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Moctar Kébé a été ministre de la Communication, journa­liste et chef du desk international du Soleil. Avec une forma­tion sur le tas conclu, puis un stage à l'Ecole supérieure de journalisme de Strasbourg. Le temps passant, il revient avec nous sur sa carrière professionnelle et politique au Parti socia­liste. Militant jusqu'aux ongles, l'ancien maire de Kolda, mal­gré ses 80 ans, se considère toujours journaliste. Vaincu par un accident vasculaire cérébral dû plutôt à un surmenage et non à un sort qu'on lui aurait jeté, comme le pensent certains, M. Kébé analyse avec lucidité l'actualité du pays. Malgré ses 80 ans, il nous considère toujours comme ses confrères, et d'ail­leurs, c'est comme ça qu'il surnomme cette jeune génération de journalistes, à qui, il demande en plus d'être humble, d'ap­prendre, et d'être curieux. En plus de donner des conseils à ses camarades militants socialistes, sur son fauteuil roulant, il est pour qu'on punisse ceux qui exercent la violence.

 Walf Grand-Place : On vous connaît ancien ministre sous le régime socialiste, ancien maire de Kolda, journaliste de la première génération, que peut-on savoir d'autre sur le parcours de Moctar Kébé ?

Mactar KEBE : Je suis né en 1936 à Kolda, où j'ai Fait aussi mes études primaires. Mon cycle secondaire, au cours Secondaire de Ziguinchor, et au collège Delafosse puis au lycée Van Vollenhoven, actuel lycée Lamine Guèye, et a l'université de Dakar.

Sur le plan professionnel, j'ai occupé le poste de secrétaire national de l'association des journalistes au Sénégal, ensuite, secrétaire des journalistes afri­cains.

Et sur le plan politique, j'ai été secrétaire général de la coordina­tion du Parti socialiste de Kolda, secrétaire général de l'Union régionale de Kolda et membre du Bureau politique. J'ai occupé les postes de ministre de la Protection de la nature du travail et de la for­mation professionnelle, et ensuite de la Communication. Mais aussi ambassadeur du Sénégal en Gambie de 1993 1995, en Sierra Léone et au Libéria. Et je signale que c'est en Gambie, que j'ai eu ma maladie, un accident vascu­laire célébral.

Vous êtes aussi journaliste de formation ?

Je ne me suis formé que sur le tas. Et après, j'ai fait un stage à Strasbourg à l’Ecole supérieure de journalisme. C'est là que sont pas­sés les Bara Diouf, Djibril Bâ...

En ce moment, il n'y avait pas le Cesti ?

Non, c'était bien après qu'a été crée le Cesti.

Et vous avez exercé dans quels médias ?

D'abord, j'ai été attaché de presse dans le cabinet de Djibril Thiam, Karim Gaye et Moustapha Niasse. Après j'ai été au Soleil dans le desk Etranger et Local. C'est nous qui avons encadré les Alioune Dramé, Abdoulaye Ndiaga Sylla. À l'époque Bara Diouf disait que les meilleurs journalistes étaient dans les bureaux au lieu d'être dans les rédactions. Senghor a demandé, qui sont-ils ? On leur a dit par exemple Moctar Kébé et Gabriel Jacques Gomis. Alors, il a demandé qu'on nous affecte au Soleil. Voilà comment nous avons intégré ce journal. À l'époque, on ne discutait pas, il faut tout sim­plement exécuter les ordres.

Je me rappelle de 1975 à 1980, Senghor réunissait par mois, un certains nombre de journalistes au palais, il y avait Sokhna Dieng, Bara Diouf, moi-même, Aly Kheury Ndaw, et Daouda Sow était à l'époque ministre de l'Information et Habib Thiam, secrétaire à la presse du palais. Cette rencontre avait pour but de nous souligner nos fautes. Senghor faisait remarquer à cha­cun de nous que tel jour, vous avez écrit ça, ce n'est pas du français. Et dans notre profession, la curiosité, la générosité et l'humilité doivent être des qualités. Tout savoir est relatif, nous sommes quatre (l'en­tretien s'est fait en compagnie de Fanta Fifi Kanté de la Rsi, et de son épouse, Ndlr), mais ce que je sais, l'autre ne le connaît. Alors ça, c'est très important.

