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L’évocation de son prénom et nom, rappel bien des souvenirs. Moctar Kébé, ancien journaliste, ancien ministre, ancien ambassadeur du glorieux temps du régime socialiste et ex maire de la commune de Kolda ; aujourd’hui cloué à sa résidence par une maladie, il n’a rien perdu de son verbe malgré une voix cassée. Entre Etat et presse, Moctar Kébé, à bâton rompu avec koldanews.com, l’ex maire de Kolda, un journaliste rompu ; raconte tout : entretien.
Le mardi 26 juillet 2011, il est 12h passé de quelques minutes, en compagnie du correspondant de la Rfm à Kolda, nous arrivâmes au domicile de Moctar Kébé, sis à Doumassou, un quartier de la commune de Kolda, un domicile qui fait face au grand caïcédra l’arbre mythique connu des Koldois sous le nom « arbre Moussa Molo ».  Ici c’est le calme total. Une vielle mère nous accueille, elle nous conduit dans le salon où se trouve « Mokké » son sobriquet des bons vieux temps. Assied sur son fauteuil, en bon journaliste, Moctar écoute le journal parlé sur la bande Fm, la main tremblante il s’efforce et diminue le volume de sa radio, il nous serre la main. Après les salamalecs d’usages, on se présente sur notre casquette de jeunes reporters. Ainsi on lui fait part de l’objet de notre visite. Nous voulons si possible un entretien. Moctar Kébé, nous demande poliment de repasser demain (mercredi 27 juillet 2011) à 10h 30mn. Une demande que nous avons acceptée avec beaucoup de plaisir.
Le lendemain matin (mercredi 27 juillet 2011), nous arrivâmes au lieu du rendez-vous à l’heure pile (10h 30mn). « Vous êtes venus à l’heure pile, c’est de la rigueur. La ponctualité est le premier signe de politesse », a dit l’ex ministre maire, assied sur son fauteuil, sur une table juste à ses cotés, une radio et son téléphone portable. Dans ce vaste salon, une bibliothèque peu garnie, des photos de souvenir (Abdou Diouf, Modibo Keïta, un ancien ambassadeur du royaume d’Arabie Saoudite etc.). C’est dans ce salon qu’il vit paisiblement  sa retraite partageant son quotidien entre la prière, la lecture, la radio et la télévision.  Mettez vous à l’aise, dit le vieux Moctar Kébé, Diakhanké de teint clair. L’entretien démarre. En journaliste avertis, sans détour Moctar Kébé ; le journaliste, le syndicaliste, l’homme d’Etat, le diplomate, le politicien dit tout.
 
Son portrait.
 
Je suis né le 20 Aout 1936 à Kolda. J’ai fait l’école primaire à Kolda et le moyen aussi, le secondaire au lycée Djiniabo de Ziguinchor et au lycée Van Vollenhoven (actuel Lamine Guèye) de Dakar et mes études supérieurs à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Toujours monogame, je suis marié et père de trois enfants deux garçons, l’un vie actuellement à Atlanta aux Etats-Unis, l’autre au Canada et une fille qui est à Paris. J’ai neufs enfants adoptifs de mon jeune frère.
 
La carrière d’un journaliste.  
 
Après l’université, Moctar Kébé a fréquenté l’école d’enseignement de journalisme de Strasbourg (France). Le journaliste, l’ancien chef du desk international du Soleil, formé à Strasbourg, après un passage comme rédacteur en chef entre 1962 et 1964 au journal l’Essor du Mali. Puis attaché de presse et chef du bureau de l’information comme il l’affirme au ministère des affaires étrangères, avant de retrouver le Soleil qu’il quitte en 1980. Il reviendra au pays pour atterrir dans le gouvernement, au moment où n’importe qui ne pouvait être ministre! Il se souvient encore de ses anciens confrères Aliou Dramé, Ibrahima Diagne pour ne citer que ceux là. Non sans oublié l’Ouest africain un hebdomadaire et l’Unité Africaine l’organe centrale du Parti socialiste.
 
Le militantisme syndical.
 
Grand défenseur de la presse, Moctar Kébé a été pendant dix ans de 1968 à 1978, le président de l’Association Nationale des Journalistes du Sénégal (ANJS).  Il négocie de 1968 à 1973 avant de signer la première convention des journalistes en 1973 en tant que président de l’association nationale des journalistes du Sénégal, partageant le bureau avec Da Costa, Kary Ndaw, Amadou Moctar Wane. Directeur de l’Union des Journalistes Africains (UJA) de 1972 à 1976.  Alité (paralysé) depuis quelques années, « Mokké » de son surnom résiste encore face à tous ses détracteurs, malgré une voix tremblante. Il garde sa grande clairvoyance.
 
L’homme d’Etat, le diplomate, le politicien.
 
