Mort du douanier Cheikhou Sakho : sa famille rejette la thèse du suicide

Sérigne Gaye, oncle du douanier Cheikhou Sakho mort dans des circonstances douteuses a indiqué dans une interview accordée à nos confrères de L’AS que la famille du défunt n’acceptera « pas la thèse du suicide et (demande) une contre-expertise».  En termes clairs, le Porte-parole de la famille et oncle du douanier trouvé mort, une trace de balle à la nuque, dans son véhicule, Serigne Gaye réfute catégoriquement la thèse du suicide. Ceci, même si le certificat de genre de mort fait état d’un suicide par balle dans la bouche. Une fois l’enquête de la gendarmerie bouclée, la famille va déposer une demande de contre-expertise.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre neveu Cheikhou Sakho ?

Cheikhou Sakho est mon neveu, du côté de sa mère qui est ma cousine. Il a grandi ici. Son père est décédé entre 1969-1970. A la mort de sa mère en 1977, il est venu vivre ici. Il n’avait que 8 ans, je pense. Après son Bac, il a été à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, avant d’intégrer l’Ecole des Douanes. Il était le cadet. Ses frères aînés aussi vivaient ici.

Dans quelles circonstances avez-vous été informé de sa disparition?

Mercredi (3 octobre 2018), la veille de son décès, Cheikhou était assis ici, sur cette chaise de la table à manger, dans ce salon. Il était 10 h et je prenais mon petit-déjeuner. J’avais programmé d’organiser un récital de Coran pour ma défunte mère, le dimanche 7 octobre. Je me suis absenté un moment pour aller dans les toilettes et quand je suis revenu, j’ai constaté qu’il m’a laissé 100. 000 F Cfa sur la table. Le vendredi, un peu avant 8 heures, son frère Kader Sakho m’a fait savoir que la seconde femme de Cheikhou l’a appelé, inquiète, pour lui dire que son époux n’a pas passé la nuit à la maison. J’ai appelé sur le portable de Cheikhou trois ou quatre fois, mais ça sonnait dans le vide. En allant prendre ma douche, j’ai pris mon téléphone au cas où je recevrais un coup de fil. Alors que j’avais du savon sur le corps, le portable a sonné. J’ai décroché. Sur l’écran, il était affiché Cheikhou Sakho Seynabou.

C’est comme cela que je l’ai enregistré pour l’identifier des autres Cheikhou Sakho de la famille. L’espoir m’a envahi, mais dès que j’ai décroché et que j’ai entendu une autre voix que la sienne, j’ai ressenti de l’appréhension. Au bout du fil, la personne s’est présentée comme le Commandant de la brigade de Gendarmerie de Keur Massar et m’a demandé si j’étais l’oncle maternel de Cheikhou Sakho. J’ai répondu par l’affirmative. Il m’a dit que mon neveu a eu un accident et a perdu la vie. Cela m’a fait un choc. J’étais ébranlé. J’aurais pu tomber dans les toilettes. Je lui ai demandé où il se trouvait et il a répondu qu’il était à la Brigade de Keur Massar.

J’ai informé mon épouse et les autres membres de la maison et tout le monde était sous le choc. J’ai appelé Kader et lui ai donné rendez-vous au rond-point de la Sicap Liberté V. Nous sommes allés ensemble à la gendarmerie, mais jusqu’à notre arrivée, Kader ne savait pas que Cheikhou était mort. Le Commandant étant sorti, je l’ai appelé sur son portable, il m’a dit qu’il se trouvait sur les lieux du crime et m’a demandé de l’attendre.

Dans la salle d’attente, j’ai entendu des femmes commenter ce qui s’est passé, disant qu’un douanier a été retrouvé mort dans sa voiture. J’ai compris qu’il s’agissait de mon neveu. Le Colonel Moustapha Sy, chef de Cheikhou Sakho, nous a rejoint. Le Commandant m’a posé quelques questions et m’a demandé de revenir à la brigade dans l’après-midi avec la seconde femme de Cheikhou pour nos dépositions.

Quand il s’agit de mort violente ou suspecte, il y a forcément une autopsie. Le vendredi, j’ai été à l’hôpital le Dantec. Les membres de ma famille et moi étions sur les lieux à 11 h. C’est à 16 h qu’on nous a remis le certificat de genre de mort. Je n’avais pas mes lunettes et je ne pouvais pas lire le document, mais ceux qui m’accompagnaient l’ont parcouru et m’ont dit que ce qui était écrit était contraire à ce qu’un enquêteur m’a dit. Ce dernier m’a parlé d’une balle dans la nuque alors que le document d’autopsie faisait état de suicide.

Vous ne croyez pas au suicide ?