Et comment travaillait le jour­naliste à votre époque ?

C'était très difficile. On allait voir les gens, et certains nous disaient, «ce que je vous dis, ne dites pas que c'est moi qui vous l'ai dit.» Et c'est pourquoi, on dit que le journaliste doit avoir pour prin­cipe, de ne jamais dire ce qu'il ne sait pas, mais de ne pas dire aussi tout ce qu'il sait. Il n'est pas tenu de dire tout ce qu'il sait, sinon le monde serait renversé.

Quelle comparaison faites­-vous entre la presse à votre épo­que et celle d'aujourd'hui ?

Je vais vous donner des exem­ples. Un jour, Malick Gueye, qui n'est plus de ce monde, a dit à la radio, «après la publication des audiences, passons aux choses sérieuses.» Senghor a convoqué Alioune Fall pour demander qui était ce journaliste qui considère que ses audiences ne sont pas sérieuses ? «Je ne veux plus l'en­tendre», a martelé Senghor. Pourtant, Malick Gueye le disait pour chahuter et Senghor l'a mal pris. Une fois aussi, Elisabeth Ndiaye n'a pas prononcé le «H» de la Hongrie, et ça n'a pas plu à Senghor qui lui a fait la remarque. Il lui a dit que le «H» n'est pas muet, donc il faut prononcer le «H». C'est pour vous dire qu'à notre temps, on était bien suivis, et chacun veillait à être plus atten­tionné. Mais maintenant, chacun dit ce qu'il veut. C'est inquiétant et ça rabaisse le niveau. C'est pour­quoi, je dis que les journalistes doivent apprendre, et ils doivent le faire tous les jours. C'est cela être humble.

Vous avez été aussi un grand militant du Parti socialiste ?

Je vais sauter les autres étapes et commencer par la coordination de Kolda que j'ai eu à diriger. J'ai été aussi député, avant d'être ministre. J'ai dirigé la mairie de Kolda pendant dix ans. Et mainte­nant, quand, j'entends dire, la vente des cartes, je me rends compte qu'on confond vente et placement des cartes.

C'est quoi la diffé­rence alors ?

A notre temps, tous les notables politiques prenaient un certain nombre de cartes qu'ils allaient placer, Et c'est ça qu'on appelle le pla­cement. Alors, après on repassait parce que c'était lié à la traite des arachides. Et quelqu'un qui a pris 200 cartes, nous faisait son état. Il peut placer 200 cartes et vendre effectivement 150 car­tes et les 50 qui restent sont récupérées.

Autre chose : des ministres qui vendent des cartes, c'est inter­dit. Parce que le parti est une association pri­vée, et le ministre est un homme d'Etat, il ne doit pas être directe­ment impliqué dans ces affaires de cartes. Mais maintenant, tout est permis. Mais cela a commencé quand il a été permis à un secré­taire général d'un parti d'être pré­sident de la République.

À votre époque, le secrétaire général d'un parti ne pouvait pas être président de la République

Jamais. Je veux dire qu'il ne peut pas réunir les gens au palais, car c'est un lieu sacré, une institu­tion de la République. Je me rap­pelle, quand le Bureau politique du Ps se réunissait à l'Assemblée nationale, Iba Der Thiam avait dit que ce n'est pas normal et il avait raison. C'est ainsi que nous avons déménagé à la maison du parti. L'Assemblée nationale appartient à toute la nation, alors que la mai­son du parti est strictement privée. C'est pourquoi, elle a été prêtée à Landing Savané. Ce que Mamadou Diop Decroix a bien compris quand il a demandé à ses parti­sans de ne pas y aller attaquer Landing Savané.

