Cheikh NIASS, Administrateur du Groupe Wal Fadjri : «Walf n’est pas contre le Pouvoir, on est là pour le Peuple»

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Ce vendredi 04 décembre 2020 marque le deuxième anniversaire du décès de Sidy Lamine Niass. Un prétexte pour WalfQuotidien de tendre le micro à Cheikh Niass, administrateur du Groupe Wal Fadjri. Dans cet entretien, le jeune patron de Walf dresse le bilan de ses deux années de gestion. Cheikh Niass qui ne compte plus refiler la robe d’avocat, entend consacrer sa vie à maintenir debout le flambeau de la «Voix des sans voix». Cela, pour que Walf devienne centenaire, comme l’avait prédit le regretté «Père fondateur» de l’entreprise de presse du Front de terre. 

WalfQuotidien : Ce 4 décembre 2020 marque l’anniversaire du décès de Sidy Lamine Niass, fondateur du groupe Walf. Quelle sera la particularité de la célébration de cette année ?

Cheikh NIASS : Dans un contexte de Covid-19, la célébration du décès de Sidy Lamine Niass sera forcément sobre, mais efficace. Je pense qu’il est toujours dans le cœur des Sénégalais qui regrettent son absence, au vu des évènements qui se succèdent dans notre pays. C’est un anniversaire symbolique et important pour bon nombre de nos compatriotes. On va le célébrer tout en respectant les mesures barrières. Cette célébration se déroule dans un contexte assez particulier. L’essentiel des activités va se dérouler dans les locaux du groupe WalFadjri et quelques-unes au niveau de la famille avec des récitals du Coran. Des initiatives personnelles ou familiales peuvent être prises. L’un dans l’autre, la célébration sera exclusivement tenue dans l’enceinte de WalFadjri.

Quel bilan tirez-vous de vos deux ans à la tête du groupe WalFadjri ?

Le bilan est un peu mitigé. D’une part, il y a cette volonté de réussir un défi, de perpétuer l’héritage de Sidy Lamine. C’est la raison pour laquelle j’ai quitté la France, suite à son rappel à Dieu. J’ai démissionné de mon métier d’avocat. J’ai tout abandonné pour venir poursuivre cette mission, cette œuvre. Au début, j’avais vraiment envie de changer les choses, de faire un maximum de réalisations. Malheureusement, il y a un marasme économique général dans ce pays et surtout avec ce contexte marqué par la pandémie de Covid-19.

L’année 2020 a été très difficile contrairement à 2019 où il y avait beaucoup d’évènements, que ce soit l’élection présidentielle, la Can, etc.  Il n’y avait pas mal de choses et on pouvait espérer continuer les investissements. Mais 2020 a marqué une sorte de rupture qu’il faut gérer. Pour payer les salaires, on était obligé de limiter les investissements.

Cela sous-entend que vous avez rencontré des difficultés… 

En tout cas, il y a eu moins de difficultés. Le mérite revient aux pères fondateurs de WalFadjri. Sidy Lamine a mis le groupe sur de bons rails. Je considère qu’il est toujours présent dans la gestion de la boîte. Je ne fais que suivre sa méthode qui gagne. Certes, il y en a eu moins, mais les difficultés sont là et elles sont inhérentes à toutes les entreprises de presse au Sénégal. Même le public est touché de plein fouet.

On n’a pas l’impression que WalFadjri rencontre des difficultés parce qu’on voit un bâtiment flambant neuf, des réalisations, des salaires payés à temps, etc. Concrètement, est-ce que vous pouvez pointer du doigt les difficultés dont vous faites allusion ?

(Rires) Les difficultés sont réelles. A WalFadjri, nous vivons le problème de la répartition des publicités. Notre groupe de presse souffre d’un manque de publicités. Ce qui fait qu’on est obligé de draguer les tradi-praticiens. Ce sont des publicités qui ne sont pas conventionnelles, mais c’est aujourd’hui la principale source de WalFadjri. L’aide à la presse n’est pas régularisée. Elle ne couvre même pas un mois de dépenses. Juste pour dire que c’est très difficile. Les réalisations cachent les difficultés que nous rencontrons du jour au lendemain. On est obligé de les faire pour ne pas sombrer.

Vous parlez souvent de réalisations. Pouvez-vous évaluer le montant que vous avez injecté dans le groupe, ces deux dernières années ?

Il me sera difficile de déterminer le montant investi durant ces deux dernières années dans le groupe WalFadjri. Parce que les travaux ne sont pas encore terminés. En plus, on essaie d’investir avec les moyens du bord. Ce serait un peu difficile de dire qu’on a injecté dans le groupe 500 ou 100 millions de francs Cfa. Une chose est certaine, c’est qu’il y a des investissements visibles.

Ces investissements ont-ils atteints le milliard?

