L’affaire Khashoggi met à mal le “Davos du désert”

Un forum international sur l’investissement, marqué par des désistements en cascade de dirigeants étrangers et chefs d’entreprises, s’ouvre mardi à Ryad en pleine tourmente liée au meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Future Investment Initiative (FII), qui débute à 09H00 (06H00 GMT) et dure jusqu’à jeudi, avait pour but de projeter comme une destination commerciale lucrative le royaume pétrolier historiquement fermé et qui cherche à diversifier son économie et s’ouvrir aux nouvelles technologies, au tourisme et au divertissement. Mais cette conférence est aujourd’hui totalement éclipsée par le tollé international consécutif au meurtre du critique et journaliste saoudien qui collaborait avec le Washington Post, au consulat de son pays à Istanbul.

Après avoir soutenu que Jamal Khashoggi était ressorti vivant du consulat le 2 octobre, l’Arabie saoudite a fini par reconnaître qu’il avait été tué dans sa mission diplomatique, mais nié toute implication du prince héritier Mohammed ben Salmane, considéré comme l’homme fort du royaume. A la veille de l’ouverture du forum, le prince héritier a reçu à Ryad le ministre américain au Trésor Steven Mnuchin, en tournée dans la région mais qui avait renoncé à participer à la conférence économique après l’affaire Khashoggi.

La présence au forum du prince héritier lui-même n’a, elle, pas été confirmée. L’année dernière, il s’était fait acclamer lors du lancement de la première édition de la conférence, comme un jeune visionnaire, champion d’une Arabie saoudite “ouverte et modérée”. Néanmoins cette année, l’initiative surnommée le “Davos du désert” par des médias, a vu la liste de ses participants se réduire au fur et à mesure des révélations macabres dans l’affaire Khashoggi. Outre M. Mnuchin, la patronne du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, ainsi qu’une vingtaine de PDG de sociétés internationales comme EDF, HSBC, Siemens ou Uber, ont renoncé à faire le déplacement. De grands médias comme Bloomberg, CNN et le Financial Times se sont également désistés. Mais d’autres ont choisi d’y aller comme le PDG du géant pétrolier Total Patrick Pouyanné qui a jugé que la “politique de la chaise vide” ne ferait pas avancer les droits de l’Homme. Lundi soir, le site web du forum était hors-service, après avoir subi une apparente cyberattaque. Des messages critiquant le rôle de Ryad dans le conflit au Yémen et accusant le royaume de financer le “terrorisme” s’y étaient glissés. Avant cet incident, les organisateurs avaient toutefois retiré du site une liste d’orateurs au forum et refusé de confirmer le nombre de participants à l’événement. (Belga)

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