Vous ne pensez pas que tout ce désordre incombe à Wade lui­-même?

Vous savez, comme je vous l'ai dit, on est tenu de dire ce qu'on sait, mais on n'est pas tenu de dire tout ce qu'on sait (rires).

Bien, et cette photo d'Abdou Diouf devant votre poste télévi­seur ?

Quand Farba Senghor est venu ici, en compagnie d'Aïda Mbodj, ils m'ont dit qu'il y a une belle photo d'Abdou Diouf, mais qu'ils allaient me remettre une autre de Wade. Je leur ai dit que je l'ac­cepte, mais elle sera derrière celle de Diouf. Alors ils ne m'ont pas remis cette photo.

Vous êtes donc toujours socia­liste jusqu'à aujourd'hui ?

Sur ce plan-là, j'ai dit un jour à Jean Collin, alors ministre d'Elat et aussi du Parti socialiste, qu'il y a deux catégories de socialistes. Ceux qui le sont par conviction et par fidélité, et ceux qui le sont par intérêt. Le jour où nous ne serons pas au pouvoir, ils vont quitter et c'est ce qui s'est passé. Des gens comme moi sont Socialistes et mourront socialistes. Parce qu'il ne faut pas dire, qu'est-ce qu'on a fait pour moi, mais qu'est-ce que moi j'ai fait pour le parti. Je dis que le Parti socialiste a fait des choses pour moi, donc je n’ai pas le droit de le quitter.

Et qu'est-ce que le Parti socia­liste a fait pour vous ?

Si on m'a nommé ministre, ambassadeur, c'est parce que j'étais du Parti socialiste. Elu maire de Kolda pendant dix ans, c'es parce qu'encore, je suis du l'art socialiste. Si je n'étais pas du parti je ne pourrais pas briguer ces postes. Donc, moi je considère ce qu le Ps a fait pour moi, et non ce que moi j'ai fait pour lui. C'est même, malsain, car ce que vous faites ce sont les gens qui vous aident à le faire, vous n'en êtes pas l’auteur.

Vous avez toujours des nouvelles d'Abdou Diouf et de Tanor Dieng ?

De temps en temps (il le répète). Quant à Tanor, il est venu me voir ici à la maison à Kolda plusieurs fois et quand j'étais à l'hôpital aussi. On dit qu'il va venir ici, je suis à peu près certain qu'il passera un jour me voir (d'après les informations recueillies sur place Tanor sera à Vélingara le 18 de ce mois pour un meeting de ralliement, Ndlr).

Donc, ils ne vous ont pas délaissé, vos camarades socialistes ?

Vous savez, les gens n'ont que ce qu'ils méritent. Si je demand qu'on me fasse certaines choses, il ne faut pas oublier que je ne suis pas le seul. Et je remercie Dieu d'être vivant et surtout d'être considéré. C'est cela l'essentiel (il marque une pause et demande qu'on nous serve à boire).

Au début de l'entretien, vou avez dit que c'était en Gambie que vous avez eu votre maladie, c'était dans quelle circonstance ?

Je crois que c'était lié à d'inten­ses activés, car je venais de faire un renouvellement à Kolda.Et je ne dormais pas assez, je me cou­chais vers 5 heures du matin régu­lièrement. Tout cela m'a affecté. C'est après le coup que j'ai réalisé mon erreur. C'est pourquoi, je demande aux jeunes confrères de beaucoup dormir et de soigner leur santé.

On dit que vous avez été vic­time d'un mauvais sort ?