Je ne dirai pas un milliard, mais l’objectif, c’est toujours d’investir. Pour moi, on est juste au début. Même au niveau des salaires, il y a une évolution. Entre la masse salariale il y a deux ans et celle d’aujourd’hui, il y a une différence considérable. La hausse tourne autour de 60 %. C’est une hausse qui est là et qui est réelle. Il y a eu de nouvelles recrues et des promotions. Il y a également des augmentations de salaires. On a beaucoup investi sur les employés, aussi bien sur le plan matériel que sur des ressources humaines.

La Covid-19 a négativement impacté globalement les entreprises. Aujourd’hui, êtes-vous prêt à s’ouvrir aux investisseurs ?

Non seulement nous sommes prêts à accueillir des investisseurs, mais aujourd’hui, Walf ne peut pas survivre sans partenaires financiers. Il faut qu’on le comprenne. On est en train de négocier avec des investisseurs. Actuellement, nous avons des promesses. Nous les attendons parce que WalFadjri, sans des investisseurs, sera difficile à gérer. Encore une fois de plus, la principale source de revenue d’une entreprise de presse, c’est la publicité. Et qu’elle fait défaut dans notre pays. Il y a une concurrence rude qu’il faut faire face.

Les annonceurs perçoivent le groupe WalFadjri comme une entreprise de presse contre l’Etat. Alors que tel n’est pas le cas. On n’est juste là pour le peuple sénégalais. On est à équidistance des chapelles politiques. C’est extrêmement difficile de changer cette perception fausse des annonceurs. Actuellement, s’ouvrir aux investisseurs potentiels est une nécessité. On est prêt à ouvrir le capital et à avancer. Le défunt Sidy Lamine Niass avait fait une prophétie dans un entretien avec WalfQuotidien. Il avait déclaré que le groupe WalFadjri sera centenaire. Je n’ai aucun doute que cette prophétie, cette vision sera bien réalisée. Aujourd’hui, le groupe a 36 ans. Donc, il y a encore du chemin. On fera de notre mieux pour aller le plus loin possible.

Depuis un certain temps, vous avez initié une politique de retour d’ex-employés. Qu’est-ce qui explique cela ?

Cette nouvelle politique s’explique par une logique d’amélioration de notre boîte. C’est pour avoir plus de finances et attirer davantage les annonceurs. En plus, on a un public plutôt affectif. Le retour d’anciens du groupe permet de le fidéliser. On dit souvent que Walf est une école. Effectivement, son fondateur, Sidy Lamine, était un enseignant de formation. Il a beaucoup enseigné. Il a fait de cette entreprise une école. Je ne suis pas un enseignant, mais plutôt un avocat de formation. Mon objectif n’est pas de faire de WalFadjri une école, mais plutôt une entreprise efficace. Forcément, j’ai besoin de ces anciens qui ont bénéficié d’une expérience. J’ai besoin de toutes ces forces, de tous ces talents. Je suis dans cette logique de recomposer la famille WalFadjri à l’image de celle libérale de Me Abdoulaye Wade.

Est-ce que d’autres retours sont envisagés ?

Effectivement, nous sommes toujours dans cette logique. Nous sommes toujours en contact avec pas mal d’anciens du groupe qui souhaitent revenir. Les portes sont ouvertes pour tout le monde. On est aussi dans la logique de maintenir et de fidéliser des employés qui sont actuellement à Walf.

Ces retours d’anciens employés ont créé des remous au sein du personnel et des départs avortés. Allez-vous revoir cette dynamique ou continuer sur cette lancée ?

Ce n’est pas facile du tout. Forcément, il y a des frustrations à l’intérieur, mais j’essaie au mieux de les gérer tout en continuant cet objectif. Sidy Lamine parlait de deux familles : celle du sang et celle du cœur. WalFadjri, c’est une famille. C’est une sorte d’hommage à Sidy de réunir cette famille et de relever les défis à venir qui sont grands et qui ne sont pas faciles.

En perspectives, quel est le cap pour les années à venir ?

 Walf continue sa politique d’investissement avec les nouveaux plateaux qui vont arriver, un nouveau personnel qui va venir. Au niveau du programme, que ce soit la radio, la télé, le quotidien ou encore le site en ligne, on va enrichir les produits. Ma philosophie en est que Walf 2020 est meilleur que Walf 2019. Il n’y a aucun doute par rapport à cela et les gens qui regardent la télé ou écoutent la radio sont d’avis sur ce constat. L’objectif c’est que Walf de 2021 soit meilleur que 2020. Il en sera ainsi pour chaque année. On doit sentir une évolution pour que dans deux ans, Walf puisse être le leader dans le paysage audiovisuel comme on l’a été dans le passé. Nous allons continuer notre objectif pour que WalFadjri joue un rôle important dans la grande alternance qui aura certainement en 2024. C’est aussi de continuer l’investissement pour qu’à court terme dans deux ou trois ans qu’on puisse redevenir leader.

La ligne éditoriale de Walf n’a pas changé malgré le rappel à Dieu de Sidy Lamine Niass et de son bras droit de toujours Abdourahmane Camara. Comment comptez-vous renforcer cet ancrage dans la «Voix des sans voix» ?

