nourrir, des factures », souligne Delphine Isaac.

Sormain Sandrou abonde: « C’est clair que mentalement pas mal de gens sont stressés par rapport à la situation. Mais on reste solidaire. »

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