Les gens disent du n'importe quoi, mais dans la vie, il faut savoir opter. Ou on es croyant, ou on ne l'est pas. Si on est croyant, il faut tout attribuer au bon Dieu. À l'école, on nous apprend que H2O, c'est-à-dire deux molécules d'hy­drogène et un molécule d'oxy­gène, quand on les mélange à des conditions normales de tempéra­ture, on obtient de l'eau. Mais si le résultat n'est pas bon, il faut savoir que c'est le mélange qui a été mal fait. Et dans ce cas, on ne dit pas Dieu, donc tout est relatif. Certains disent que c'est le mau­vais sort, en y accordant de l'im­portance, on ne pourrait rien faire, et le pire, c’est que la faute va incomber à tout le monde, et ce n'est pas bon. Mais comme je vous l'ai dit, c'est le surmenage et rien d'autre. D'ailleurs, si les gens qui m'ont jeté le mauvais sort pou­vaient m'empêcher de devenir ce que j'ai été, pourquoi ils ne l'ont pas fait ? (il marque encore une longue pause).

Quelle analyse faite vous aujourd'hui de la relation presse pouvoir ?

A l'époque, Senghor disait Laye Ndiomboor. Chaque fois qu'il a des difficultés, il accorde des faci­lités, mais sans aller jusqu'au bout. Quand j'ai appris qu'il a reçu le président des éditeurs de presse Madiambal Diagne j'ai dit, daf ko naax (il l'a eu). Quelque temps après, j'ai entendu Madiambal se plaindre. Il ne fallait pas l'accepter. Il faut savoir garder sa dignité en toute circonstance.

Vous voulez dire que Wade a toujours son côté Ndiomboor (rusé) ?

Senghor était un homme d'Etat, Abdou Diouf un fonction­naire et Wade est un politicien. Voilà la différence entre les trois. L'homme politicien vit au gré de ses intérêts, l'homme d'Etat, c'est la rigueur dans tout ce qu'il fait et il prend date avec l'histoire. On a tue les Charlemagne, et autres, mais ils ont pris date avec l'his­toire et on parlera d'eux jusqu'à la fin du monde. Le grand fonction­naire a de la rigueur dans tout ce qu'il fait.

Quand on est venu me dire que Wade et Idrissa Seck ne s'enten­daient pas, j'ai dit que ce sont les gens eux-mêmes qui ne compre­naient rien, car entre eux deux, ils ont quelque chose qui les lie, et jamais ils ne se sépareront défini­tivement. On dit chez les Mandingues que seules deux tor­tues savent où se mordre. Alors c'est cela entre Wade et Idrissa Seck.

Comment aviez-vous vécu la défaite du Parti socialiste en 2000. Est-ce que vous n'aviez pas été surpris ?

Je l'ai attendue, parce que quand on est au pouvoir, on commet beaucoup de fautes. Il n'y a que la personne qui prend un bébé qui peut le faire tomber. C'est aussi une sagesse africaine. Le pouvoir, c'est comme un bébé et quand on l'aura, on saura com­ment le garder.

Vous espérez reprendre le pouvoir en 2012 ?

L'homme vit d'espoir. Quand un aveugle marche, il pointe tou­jours le visage vers le ciel, et nous les voyants, nous regardons par terre. Parce que l'aveugle regarde en haut pour espérer voir le soleil, alors que nous, c'est pour repérer des trous. J'ai partagé pendant deux ans le même bureau avec Mambi Sidibé, le beau-père d'Amadou Hampaté Bâ. C'est lui qui m'a appris beaucoup de cho­ses.

Et quelle analyse faites-vous des sorties controversées du ministre de l'Intérieur Bécaye Diop, un fils du Fouladou et maire de votre ville Kolda ?

Certains parlent avant de réflé­chir, et d'autres réfléchissent avant de parler. C'est pourquoi on dit, il faut remuer sa langue sept fois avant de parler. C'est une erreur monumentale, mais tout cela est dû à 1a nature du régime. Toute la presse a parlé des audits, normale­ment dans un pays organisé et si c'est vrai, on doit procéder à un remaniement et sanctionné tous ces gens qui ont été cités. Mais, si le pouvoir est personnel, on ne dit que ce qui plait au Prince.