Non, jamais. C’est moi qui ai éduqué Cheikhou. Je le connais. Je ne vois pas pour quelle raison il se suiciderait. Quand on met un terme à sa vie, c’est qu’on a des problèmes de famille, au travail ou d’argent. Ce n’est pas le cas. Il s’en- tend avec tout le monde dans sa famille, au travail. Il est le cadet de la famille, mais il aidait tout le monde.

Vous comptez donc demander une contre-expertise ?

Bien sûr. Nous allons prendre un avocat et saisir la justice.

Avez-vous déjà fait la demande ?

Non, nous attendons que l’enquête soit bouclée.

Qu’est-ce-que dit le certificat de genre de mort ?

Je ne l’ai pas ici, mais il y est dit qu’il s’est suicidé par balle dans la bouche. Il paraît que la balle n’a pas été retrouvée. On m’avait dit qu’une expertise balistique sera faite. J’entends plusieurs versions, mais celle que je vous ai donnée est celle que j’ai vécue.

Il n’avait de problèmes avec personne ?

Si, avec sa première femme. Ils étaient en instance de divorce. Il y a eu un premier divorce, j’ai arrangé et ils sont retournés ensemble. Le 17 ou le 18 juillet, Cheikhou l’a libérée des liens du mariage. J’avais décidé de ne plus intervenir dans cette union. Je n’ai fait aucune médiation lors de cette seconde séparation. Le Tribunal ne s’est pas encore prononcé. Et dans l’Islam aussi, il y a un délai que doit respecter la femme et qui n’est pas encore écoulé.

On dit que sa première femme lui rendait la vie difficile. Beaucoup le disent. Cheikhou ne m’en a pas parlé directement.

Mais on m’a confié beaucoup de choses sur leur couple. Si les gendarmes m’appellent, je leur donne des noms et des numéros. Pensez-vous que la première épouse puisse être à l’origine de la mort de son ex-mari?

Non. Je ne pense pas qu’une épouse dont on s’occupe comme il faut puisse être à l’origine de la mort de son conjoint. Financièrement, elle n’avait aucun problème. Ses enfants allaient en vacances chaque année, cela veut dire qu’il n’avait pas de difficultés pour subvenir aux besoins de sa famille. Cheikhou l’a amenée à la Mecque et aidait les siens. Mais, je peux dire sans me tromper que la première femme lui menait la vie dure. Ils se sont séparés quatre fois, m’a-t-on dit. Elle a brûlé ses habits, elle lui a mordu le doigt jusqu’à l’amputer… je n’invente rien.

Tout ceci est survenu quand il a épousé une seconde femme ?

Pas forcément. On dit que c’est une femme violente. L’arrivée de la deuxième a aggravé la situation. Ce dont Cheikhou avait peur, c’était de blesser la dame. On en a parlé mercredi. Il m’a confié que son-ex belle-mère l’a appelé pour arranger. Il lui a demandé si elle peut assurer que sa fille va changer et l’a renvoyée à moi. Il m’a dit qu’il ne voulait plus de ce mariage. Je refusais d’imposer à mon neveu ce que je n’accepterais pas.

La première était encore dans la maison conjugale. Et la seconde ?

Sa première épouse occupait toujours la maison. D’ailleurs, il m’a dit qu’il a une maison et en louait une autre à 125.000 F Cfa.

On a aussi dit que la nuit du drame, Cheikhou Sakho était avec son chauffeur jusqu’au rond-point Keur Massar. Lorsque ce dernier est descendu de la voiture, il a vu, 100 m plus loin, le jardinier mon- ter dans le véhicule.

J’ai entendu cette version, mais je ne peux rien dire sur cela.

Au niveau du service, avec ses voisins, il n’avait pas de problème ?

Je ne sais pas. En tout cas dans la famille, on ne lui souhaitait que du bien. Je vous ai dit qu’il m’a remis 100.000 F Cfa mercredi. Si c’est le boulot, il pouvait démissionner. Je ne vois pas pourquoi il se suicide- rait. C’était un bon musulman, même quand il était plus jeune, il était sans histoires. Un gendarme m’a dit qu’ils effectuaient ensemble la prière du «Fadjar» et faisaient le «Wazifa» à la mosquée de la cité Gendarmerie. Suicide ? Non, nous ne pouvons pas l’accepter, ce n’est pas possible. Nous serions des singes, si nous acceptions cela. Des problèmes d’argent ? Non. Nous ne sommes pas pauvres. L’argent et les biens matériels ne nous impressionnent pas. Ce qui est important, c’est ce qui coule dans nos veines. Cheikhou m’a dit que sa femme pouvait partir et ne lui laisser que les murs, si elle le souhaitait. Hélàs !

L’AS

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