Gestion du chantier de la RN6 : Les Casamançais s’interrogent et interpellent !

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Durant la semaine dernière, trois articles de la presse nationale ont été consacrés aux problèmes qui ont fini d’hypothéquer l’achèvement des travaux de la RN6.

Ce lundi 04 mai 2015, la Direction Générale du MCA a publié dans le quotidien L’Observateur un communiqué : « Point sur la réhabilitation de la RN6 ». En substance ce communiqué reconnaît le retard des travaux de la RN6 et l’impossibilité de les finir avant la fin du compact, tout en faisant le point sur les autres projets MCA-Sénégal « de haute portée économique qui seront terminés et livrés aux population avant la fin du compact ». Par ailleurs, le communiqué précise, en disant « En tout état de cause, l’Etat du Sénégal a déjà pris toutes les dispositions nécessaires pour terminer les travaux. »

Sans revenir sur le détail des révélations des articles de presse ci-dessus cités, nous constatons que le communiqué de la Direction Générale de MCA-Sénégal à la place de donner des éléments précis éclairant l’opinion nationale et internationale sur les déterminants qui ont conduit à l’inachèvement du projet de la RN6, fournit des informations de nature dilatoire.

Entre autres informations dilatoires, nous pouvons relever : 1) « les dispositions nécessaires prises par l’Etat du Sénégal pour terminer les travaux » et 2) « les chances d’un second compact qui seraient hypothéquées par la faute de l’entreprise espagnole » (mention faite dans les articles des éditions 3671 et 3674 du journal Le Quotidien).

Or, les dispositions étatiques du Sénégal pour la réalisation d’un projet qui implique une mobilisation de ressources financières ne sont prises que lorsque des dotations sont inscrites dans les instruments financiers prévus à cet effet. Pour l’année en cours, il s’agit du Budget Consolidé d’Investissement (BCI 2015) et pour les trois années 2015, 2016 et 2017, il s’agit du Programme Triennal d’Investissement Public (PTIP 2015-2017). Nos investigations nous ont permis de constater que, d’une part, ni dans le BCI 2015 ni dans le PTIP 2015-2017 ne sont inscrites des ressources (en dehors de celles prévues dans le cadre du MCA) destinées au financement de la RN6. Cela signifie que contrairement à ce qui est annoncé par les communiqués de MCA-Sénégal, il n’existe aucune provision financière de l’Etat du Sénégal destinée à la finalisation des travaux de la RN6 d’ici 2 ans et demie.

Au regard de ce qui précède, on peut remarquer que faire référence à des dispositions étatiques pour la finalisation des travaux et à un second compact relève d’une volonté de divertir les opinions vers des questions non-essentielles à l’étape actuelle de la situation du chantier de la RN6. Pourquoi la Direction Générale du MCA-Sénégal insiste-t-elle sur ces questions ? Se moque-t-on volontairement des sénégalais, particulièrement des casamançais ou bien essaie-t-on de divertir le gouvernement, les autorités et autres personnalités ?

Pour nous citoyens sénégalais, ce dont il faut parler aujourd’hui doit porter sur ces questions troublantes de gestion que nous inspire l’arrêt des travaux du lot 1 (tronçon Ziguinchor-Tanaf) de la RN6 :

  • Pourquoi la Direction Générale du MCA-Sénégal a-t-elle nié pendant longtemps les risques d’inachèvement des travaux de la RN6 malgré les révélations de la presse, pour le constater aujourd’hui à seulement cinq (5) mois de la fin du compact ?
  • Pourquoi la Direction Générale du MCA-Sénégal n’a pas appliqué les dispositions contractuelles prévues en cas de retard, dont on parle maintenant dans le communiqué alors qu’elle en a les prérogatives ?
  • Pourquoi la Direction Générale de MCA-Sénégal a-t-elle accordé une seconde avance de 10% à l’entreprise Isolux Corsan par lettre du 22 mai 2014, alors que quelques jours auparavant Walfadjri faisait des révélations sur le retard du chantier et des risques d’inachèvement des travaux ?
  • Pourquoi le représentant du MCC au Sénégal a-t-il accordé un Avis de Non Objection à cette seconde avance de 10%, alors qu’il était informé du retard dans les travaux et que la question était dans la presse nationale ?
  • Pourquoi le Gouvernement a-t-il laissé nommer trois Présidents de Conseil de Surveillance de MCA-Sénégal (Chaque premier ministre a eu son Président du Conseil de Surveillance MCA-Sénégal), alors qu’on aurait pu en nommer un seul pour toute la durée du projet, choisi parmi les personnalités neutres et compétentes du Secteur Privé ou de la Société civile sénégalais si tenter qu’on ait eu des difficultés à en nommer parmi les fonctionnaires ?

