Le Sociologue Aly Khoudia Diaw sur les insultes sur Samba Sall ‘’La majeure partie de ceux qui l’ont insulté ne l’ont pas connu’’

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Selon le sociologue Aly Khoudia Diaw, ‘’tous ceux qui étaient à la place de Samba Sall ont fait la même chose, c’est à dire suivre l’Exécutif et décerner des mandats de dépôt’’.

Quelle analyse psychosociologique on peut faire sur ces genres de commentaires ?

Le décès du doyen des juges Samba Sall a le mérite de révéler, une fois de plus, la vraie nature des hommes politique qui aspirent à nous diriger et la perception infantiliste que les Sénégalais ont quand il s’agit de se cacher derrière un clavier d’ordinateur pour insulter tout le monde, de manière bête, méchante et totalement gratuite. Tout le monde sait que feu Samba Sall n’était pas un enfant de cœur, et ceci tous les politiciens qui ont eu à l’affronter l’ont exprimé devant toutes les formes de presse. Plusieurs dossiers « foireux » pour ne pas dire politiques ou politisés, sont passés par lui. Il a été insulté par tous les hommes politiques, certains mêmes sans l’avoir côtoyé. C’est parce qu’au Sénégal, le peuple a toujours une conscience déléguée, une conscience uniquement basée sur le « j’ai entendu », ou bien « on m’a dit », etc. On aime insulter les personnes et les personnalités, on aime dénigrer des icônes, médiatiques ou télévisuelles. Les gens déversent leurs échecs et leurs frustrations sur le dos des autres, projettent leurs échecs sur la réussite des autres. Personne n’est épargnée, même les hommes religieux qui n’ont fait de tort à personne, qui prient et préservent la paix sociale. Samba Sall, c’était un juge, il fait exactement la même chose qu’un juge de new York, c’est-à-dire qu’ils ont les mêmes appréciations, les mêmes référentiels en matière d’instruction. Ils ont les mêmes peurs et les mêmes craintes. La différence réside sur le système de subordination. Samba Sall reçoit ses dossiers du Procureur de la République qui les reçoit du ministre de la Justice, qui lui-même reçoit les injonctions et directives du palais. Ce n’est pas samba Sall qui est en cause, tous ceux qui étaient à sa place ont fait la même chose : suivre l’exécutif et décerner des mandats de dépôt. C’est parce qu’au Sénégal, « les enjeux politiques et électoraux se règlent en justice ». La majeure partie de ceux qui l’ont certainement insulté ne l’ont pas connu. On ne peut pas connaitre un juge. Un juge détient une partie des attributions de Dieu, celle de juger ses semblables. Ce qui soulage les instructeurs comme Samba Sall et ceux qui l’ont précédé, c’est qu’avant de faire face à un prévenu, ils ont au moins une liste de 05 à 10 questions clés (fermées) dont l’obtention de la majorité des réponses par « oui » leur permet de vous envoyer en prison sans trop souffrir. Il va falloir sérieusement revoir notre manière de penser, de percevoir les choses et éviter la manipulation dont nous sommes tous victimes.

Qu’est ce qui explique les réactions et commentaires haineux, voire rancuniers dans les réseaux sociaux ?

Il ne faut pas s’en faire pour la haine et la rancune dans les réseaux sociaux, « tout le monde est visé, mais personne n’est visé ». C’est de la méchanceté gratuite, de la jalousie et de la rancœur accumulée par des personnes comme vous et moi. Ce qui se passe dans les réseaux sociaux, les commentaires haineux, voir rancuniers, n’est pas propre au contexte sénégalais, c’est partout pareil dans le monde. Au Sénégal, il y’a des personnes qui n’existent qu’à travers les réseaux sociaux. Ils existent dans la négativité. C’est nous, c’est notre société. Les réseaux sont connus pour leur absence de censure et le libertinage sans frais. Au Sénégal, beaucoup de personnes projettent leurs échecs sur les tribunes des médias, en pensant que nous sommes responsables de leur déchéance. Vous et moi n’y sommes en rien car chacun est responsable de sa propre vie. Mais ce qui est encore pire, c’est qu’avec les réseaux sociaux, on élimine les barrières, on élimine la vraie amitié, la vraie parenté. En fait, on crée un monde artificiel avec beaucoup de liberté, sans contrôle, ni contrainte. Les jeunes pensent qu’ils ont le pouvoir et le droit de faire ce qu’ils veulent, en totale impunité, et ce n’est pas bon. Nous avons une jeunesse en manque de repère et de référence, une jeunesse désœuvrée qui ploie sous le poids du chômage. Et ce chômage a des effets néfastes sur la personnalité de l’individu. La rancune et la haine sont des compagnons très dangereux, mais ce qui est pire encore c’est de projeter son échec et la haine en soi, la jalousie morbide en soi sur la vie et la réussite des autres.

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