La pertinence de la rupture et le phénomène Sonko (Par Ousmane CISS)

Au Sénégal, les opposants et contradicteurs principaux sont en prison, en exil ou contraints au ralliement. Cette pratique antidémocratique, en cours depuis Senghor avec le cas emblématique de Mamadou Dia, n’a jamais connu de répit. Hélas, la technique a connu une sophistication notoire révélée par les cas Idrissa Seck, Macky Sall, et aujourd’hui Karim Wade, Khalifa Sall et enfin, sable dans le couscous, la radiation de la fonction publique du phénomène Ousmane Sonko. Il en résulte une grave atteinte à la représentation populaire faussée car tronquée, voire étouffée. Le peuple ne peut être assuré de la gouvernance par les meilleurs, lorsque les opposants majeurs ont toujours, malgré eux, des comptes personnels à régler avec le pouvoir en place. Comment, dès lors, s’opposer sereinement, condition nécessaire à une efficacité optimale ? Cette continuité nuisible de l’atomisation démocratique appelle à la rupture – comme le réclame avec force conviction Ousmane Sonko.

A la gouvernance sobre et vertueuse annoncée, s’est substituée la chasse sélective des opposants, et le bruit tonitruant des fous du roi, tel que Moustapha Cissé Lô, exhortant le président à ne pas tenir sa promesse de mandature réduite, et prêt à s’acharner sur tout contestataire un tant soit peu médiatique. Un Sénégal où le chef de l’Etat affirme garder sous le coude des dossiers compromettants, et où la vertueuse Nafi Ngom Keïta a perdu son poste à l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac), sans doute par excès de zèle dans l’accomplissement de son devoir, est un Sénégal qui crie au changement prôné par la jeune garde.

En 2011, Abdoulaye Wade a voulu en vain s’imposer aux Sénégalais en tentant de faire passer la loi du quart bloquant pour le premier tour de l’élection présidentielle – quel aveu de faiblesse !! Et aujourd’hui, Macky Sall emploie à son tour des manoeuvres politiques pour influencer les Sénégalais : On revient sur sa parole, en maintenant le mandat en cours à sept ans – contre les cinq promis -, par des artifices juridiques qui ne trompent personne, afin de pouvoir terminer des réalisations sur lesquelles il compte pour tordre le bras aux électeurs. C’est déplorable, et les Sénégalais ne l’accepteront pas. Ces derniers ont désormais compris qu’il y a ce qui relève d’un retard historique, et qui a peu de coloration politique, il s’agit des infrastructures, de la santé et de l’éducation. Quel que soit le régime en place, ces fondamentaux seront poursuivis, et ils ne sauraient être des arguments principaux de campagne dans un pays où la paupérisation est croissante et l’emploi plus que problématique. Il y a bien longtemps que le Sénégal aurait dû avoir un réseau autoroutier et ferroviaire conséquent. Désolé, Monsieur le Président, il va falloir trouver autre chose. Et arrêtez de nous faire rire, en promettant de se consacrer à l’emploi des jeunes lors d’un second mandat. Sept ans, ce n’est pas sept mois !!

C’est dans la proposition politique, fruit d’une vision globale dans le court, moyen et long terme que se distinguent les acteurs politiques. De la pertinence de cette proposition dépendra le développement politique, économique et social du Sénégal. Or, il y a des manquements graves, des trous béants dans la vision du parti présidentiel. Les éléments de gouvernance précités, la difficulté de reconnaître que le franc Cfa arrimé à une monnaie étrangère est une atteinte à notre souveraineté et un obstacle évident à notre développement économique sont inquiétants, autant que l’est la non mention des langues nationales dans le chapitre «L’éducation, encore, toujours» du livre de Macky Sall, «Le Sénégal au coeur». Imagine- t-on des Chinois, des Japonais ou des Indiens enseigner comme langue principale, une langue autre que la leur à l’école primaire ? Clairement, cela n’a pas empêché leur essor technologique, politique, économique et social.

Instiller chez le tout jeune sénégalais le fait que la langue de la réussite est une langue étrangère, de surcroît hors continent, a des prolongements psychologiques extrêmement néfastes. Et c’est sans doute en partie responsable de l’insuffisance de représentation nationale dans notre propre économie, dès lors qu’il s’agit de projets d’envergure. Et que dire, du transfert de compétence absent ou mal négocié dans les contrats internationaux. La liste est longue, mais on ne terminera pas sans parler du manque d’anticipation. Dans un Sénégal à trois ans de l’exploitation pétrolière et gazière, combien de techniciens, ingénieurs, et experts divers sont formés dans ces domaines ? La continuité au pouvoir serait chronophage dans la mesure où, elle pourrait, comme l’affirme Ousmane Sonko, faire perdre au Sénégal un temps considérable dans la poursuite des défis sérieux qui nous font face.

La gouvernance sobre et vertueuse mort-née, l’absence de vision intégrant les intérêts stratégiques et culturels du Sénégal, sonnent le glas de la fin d’un règne. La troisième alternance est imminente, et doit porter au pouvoir Ousmane Sonko qui est la seule alternative crédible dans le magma politique. Il s’agit bien sûr d’éviter le tout sauf Macky d’une opposition politique, pour une large part, vieillissante ou dotée d’une offre programmatique faible. L’offre de Pastef, portée par Ousmane Sonko, s’inscrit dans une vision patriotique soucieuse des intérêts stratégiques et économiques du Sénégal. La force de conviction de Sonko, sa probité, son intelligence et son charisme font de lui non seulement un phénomène politique, mais l’homme pour qui voter. Quel paradoxe, après tant d’efforts pour verrouiller les élections, que de voir Macky, comme cela se profile, perdre contre Sonko au second tour. Le pouvoir tremble sur ses bases vermoulues. Paix sur le Sénégal. Et vive son peuple !!

Ousmane CISS

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