Au temps du régime socialiste, y avait-il cette proximité entre le gouvernement et les familles reli­gieuses ?

C'est même risqué à mon avis. Quand j'ai rencontré Senghor, il n'était plus président de la République, il m'a dit deux choses. De dire à Abdou Diouf que pre­mièrement, le niveau des mathé­matiques a baissé, car il a vérifié qu'il n'y a pas eu de premier prix dans cette matière au concours général.

Deuxième chose, il m'a dit avoir entendu Habib Thiam dire à Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh «Papa», il m'a dit, ça ne se dit pas, car un président ou un premier ministre n'a pas de père, ni de mère. En privé, il peut le dire, mais publiquement, ce n'est pas bon. Quand je suis rentré, je l'ai dit à ...Abdou Diouf à l'occasion d'une audience, et ce dernier m'a dit qu'il a bien raison. Quand on occupe une certaine fonction dans un pays laïc, on ne peut pas se per­mettre certaines choses. Quand Bécaye Diop dit que «affaire bi Touba la», ça ne se dit pas. Et les autres ? Il faut beaucoup faire attention. Quand on dirige la délé­gation ministérielle , elle est pour tout le pays. Il doit agir avec intel­ligence, car il n'est pas n'importe qui. Bécaye est un ami à mon jeune frère, et il était mon secré­taire Politique, donc socialiste, il a transhumé. Mais avant lui, il y avait un grand transhumant. Mais c'est hors micro que je vais le dire, alors éteignez le dictaphone (votre serviteur s'exécute et se fait révéler le nom du fameux transfuge).

Quels conseils donnez-vous à ­Tanor et compagnie pour les pro­chaines élections présidentielles ?

D'abord, mes premiers conseils vont à mes jeunes confrè­res à qui je demande d'apprendre de toujours apprendre, de lire et d'être humble. Ils doivent com­prendre qu'ils ont un travail énorme. Mais je déplore aussi leurs mauvaises conditions de tra­vail. Quand un journaliste m'a dit ici, à Kolda, qu'ils ont à peu près 50.000 francs par mois, j'ai dit que c'est grave. Car en 1973, quand on signait la deuxième convention, avec à l'époque Alioune Diagne Mbor, ministre de la Fonction publique, la catégorie la plus basse des journalistes percevait 63.000 francs. Si en 2010, on en est à 45.000 trancs, je dis que c'est très, très grave. Et on demande aux gens d'être efficaces, ce n'est pas possible, Quelqu'un qui perçoit 200.000 francs, on ne peut pas le corrompre avec 25.000 francs, tout le contraire de celui qui reçoit 50.000 francs, car c'est la moitié de son salaire. Il faut éviter de les mettre dans des situations d'être corrompus.

Elle existait déjà l'aide à la presse à votre époque ?

Sous une autre forme. A Dakar, il y avait le Soleil, Afrique Nouvelle et le Politicien qui ne sortait que comme Mame Less Camara l'a dit lui-même, «à l'improviste». C'est-­à-dire, quand il a les moyens, il public un numéro. Le premier journal sénégalais, les gens se trompent dessus, car ce n'est pas Le Politicien, il y avait les Echos d'Afrique noire avec Maurice Voisin, et Anne Mausesson qui était la rédactrice en chef. Elle était la femme de Maurice Voisin et c'est lui qui m'a fait aimer le journalisme en son temps, et c'était à l'époque coloniale.

Et pour les Tanor Dieng ?

Quant aux Tanor, je leur dirai ce qu'il faut faire quand ils vien­dront ici parce que le pouvoir, quand on l'a, il faut savoir redres­ser, et savoir le rechercher, car le peuple au nom duquel on parle, il faut connaître ses problèmes. Mais passer tout son temps à par­ler des manières de le reprendre, ce n'est pas intéressant. Il faut dire des choses qui intéressent le bas peuple. Je sais que c'est difficile, mais c'est ça qu'il faut prendre en compte et nous, ayant perdu le pouvoir, on doit être malin et savoir comment on l'a perdu au lieu de passer tout notre temps à vouloir l'avoir. Il faut repérer nos fautes si on en a commis.