Pour les citoyens que nous sommes, l’ensemble de ces questions révèlent qu’il y a des choses à clarifier. Aussi, les populations sénégalaises, particulièrement celles de la Casamance ne peuvent-elles accepter cette injustice dans la gestion du Compact MCA : laxisme dans le traitement du projet de la RN6, alors que ceux d’autres localités du pays plus coûteux et plus complexes sont exécutés sans faute avec d’autres entreprises ?

Peut-on se permettre de passer en perte et profit le reliquat du financement MCA et les dommages réclamés par l’entreprise espagnole au MCA-Sénégal ?

Assurément non, car, il s’agit là d’une question de gestion de ressources publiques qui implique la responsabilité de deux pays (le Sénégal et les Etat Unis).

C’est pourquoi nous interpelons certaines personnes responsables de la gestion actuelle du MCA-Sénégal mais aussi celles en ayant assumé des responsabilités dans le passé :

  • Le Directeur Général du MCA Sénégal, à fournir des informations plus précises que celles contenues dans les communiqués publiés récemment et qu’on cesse de divertir l’opinion sur le second compact ou sur les autres chantiers ;
  • L’ancien Directeur Général de MCA-Sénégal à rompre le silence dans lequel il s’est enfermé depuis son départ de manière à éclairer plus d’un sur les tenants et aboutissants de ce dossier, compte tenu des responsabilités qu’il a assumées et des informations qu’il est sensé détenir ;
  • Les différentes instances du projet MCA-Sénégal (Comité des Parties prenantes et Conseil de Surveillance) ainsi que les organisations du Secteur privé et de la Société civile qui y sont représentées (CONGAD, FAFS, CNP, CNES, etc.) à s’expliquer sur les raisons de leur passivité ;
  • Les anciens Premiers Ministres Abdoul MBAYE et Aminata TOURE ainsi que leur Président de Conseil de surveillance MCA-Sénégal à s’expliquer sur leurs responsabilités dans la non-application à temps des dispositions contractuelles prévues pour pallier au retard et aux risques d’inachèvement des travaux ;
  • Les hommes politiques sénégalais, particulièrement les élus casamançais à interpeler le Gouvernement et à mettre en place une commission d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur le chantier de la RN6 ;
  • Les populations sénégalaises, dans leurs différentes formes d’organisation (ONG, Associations Communautaires de base, Organisations du Secteur privé, etc.), particulièrement celles des trois régions administratives de la Casamance naturelle à se mobiliser pour que, d’une part, la lumière soit apportée sur les déterminants de la gestion qui a conduit à l’inachèvement du chantier de la RN6 dans les délais impartis au MCA-Sénégal, et d’autre part l’achèvement des travaux de la RN6 soit effectivement pris en charge par l’Etat du Sénégal ;
  • Le gouvernement à inscrire de ressources suffisantes à la fois dans une Loi de Finances Rectificative pour 2015 (afin de ne pas interrompre le chantier après le 23 septembre 2015) et dans la Loi de Finances 2016 (pour la poursuite et l’achèvement des travaux dans un délai raisonnable et avec les normes requises en matière de qualité).

Pour finir, nous exigeons que toutes les investigations soient menées pour situer les responsabilités et complicités éventuelles. Pour se faire, nous osons pouvoir compter sur tous les citoyens épris de paix, de transparence et d’équité afin que les preuves d’une gouvernance vertueuse et de rupture soient inscrites parmi les actes posés par notre pays.

Association Balal et Diokeree Endam de Kolda (ABDEK)

ABDEKKOLDA@yahoo.fr

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