Visiblement, le sport a l’apparence d’un paradoxe, un phénomène que semble comprendre chacun de nous au vue de sa banalité mais que beaucoup échouent à définir.
Selon une certaine version, le mot dériverait du vocable français « desport » qui désigne « l’ensemble des moyens grâce auxquels se passe agréablement le temps ; conversation, distraction, badinage, jeux d’esprit dont le but est la culture du corps par des exercices de tels ordres qu’il contraint l’homme à une triple lutte : lutte contre soi même, contre les autres hommes, contre la nature des faits dans le cadre de règles précises et d’astreintes conventionnelles »(Prouteau). Cependant, dans un monde soumis quotidiennement aux bouleversements politiques, aux fluctuations économiques et à une certaine fracture des liens sociaux, cette activité ne peut être qu’un puissant facteur d’unification.
Le sport est donc devenu l’une des seules activités qui ignore les frontières du temps, de l’espace et qui parvient en fin de compte à déborder les idéologies. A cet égard, il fait partie d’une culture commune qui nous vient du fonds des âges et qui répond à la définition de l’homme donnée naguère par Antoine de Saint Exupery : « Etre homme, c’est sentir en posant sa pierre que l’on contribue à bâtir le monde ». Le sport ressort donc de cette prodigieuse aventure qui accompagne en même temps l’essor des civilisations et participe à la création d’un art de vivre. C’est pourquoi, que ce soit sous sa forme éducative, économique, culturelle ou sociale, il s’est affirmé au fil des années comme l’un des phénomènes de masse les plus constants et les plus populaires. A ce titre, devient-il un cérémonial mobilisant toutes les catégories sociales (enfants, jeunes, adultes, vieillards) autour de cette préoccupation d’exalter la vie. Pourtant, cet art a fait l’objet de critiques assez virulentes. Certains détracteurs créeront même autour de la compétition un sentiment de répulsion au point de mettre en doute son utilité. Il en est par exemple de Georges Duhamel(1930) qui fustigeait : « Le sport est un corolaire obligé, devenu aussi la plus étonnante école de vanité ». Sous ce registre, il n’est pas seulement conçu comme heureux amusement, mais aussi et surtout comme une besogne harassante, une activité crée pour les esprits galvanisateurs. Ces deux perceptions ont toujours couronné l’histoire de ce concept reposant d’une part sur l’aspect éducatif, incitatif, universaliste vu ici comme moyen de formation et d’autre part comme perversion et surmenage pernicieux. De nos jours, le sport demeure un dénominateur commun, un vecteur de paix pour toutes les sociétés. En effet, dit-on pour avoir intégré cette activité à ses pratiques quotidiennes, la société s’est enfin rendue compte qu’elle tend vers un nouvel idéal, celui de réaliser la fusion des humanités le tout dans un contexte où l’individu n’est plus le « terminus » c'est-à-dire l’aboutissement ultime. On tend beaucoup plus vers une homogénéisation des consciences. A ce titre, l’existence sociale apparait comme un théâtre et aujourd’hui, l’éthique sportive s’exprime sous la forme d’une valorisation de l’effort, d’un dépassement de soi dans la souffrance, la discipline, la soumission à l’intérêt du groupe, du respect de l’adversaire dans une pratique loyale comme d’ailleurs le préconise le concept britannique de « fair-play ». Il constitue à cet effet, le mythe sécurisant de la réconciliation, soucieux de supprimer la lutte des classes, de créer une mystique plus humaniste avec ses rites, ses idoles. ARISTOTE avait dit avec force : « l’homme en tant qu’animal social ne peut vivre et s’épanouir que dans le groupe ». Donc le sport, à l’image de toutes les autres activités, a subi une réelle évolution devenant « un fait social total »(Mauss), tributaire de toutes les formes concrètes de la réalité quotidienne. Il intègre les comportements, les us, les représentations sociales, politiques, culturelles, etc. Bref, il porte un certain sens social, symbolique, apparaissant comme le domaine d’une signification complexe qui ne se réduit pas à la seule dimension esthétique ou divertissante ; d’où un phénomène qui soit à la fois expression et synthèse de l’ensemble de la vie d’une société. S’il est facteur de cohésion et de rapprochement irremplaçable, c’est incontestablement grâce à sa force de persuasion. Aujourd’hui, avec la mondialisation et non pour se départir de sa philosophie initiale, qui est de rapprocher les peuples, le sport est devenu à la fois un enjeu économique et une alternative en vue de faire sa promotion sociale (mythe de la popularité). Que ce soit le football, le basket, le tennis, la lutte, le rugby, la boxe, l’athlétisme, la musique, nombreux sont ceux qui épousent ce médium pour se faire adorer du public. Il n’est pas à écarter que cette activité devienne une religion (football au brésil). Les vedettes du sport peuvent désormais se frotter les mains avec la prolifération des associations de fans, la sponsorisation. Les spots publicitaires ont fini de donner un coup de fouet à l’économie artistique. Les vedettes en filant leur maillot tentent d’imposer à la vindicte populaire talent et personnalité en cessant d’être de simples citoyens pour devenir une belle mécanique à admirer. Les stades demeurent des paysages clos protégés des passions folles. Toutefois, au sens sociologique du terme, le sport tend aussi à reproduire le système social qui lui a engendré et outre son cachet universalisant lié à sa réglementation, il n’est pas indépendant des contextes historiques ambiants. Sa reconfiguration par rapport aux valeurs locales (redéfinition par exemple de la lutte traditionnelle sous forme de Lambs modernisés) conduit à penser que c’est là au juste un des signes éclairants pour mieux maîtriser notre société en pleine mutation. Illustration plus parfaite, l’organisation du mondial pour la première fois en terre noire (Afrique du Sud 2010) augure du réveil d’un continent qui s’est pourtant toujours battu pour sa reconnaissance au fronton des nations civilisées. Comme pour dire que le sport n’a pas de frontière et ne prend pas en compte de quelconques critères ethniques ou des appartenances idéologiques ou religieuses. Le rêve de Mandela, de Martin Luther King, de Malcolm X mais surtout de Marcus Garvey j’en passe à travers son fameux « come back Africa » se réalise peu à peu avec aussi l’arrivée à la plus haute magistrature Américaine d’un homme noir (Barack Obama). Coïncidence ou processus normal de l’histoire, en tout cas le pari de l’Afrique a été gagné avec ce rendez-vous du donné et du recevoir qui a duré un mois sur une terre qui détient encore le records de tous les maux (VIH SIDA, paludisme, pauvreté, analphabétisme, coups d’Etats). Quelle activité humaine pourrait mobiliser toutes les humanités en parlant de la même voix si non que le sport ? A un moment où d’après les prédictions de Samuel Huntington nous assistons au « choc des valeurs » et où l’humanité reste en proie à une probable disparition, il est à craindre que le sport constituera le salut de notre planète. GHANSOU DIAMBANG ENDA SANTE/KOLDA 77 617 48 12
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