Qu'est-ce que ça vous fait d'entendre chaque jour les libé­raux se crêper le chignon pour une histoire de placement de car­tes comme c'est le cas, ces temps-­ci ?

(Il ne répondra à cette question qu'après les brèves de 18 h, car pour lui, un journaliste digne de son nom, ne se renie pas. Et c'est d'ail­leurs pourquoi, on dit que ça mène à tout).

C'est relatif, parce que le pro­blème, c'est que quand quelqu'un exerce une violence, il sait qu'on ne va pas le punir, sinon, si tel était le cas, il ne le fera pas. Il faut punir ceux qui exercent la violence. Par exemple, je n'ai rien contre Massaly, mais le simple fait qu'il dise qu'il téléphone au commis­saire de police et au journaliste qui l'incrimine. Il y a un point sur lequel, on n'insiste pas, le com­missaire est assermenté donc ses propos doivent étre considérés plus que ceux de Massaly. Le reste, c'est dans sa conscience, alors moi je considère que ça a été bâclé.

Le procès ?

Oui. Me Aïssata Tall Sall a eu raison, dès le départ, de dire que le procureur devrait s'autosaisir du dossier. Il n'avait pas à attendre qu'on porte plainte. Quand on ins­tallait la première cour suprême, c'était Isaac Forster qui était prési­dent, maintenant on ne parle que de Kéba Mbaye qui est pourtant venu après Isaac Forster, Ce dernier a dit à Senghor face à face : «Monsieur le président de la République, si vous promulguez une loi contre la Constitution, je la casserai.» Qui ose dire ça mainte­nant ? Personne ! La pourtant, il le lui a dit face à face. Les gens qui ont attaqué la loi Doudou Wade, n'ont pas suivi la procédure, parce que le fait qu'il ait dit que c'est sur instruction du président de la République, c'est déjà tout faux, car le président de la République n'a pas à donner des instructions aux députés. C'est une proposition de loi et, dans ce cas, c'est un député qui se concerte avec ses collègues. Quand ça vient du gouvernement, on dit projet de loi.

Vous avez été maire de Kolda, comment voyez-vous votre gestion et celle d'aujourd'hui ?

La première différence, ce sont les moyens. Moi quand j'étais maire, j'avais 63.000 francs d'indemnités, alors qu'aujourd'hui, le maire a 900.000 francs dans les capitales régionales. Ça, c'est une indifférence. Les adjoints au maire avaient 15.000 francs, ils en ont aujourd'hui 250.000 francs.

Quand on dit le fond de concours, c'est le budget de l’Etat, c'est le ministre de l'Intérieur qui est chargé de la décentralisation, c'est lui qui alloue aux gens des fonds de concours. Et aucune mairie au Sénégal ne peut subvenir normalement à ses besoins. Actuellement, les maires socialistes ont fait tout pour leur créer des problèmes, et au moment de l'at­tribution du fonds de concours, on peut donner à un tel 50 millions et seulement 15 millions à un autre. Qui va arbitrer s'il se trouve que l'arbitre se trouve d'un seul côté ? Il fera ce qu'il veut.

Source: (Walf - Grand Place)

Commentaires  

 
#1 19-02-2010 17:00
moctar kébé une légende de la presse sénégalaise. il mérite d\'être suivi pour l\'importance de son discourt.
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#2 23-04-2010 06:57
Merci de vos pensées et de vos encouragements...
de vos belles envolées spirituelles brassées de mots offerts régulièrement sur votre blog personnel...
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#3 27-04-2010 12:56
vous avez beaucoup parler avec lui de politique il vous a fait des citations maintenant allez lui poser des questions sur histoire du senegal ou de kolda plus particuliéremen t vous cmprebdrez que c\'est un homme de culture
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