Chronique : Mame Boye Diao, la sanction d’un défenseur zélé (Par Babacar Touré)

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On l’avait tous vu venir. Et, lorsque l’opportunité nous avait été offerte de discuter de la prochaine cible des conspirateurs de palais, on s’était juré qu’il serait la prochaine cible sur la très longue liste de proches -dont l’histoire nous a enseignés- qu’ils ont été éloignés parce-que se présentant, tout simplement, comme les boucliers qui ont promis de défendre le chef jusqu’au bout.
En début d’année, nous avions parié sur le temps que tout cela devait prendre avant qu’il ne soit mis à la Une des journaux, repris en boucle dans les tendancieuses revues de presse, accusé de tous les péchés d’Israël …pardon de l’APR. Et, il a fallu moins de 6 mois pour que nos craintes soient réalisées. Désormais, Mame Boye Diao ne pourra plus échapper aux titres qui font mal. Aussi longtemps qu’il continuera d’occuper ses bureaux de la rue de Thiong et qu’il voudra se faire le fédayin du régime, certains journalistes en feront un client de choix.

Et, il va falloir qu’il se fabrique une carapace de crocodile s’il veut –le temps du règne de Macky Sall- tenir dans cette mare aux caïmans qu’est la politique. Alors que peu de gens l’avaient, jusque-là connu, la propulsion de ce natif de Kolda est en train de faire de lui l’homme à surveiller comme de l’huile sur le feu. Et, à abattre, dès que l’opportunité sera offerte. Cette présence, de Mame Boye Diao, dans l’œil du cyclone, est motivée par ses nombreuses prises de parole pour défendre les ambitions d’un homme, dont tous veulent bénéficier des largesses, sans en assumer la proximité. En langage clair, tout le monde se réclame de Macky Sall, pour bénéficier des avantages du pouvoir. Mais, peu de cadres osent ou veulent encore revendiquer leur proximité avec le couple Faye Sall, expliquer les errements du régime et justifier ses choix comme le fait actuellement Mame Boye Diao. Et cette proximité assumée, avec le chef de l’Etat -que certains ont qualifié de zèle- a été l’élément déclencheur du projet de liquidation du directeur des Domaines.

Ce projet a commencé en février dernier à Gossas. Ce jour-là, alors que tout ce que l’APR comptait de barons et de professionnels de la politique s’étaient donné rendez-vous, l’inspecteur des Impôts était venu griller la politesse à tout le monde. Sûr de «sa nouvelle légitimité », il avait –tenez-vous bien- exigé de Boun Abdallah Dione qu’il parle au peuple. «Mohamed, M. Le premier ministre, c’est à vous que je voudrais parler. Vous devez parler, le Sénégal attend de vous que vous preniez la parole». Avait, comme une ode, déclamé Mame Boye Diao à celui-là que personne –y compris ces journalistes complotistes- n’avait jamais accusé de lorgner le fauteuil du patron. «Le Sénégal a besoin de vous entendre. Vous vous faites autorité dans cette majorité présidentielle. Votre voix compte. Il faut que vous parliez aux Sénégalais. Il faut que vous montriez aux jeunes que tout ce que fait le président de la République, c’est pour la génération de l’abondance.» Avait-il lancé à des populations aux anges.

Et, alors que tout le monde croyait qu’il allait s’en arrêter là, Mame Boye Diao avait multiplié les sorties médiatiques. A rendre plus compréhensible les projets du chef de l’Etat. A éteindre la fumée soulevée par la gestion du dossier Frank Timis, à contenir la polémique née de la distribution du riz en cette période de Covid-19 etc. Au point d’exaspérer certains de ses camarades qui, pourtant, avaient déserté la bataille de l’information; laissant de source d’information que ce que l’opposition avait voulu porter à la connaissance du public. Alors que, de plus en plus pressante, la question de la succession de Macky Sall –même si elle est tabou au sein des instances de l’APR- se débattait dans les salons feutrés de la République et que des candidats –dont certains sont identifiés- affûtent silencieusement leurs armes, le fait de voir ce simple directeur des Domaines s’ériger en défenseur le plus fidèle du régime, devant des ministres d’Etat, est un crime de lèse-majesté.

Aussi, alors que les anciens directeurs généraux des Impôts et des domaines avaient multiplié les contrats de partenariat, pour rentrer dans les grâces des patrons de presse, Mame Boye Diao, lui, a refusé d’engraisser certains journalistes. Et après avoir longuement tenté de négocier avec lui et désespérés de décrocher un de ses contrats, certains en sont réduits à vouloir lui faire la guerre. Avouons-le ! Ils sont nombreux dans notre profession à s’être transformés en maîtres chanteurs. Et ceux-là ne cherchent jamais des preuves accablantes. Ils attendent juste des opportunités. Le débat sur le bradage du littoral leur en a donné l’opportunité de vouloir casser un qui a refusé de passer à la caisse. C’est cela son crime.

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