Mamadou Diao, surnommé M.C Baleejo, 27 ans, est la nouvelle coqueluche des jeunes mélomanes du Fouladou. Véritable bête de scène, sa notoriété naissante s’origine de ses sonorités et chansons puisées dans le folklore locale.
Bien sur son 1, 70 cm, son corps légèrement robuste et ses muscles bien entretenus, Mamadou Diao, alias M.C Baleejo, renvoie à un de ces nombreux apprentis lutteurs qui peuplent les écuries du Sénégal, à l’écoute des arènes. La seule différence c’est que lui a préféré arpenter les podiums et autres plateaux de musiques, même si ses déplacements sur scène rappellent, à bien des égards, les bakhs d’un Balla Gaye 2 avec qui il partage un teint ébène et une tête toujours à ras. Après une prestation, impossible de lui tirer un mot dans l’instant. Tout essoufflé, il s’excuse poliment : « Je suis fatigué. Attend que je retrouve mes souffles. » C’est que le natif de Kolda il y a 27 hivernages ne tient pas tranquille sur scène. Il se donne à fond. Par sa voix et par ses pas bien cadencés. Entré en musique en 2005, ce chauffeur de taxi qui a pignon sur rue dans les différentes localités de la capitale régionale du Fouladou est la nouvelle coqueluche des jeunes mélomanes de la région méridionale du Sénégal. Sur scène, se crée une grande complicité avec son public. Qui sont capables de répéter, seuls ou après lui, chaque vers de ses chansons. M.C se joue même, très souvent, à interrompre la sono pour permettre à son public de terminer tout ou partie de ses chants. Et ils le réussissent merveilleusement bien. Du moins les enfants. Son secret ? « Ses paroles sont simples, accessibles à tout le monde, ses mélodies bien de chez nous. Il est l’un des rares musiciens du fouladou à rester collé à sa culture. Il partage cette vertu avec Amadou Baldé, musicien basé à Bordeaux en France, natif du village de Médina Elh, dans le département de Kolda. » A confié Ousmane Baldé, journaliste à la RTS. Ses aînés Moutarou Baldé dit Daby et Abdou Diop introduiraient dans leur musique des sonorités exotiques (Mandingues et wolofs). Mamadou Diao ne dit pas le contraire. Une manière de s’ouvrir aux souffles du monde. Balejoo, qui veut noir, assume : « Il est vrai que je fais de la world-musique ; c'est-à-dire du reggae, du Rnb, du rap, de la techno, mais le tout sur un fond musical tiré du folklore locale. Les paroles qui composent mes chants sont inspirées par les veillées dans les grands places, par le folklore local, mais aussi par les débats qui font l’actualité. A chaque fois que j’entends une belle expression, de belles paroles je prends note.» De ce patchwork musical, M.C Baleejo, au teint noir très foncé, (d’où son surnom) a pu composer des morceaux qui font tabac dans les villes et villages du Fouladou. Et qui touchent des thèmes aussi divers que la médisance, les commérages, l’amour, et le travail. Il s’agit de : « Ngathié haala, Mi fina bimbi, samedi soir et on va danser. » Et le dernier morceau cité est son tube fétiche qui fait bouger le fouladou de la musique. La modestie à la bouche, à propos de ce tube Mamadou Diao dit : « Je suis surpris par son succès. Mais mon producteur m’avait assuré du boom qu’il allait faire. »
Rappeur banni
M.C. Baleejo revendique son appartenance au mouvement Hip-hop du Fouladou. Il dit : « Je fais du rap, même si je le fais accompagner par des sons tirés du folklore du fouladou ou du Batuku qui est une variété Cap-verdienne. » Le monde du rap de Vélingara lui dénie toute appartenance à leur mouvement. « M.C Rappeur ? Non. Sa musique n’a rien à voir avec le rap. » Confie un rappeur basé à Vélingara. « Il n’a qu’à se choisir un style de musique propre, mais pas le rap. » A-t-Il poursuivi, l’air agacé. Il note : « M.C Baleejo fait plutôt du coumoucoumou. » Il s’agit d’une musique improvisée par les femmes en l’absence d’un griot attitré pour égayer une foule qui a besoin de s’éclater dans une circonstance heureuse. C’est une calebasse que l’on met dans une bassine d’eau et dont les sons graves peuvent ne pas être suivis de chants. Sa vocation est d’animer. Tout court. M.C fait de l’animation pure et dure sans objectif de message. Ses textes non aucune valeur éducative ou morale. Cette critique, semble être partagée par tous les rappeurs de Vélingara. Une critique que relativise le journaliste de la RTS, Ousmane Baldé. Il renseigne : « Son tube Ngathié Haaala condamne la médisance, les commérages dans les grands-places, même s’il l’a fait de manière très sommaire. C’est que mis à part son style musical particulier, jamais encore inauguré dans le fouladou, Mamadou a besoin d’encadrement. Il lui faut un manager. Un manager l’aurait aidé à affiner ses textes, à donner plus de sens à ses paroles. » La faute serait à sa solitude, à son faible niveau d’étude. Il dit : « J’ai arrêté les études en classe de Cm2. J’ai toujours eu un penchant pour la musique. Enfant je reprenais tous les chants des musiciens de la place et des griots de Kolda. Mon défunt père avait même prédit que je serais un chanteur. » Son admiration pour le rappeur Guinéen Master X va déterminer ses débuts en musique en 2005, alors que son Papa n’est plus de ce monde. Contre la volonté de sa maman qui, comme toutes les mamans peules, jalouses de la noblesse de leur sang, voulait que son Mamadou laissât la musique à ceux qui y ont droit de par la coutume. Toutefois, avec son succès naissant, « Maman est devenue tolérante. Elle m’encourage même. De même que mes 6 autres frères et sœurs. » A déclaré M.C Baleejo
« Mes ambitions dans la musique est de devenir une star mondiale. De chanter dans tous les grands podiums du monde. Seulement, il faudra beaucoup de baraka, parce que la région n’a pas de studio de production et la musique n’a pas de mécène dans la région. Je me suis produit par des moyens propres, sans aucun soutien. Je me produis à Ziguinchor ou à Banjul, la capitale Gambienne. »
Abdoulaye Kamara
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