Dans sa carrière journalistique et syndicale, Moctar Kébé alias « Mokké », comme il nous le confie, n’a fait qu’un seul pas pour se retrouver dans les grandes affaires de l’Etat. Déjà attaché de presse et chef du bureau de l’information comme il l’affirme au ministère des affaires étrangères, sous le règne du défunt président poète Léopold Sédar Senghor. Moctar Kébé est nommé ministre de la protection de la nature par le président Abdou Diouf de 1988 à 1990, puis ministre du travail de 1990 à 1991 et enfin ministre de l’information, des postes et télécommunication de 1991 à 1993. C’est sous son règne à ce poste ministériel que le Sénégal a organisé la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 92. Les Koldois se souviennent encore de son passage à ce ministère, époque que les postes et télécommunication ont connu leur essor au Fouladou. Parallèlement à ses fonctions de ministre de la république, Moctar Kébé a été directeur de la coordination communale de Kolda du parti socialiste (Ps), secrétaire général de l’union régionale de Kolda du Ps, membre du comité central et du bureau politique (Bp) du parti socialiste (Ps). Ambassadeur du Sénégal en Gambie de 1993 à 1996, Moctar Kébé est contraint de mettre fin à son activisme politique par une maladie alors qu’il était maire de la commune de Kolda de 1990 à 2000. Malgré sa maladie, ce fervent militant socialiste est l’un des rares à résister aux tentations de la transhumance politique après l’alternance en 2000. De son fauteuil, l’ex maire socialiste fait une fine analyse politique du pays. De Senghor à Abdoulaye Wade en passant par Abdou Diouf, avec aisance Kébé parle de ces trois magistères :
Senghor était un homme d’Etat, Abdou Diouf, un commis de l’Etat et Abdoulaye Wade, un homme politique. L’homme d’Etat dira-t-il « prend date avec l’histoire », le commis de l’Etat « est connu pour sa rigueur » et l’homme politique « c’est un grand joueur », a-t-il analysé.
 
Les conseilles d’un sage à ses jeunes confrères.
 
 C’est regrettable ce qui se passe, présentement au Sénégal. Notre pays donne une mauvaise image au monde, la presse a beaucoup contribuer à installer l’alternance.
Personne ne doit le nier ni, l’oublier, c’est le journaliste Moctar Kébé et ancien ministre de la communication sous le régime de Diouf qui le dit. Il décortique l’actualité, écoute les radios reçoit certains amis qui ne l’ont pas oublié.
 
Quel regard portez-vous sur l’évolution actuelle de la presse au Sénégal ?
 
Il y a une grande amélioration dans le paysage médiatique de notre pays lié aussi au contexte mais il reste beaucoup à faire. Il faut Beaucoup de formations pour les journalistes et des efforts pour les patrons de presse pour une bonne rémunération des journalistes. Il faut bien payer les journalistes pour les mettre à l’abri de toutes tentations. Quand un journaliste perçoit un salaire raisonnable qui lui met à l’abri du besoin, personne n’ose lui tendre cinq milles ou dix milles francs. Les patrons de presse doivent payer et bien payer les journalistes. Les jeunes confrères doivent aussi être humbles et correctes. « L’humilité est la marque de respect de tout le monde ». Le journaliste doit savoir se faire respecter par son comportement, son travaille, son niveau … La formation pour un journaliste doit être continue. Lire apprendre ; tous les jours on apprend quelque chose. Un journaliste n’a jamais assez. « Je mourrai le front contre la terre parce que je ne sais rien », dit-il reprenant la pensée d’un penseur. A l’époque quand Daouda Sow était ministre de l’information et Habib Thiam chargé de presse, Senghor nous dispensait des cours de journalisme. Il soulignait nos fautes dans nos articles pendant que les lecteurs nous félicitaient.  Il ne faut jamais cesser d’apprendre, le journaliste doit être curieux. Quand une personne quelconque commet une faute en français elle passe inaperçue, ce n’est pas le cas du journaliste!
 
L’actualité au pays, c’est cette tension entre la presse et les autorités actuelles .Quel commentaires faites vous de cette situation ?
 
C’est regrettable pour l’image de notre pays. La presse a beaucoup contribuer  à l’alternance dans notre pays .Quand j’étais ministre de la communication entre 1991 à 1993, je pensais que la presse était contre nous les socialistes (le régime en place). Aujourd’hui, je reconnais que la presse ne faisait que son travaille, car une presse doit imposer le respect. Le régime actuel sait qu’il doit beaucoup à la presse. Les journalistes ne doivent pas être des larbins, des flatteurs,... non cela ne sert à rien! Il faut que les choses puissent se régler, notre pays ne peut pas gagner quelques choses avec cette tension presse/Etat et ceux qui doivent faire quelques choses ne doivent pas rester sans réaction (tranquilles).

 

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