Nouvelle Zélande en deuil après les carnages survenus dans deux mosquées à Christchurch

Plusieurs pays notamment les pays musulmans ont apporté leur soutien  à la Nouvelle Zélande frappée par deux attaques terroristes survenues dans deux mosquées à Christchurch le 15 mars 2019. Au moins 49 morts et 20 blessés graves : le très lourd bilan de l’attaque terroriste antimusulmane de Christchurch ébranle tout un pays, jusque-là épargné par la radicalisation. Le tueur, un extrémiste de droite australien, a été arrêté.

Il est revenu sur ses pas à de multiples reprises pour cribler de balles les corps sans vie et achever méthodiquement les blessés, d’un tir à la tête. Vendredi, en début d’après-midi, à l’heure de la grande prière hebdomadaire, un ressortissant australien, décrit par les autorités de son pays comme un «terroriste extrémiste de droite», a perpétré un carnage dans deux mosquées de Christ-church, la deuxième ville de Nouvelle-Zélande. Muni d’un arsenal de fusils semi-automatiques et de munitions, l’homme portait aussi une caméra fixée sur le torse.

Les images insoutenables, retransmises en direct sur Facebook pendant dix-sept minutes puis relayées sur les réseaux sociaux, témoignent de son acharnement. Et de son objectif : assassiner un maximum de fidèles. Vendredi soir, le bilan officiel s’élevait à 49 morts et une cinquantaine de blessés dont 20 graves, la pire tuerie de l’histoire néo-zélandaise. «Nous sommes dévastés et très inquiets», raconte Simo Abbari, un restaurateur d’origine marocaine installé à Christchurch depuis vingt-six ans. Joint par Libération tard vendredi, près de dix heures après les faits, il restait sans nouvelles de plusieurs amis qui se trouvaient dans l’une des mosquées visées. «Jamais je n’aurais imaginé qu’une telle attaque puisse se produire ici, dit ce natif de Casablanca.

Nous avions les sentiments de vivre dans le pays le plus sûr du monde, pas seulement parce qu’il est lointain et isolé, mais parce que notre communauté se pensait sincèrement à l’abri de tels actes violents.» Dans un pays considéré comme paisible et qui n’a connu que 35 meurtres en 2017 (dont à peine une dizaine par arme à feu), cette attaque terroriste, préparée depuis plusieurs mois, a suscité la stupéfaction. Dans une brève intervention, la Première ministre, Jacinda Ardern, a évoqué «l’un des jours les plus sombres» vécu par cet Etat du Pacifique Sud.

Tout en insistant sur sa longue tradition d’accueil et d’intégration : «Beaucoup de ceux directement affectés par ces fusillades sont peut-être des immigrés, peut-être même des réfugiés. Ils ont choisi de faire de la Nouvelle-Zélande leur maison, et c’est leur maison. Ils sont nous.» Le tueur, Brenton Tarrant, âgé de 28 ans, a été arrêté par la police. Inculpé de meurtre, il doit comparaître ce samedi devant le tribunal du district de Chris-tchurch. Deux autres hommes se trouvaient vendredi soir en garde à vue, sans que l’on sache ce qui leur est reproché. Les forces de l’ordre ont en outre désamorcé deux engins explosifs artisanaux placés sous la voiture du suspect.

Evoquant le ou les responsables de ce massacre, la Première ministre a estimé qu’ils avaient choisi de cibler la Nouvelle-Zélande car le pays représente «la diversité, la gentillesse, la compassion, et un foyer pour ceux qui partagent nos valeurs. Vous nous avez choisis mais nous vous rejetons et vous condamnons totalement». «Un sentiment de sécurité» vendredi soir, aucune victime n’avait encore été formellement identifiée. Mais les premiers éléments semblent indiquer que les fidèles présents dans les lieux de culte attaqués provenaient, à l’image de la communauté musulmane de Christ-church, de; nombreux pays.

La Jordanie a; confirmé la mort d’un de ses ressortissants, l’Afghanistan, l’Arabie Saoudite et la Malaisie ont annoncé que certains des leurs faisaient partie des blessés. De nombreuses personnes originaires d’Inde, du Pakistan ou d’Indonésie se trouvaient également sur place. Président-fondateur de Canterbury Business Association, une ONG qui aide les immigrés à créer et gérer des micro-entreprises, Taz Mukorombindo entretient des liens étroits avec la communauté musulmane de la région de Christ-church.

«Certains ont immigré depuis des pays asiatiques, d’autres ont été accueillis ici avec le statut de réfugiés, en provenance d’Afghanistan, de Somalie, du Soudan du Sud, d’Irak ou de Syrie. Beaucoup ont connu la violence dans leur pays d’origine. Tous, ici, retrouvaient enfin un sentiment de sécurité, de tranquillité», raconte-t-il à Libération. L’une de ses proches associées, un médecin originaire de Somakie, se trouvait dans l’une des mosquées : «Elle n’a pas été blessée physiquement, mais elle est en état de choc, comme nous tous». Taz Mukorombindo estime qu’il y a entre 1.000 et 2.000 musulmans à Christ-church : «Etant; donné qu’il y a une cinquantaine; de morts et autant de blessés, plus les personnes sorties indemnes, vous imaginez bien que tout le monde connaît quelqu’un directement affecté.» La société multiculturelle néo-zélandaise ébranlée Dans cette ville de près de 400.000 habitants, même ceux qui ne connaissent personnellement aucune victime ont vécu un nouveau traumatisme, rappelant celui du tremblement de terre qui avait fait 185 morts en 2011. Les sirènes sont retenties partout, les magasins et entreprises ont fermé leurs portes et les écoles sont restées barricadées pendant plusieurs heures. «Toute la ville était en panique.

On a reçu des messages nous disant de nous enfermer chez nous, puisqu’il y avait des tirs, raconte à Libération Josephine Varghese, doctorante en anthropologie à l’université de Canterbury. Pendant qu’on était enfermés, on a entendu parler du live stream. Des gens le partageaient sur WhatsApp et Facebook, et beaucoup, dont moi, l’ont regardé. C’était vraiment traumatisant, effrayant, et cela a accentué la panique car, à la fin, on voit que l’auteur de la fusillade est en fuite.» Originaire de l’Etat indien du Kerala, Josephine ne «s’attendait à rien de tel» à Christ-church, qu’elle décrit comme «une ville petite et plutôt tranquille» même si elle y a constaté récemment «une montée de l’extrémisme, comme partout dans le monde».

En 2017, se souvient-elle, «en réponse à une manifestation pro-réfugiés, des néonazis avaient défilé dans la ville». Cette même année, une polémique avait secoué l’université d’Auckland, où des affiches avaient été placardées par des groupes suprémacistes blancs, appelant à recruter avec des slogans comme «White Lives Matter» («la vie des Blancs compte») et «White Pride» («fierté blanche»). Plusieurs groupuscules extrémistes et anti-immigration existent aussi à Christchurch, dont le Resistance Party et le National Front, qui a relayé sur son site internet la vidéo du massacre et le manifeste de son auteur présumé.

«On ne voulait pas prêter attention aux idées haineuses et stupides d’une poignée de fanatiques. Nous avons sans doute été trop naïfs, dit Simo Abberi, le restaurateur d’origine marocaine. Nous devons rester unis, ne pas nous diviser. Mais en frappant ici, dans un endroit aussi isolé, ce terroriste envoie un message. D’un seul coup, quelque chose bascule: on sait désormais qu’aucun endroit n’est sûr.»

Liberation.fr

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