Un accord de paix historique après un demi-siècle de conflit sanglant: est-ce la fin des Farc en Colombie ?

Le gouvernement colombien et la guérilla des Farc ont scellé mercredi à Cuba un accord de paix historique visant à mettre un terme définitif à un conflit de 52 ans qui a fait des centaines de milliers de victimes.

Près de quatre années de négociations difficiles et une fin heureuse: la Colombie a enfin son accord de paix qui doit mettre fin à un demi-siècle d’affrontement avec la plus vieille guérilla du continent. Après trois processus de paix manqués (1984, 1991, 1999), le gouvernement colombien et les Farc sont parvenus à un accord qui doit permettre de tourner la page d’un conflit qui a fait des centaines de milliers de déplacés, de morts et de disparus. Plusieurs questions se posent après ce jour historique:

La paix est-elle définitivement conclue ?

Non. L’annonce de mercredi met un terme aux négociations débutées en 2012 à La Havane, mais le texte doit encore être approuvé par un référendum le 2 octobre. Les Colombiens auront le dernier mot: si le « oui » l’emporte, l’accord pourra entrer en application.

En cas de victoire du « non », qui annulerait tout ce qui a été conclu à La Havane, la réaction des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) est difficilement prévisible.

« Désormais, s’ouvre une étape de grande incertitude politique concernant le résultat du référendum« , a expliqué Jorge Restrepo, directeur du Centre de ressources pour l’analyse des conflits (Cerac).

En cas de succès au référendum, le désarmement effectif de la guérilla pourra débuter.

Est-ce la fin des Farc ?

Oui, en tant que groupe armé. La finalité de cet accord est que cette organisation renonce à prendre le pouvoir par les armes (après 52 ans de lutte au cours desquels la rébellion a défié 12 présidents), et se transforme en parti politique.

« L’objectif du gouvernement est que les Farc disparaissent en tant qu’organisation armée, ce qui interviendra 180 jours après la signature et l’objectif des Farc est de participer à la vie politique« , souligne Ariel Avila, analyste du conflit de l’Observatoire de la paix et de la réconciliation.

D’un côté, les rebelles déposeront les armes, et ne pourront donc plus s’appeler Farc, et de l’autre, le gouvernement leur donnera les garanties légales et de sécurité pour qu’ils puissent aspirer à occuper des fonctions électorales sans risquer d’être assassinés, comme par le passé.

La violence en Colombie est-elle terminée ?

Non. Si les Farc constituent la principale guérilla de Colombie, avec quelque 7.000 combattants, d’autres organisations restent actives: l’Armée de libération nationale (ELN), seconde guérilla du pays, et les bandes criminelles, souvent issues des groupes paramilitaires, continuent de défier le gouvernement.

« Cette économie de guerre va continuer au-delà des Farc. Le problème, c’est que nombre de ces groupes aspirent à reprendre les territoires où se trouvent des marchés » illégaux, souligne M. Avila. D’après ses calculs, près de 10.000 combattants de groupes clandestins autres que les Farc demeureront actifs.

Mais le trafic de drogue, « qui n’est pas né, ni ne va pas s’arrêter avec les Farc », pourra être combattu plus efficacement après cet accord car la guérilla est « le principal obstacle de la politique de lutte contre la drogue à cause des conditions d’insécurité qu’elle créé », commente M. Restrepo.

Quelle justice post-conflit ?

Un des six accords qui jalonnent le texte prévoit une amnistie pour les combattants qui n’ont pas été impliqués dans des actes moins graves comme la rébellion ou le port illégal d’armes, soit la plupart des guérilleros.

Mais ceux qui auront commis des crimes tels que des massacres, des déplacements, des agressions sexuelles ou le recrutement de mineurs, seront jugés par des tribunaux spéciaux.

Les combattants qui avoueront leurs crimes pourront éviter la prison et bénéficier de peines alternatives, mais dans le cas contraire ils s’exposeront à des peines de 8 à 20 ans de prison.

Les opposants à l’accord estiment que c’est « un traitement injuste car il ne punit pas suffisamment les Farc et ne prend pas assez en compte les droits des victimes« , ajoute M. Restrepo.

Pour Daniel Pécaut, de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess, à Paris), une partie de l’opinion publique colombienne « est hostile à la reconversion politique » des Farc car ils n’ont jamais reconnu toutes « leurs responsabilité dans les crimes commis ».

Le conflit colombien a fait 260.000 morts, sept millions de déplacés et 45.000 disparus.
Source: RTLMONDE

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