La ligne éditoriale n’a pas bougé. Comme on dit dans le jargon, on ne change pas une équipe qui gagne. Aujourd’hui, même si je voulais la changer sous le prétexte que je suis l’administrateur ou le Pdg du groupe, je ne pourrai pas le faire. Tous les employés de Walf sont aujourd’hui attachés à cette ligne éditoriale. On continuera avec ladite ligne qui n’est pas quelque chose que j’impose, mais qui a été bâti depuis plus de 30 ans. Walf est même plus âgé que moi et cette ligne est très ancrée. C’est important pour notre démocratie de garder cette ligne qui non seulement est bénéfique pour le pouvoir mais aussi pour l’opposition. On continuera à être la «voix des sans voix». Quand je suis arrivé en 2018, ce slogan n’était pas encore celui de WalFadjri. Le slogan à l’époque, c’était «Notre fidélité, votre fierté». Depuis le début, j’ai tenu à ce qu’on mette en exergue ce slogan «La voix des sans voix».

Depuis un certain temps, vous vous êtes retiré de la scène médiatique. Pourquoi une telle réserve ?

Comme on dit, il faut reculer pour mieux sauter. Le plus important, ce n’est pas ma personne, c’est l’institution WalFadjri. Les hommes passent, les institutions demeurent. Il y a deux ans de cela, je trouvais que c’était normal de faire des sorties médiatiques. Actuellement, ce n’est plus ma préoccupation. Mon ambition est de préserver le groupe, relever les défis et c’est le plus important. Sidy Lamine a beaucoup fait et il est parti. Moi aussi je vais partir un jour.

Vous aviez des relations heurtées avec votre oncle Ahmed Khalifa Niass. Aujourd’hui tout semble rentrer dans l’ordre…

Tout est rentré dans l’ordre, mais je tiens à rendre hommage à cet homme. Il y avait quelques incompréhensions, mais c’est un homme profondément bon. Il est foncièrement juste et honnête. Ahmed Khalifa Niass, depuis un an déjà, c’est lui qui prend en charge la famille de Sidy Lamine. C’est lui qui paie les dépenses quotidiennes et la scolarité des enfants. Il prend tout en charge et me dit : «Je te laisse travailler. Je te laisse gérer WalFadjri et tu me laisses la famille». Actuellement, c’est lui qui remplace Sidy. Moi, je ne fais que gérer Walf. Il est présent et nous aide moralement et financièrement. J’aime bien cette phrase qu’il me dit souvent : «Cheikh, si tu réussis à WalFadjri, c’est moi qui ai réussi, c’est Sidy Lamine qui a réussi. Si tu échoues, c’est nous deux qui avons échoué et je ne te laisserai jamais échouer». Ahmed Khalifa Niass est un père à qui je tiens, aujourd’hui, à rendre un hommage appuyé. C’est une personne très généreuse. Mon grand-père, Mame Khalifa Niass, disait qu’il faut étaler le bien, le mal aussi il faut l’étaler pour que tout le monde le sache. Tout le monde sait qu’Ahmed Khalifa est un homme de savoir, un passionné pour son pays. Mais aussi et surtout, c’est un homme qui est profondément généreux, un homme qui aime partager. La définition d’Ahmed Khalifa Niass, c’est quelqu’un qui aime partager son savoir et son avoir.

Envisagez-vous d’enfiler à nouveau la robe d’avocat?

Non ! Je n’envisage pas de porter la robe d’avocat. Pour moi, j’ai une mission et c’est celle de continuer l’œuvre de Sidy Lamine Niass. WalFadjri est actuellement une entreprise en difficulté. A tout moment, cette œuvre peut s’arrêter. Je suis donc obligé de continuer cette mission et ça ne peut se mélanger au métier d’avocat surtout que cette profession est très jalouse et ne permet pas de mener une activité entrepreneuriale. C’est interdit et c’est contraire à notre déontologie. J’ai tourné le dos à ce métier qui est une profession noble qui m’a beaucoup servi et apporté. Aujourd’hui, ma vie sera consacrée à WalFadjri.

Votre défunt père dans des situations de crise n’hésitait pas à rencontrer les plus hautes autorités de ce pays. Etes-vous ouvert à rencontrer un jour le chef de l’Etat ?

Bien entendu ! Je suis ouvert parce que je suis un citoyen sénégalais, donc c’est tout à fait normal. Si le président de la République juge utile de me recevoir, j’irai le voir avec grand plaisir. Je ne suis pas contre le pouvoir où contre le président de la République. Sidy Lamine Niass avait des liens très forts avec le Président Macky Sall. On a déjà entamé ce processus avec les plus hautes personnalités sur les plans religieux, politique et autres. On est dans cette dynamique. Cela fait deux ans que j’ai pris les rênes de WalFadjri, ça prendra certainement un peu de temps mais on est dans cette logique parce qu’on a besoin de l’Etat, de l’opposition et de toutes les forces vives de la Nation. Donc forcément, on sera amené à nous rencontrer, à travailler ensemble comme on l’a fait dans le passé.

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