J’ai comme tous les sénégalais, amateurs de foot, suivi depuis quelques années l’évolution de ce sport dans le pays. J’ai comme tout le monde vibré pour les exploits de la JA en coupe de la CAF pour en ligue des champions, pour la CAN et le mondial 2002. J’ai comme tout le monde vogué depuis de désillusion en désillusion.
J’ai ensuite apprécié le retour aux clubs des techniciens. Il le fallait parce que simplement un football passe forcément par la formation, la consolidation, l’organisation et la force des clubs, etc. Le retour des techniciens était salutaire et le niveau du championnat professionnel est du en grande partie à ce facteur. Le jeu de Diambar ou du Casa sport était un régal, la linguère a gagné au mental, etc. Il fallait en arriver à la tanière et cela a été fait. La certitude que Yatma Diop du Jaraaf avait en juillet ’’Objectivement, Amara (Traoré) présente de loin le meilleur profil pour diriger la sélection nationale. Et si on le seconde par Ferdinand Coly, on pourrait avoir un bon encadrement technique pour l’équipe nationale’’ a progressé et est devenue aussi contagieuse que la grippe H1N1. Le Sénégal du football a fait ses choix et semble s’en réjouir et chantonne même une certaine fierté ainsi qu’un grand espoir autour de cette formule. Il me faut tout de même jeter du sable dans ce couscous de veille de tamkharit puisque j’ai tiqué sur un mot : objectivement.
Objectivement ce qui s’est passé c’est que la linguèe perd Amara, Mbour perd Laye, le Casa perd Demba Ramata et le Port n’a plus Mayacine. Qui pour les remplacer ? Ces choix sont donc un pillage des clubs qui sont privés des techniciens qui les avaient encadrés et qui ont soufflé un brin de renouveau sur la reconstruction. La vérité est qu’on a sacrifié le foot local pour l’équipe nationale alors qu’il s’agissait surtout de rebâtir par le professionnalisme. Objectivement, le débat a été mal posé puisqu’il aura fallu nous communiquer les objectifs sur les cinq prochaines années avant de nous choisir des hommes. On veut se qualifier pour Londres et la CAN 2012. Je crois qu’il aurait été difficile voire provocant de dire moins. La question de toute façon est plus dans le comment que dans le résultat. Faut-il partir d’un football fort et rigoureux (luttant contre la fraude sur l’âge notamment) pour y arriver ? Faut-il simplement y arriver ?
Objectivement ces choix résultent plus d’un intense lobbying sur l’opinion publique pour faire revenir Amara et Laye. Ferdinand et Mayacine ne sont là que pour accompagner voire légitimer un choix. La formule est déjà éloquente : un coach, deux adjoints et un coordonnateur. Elle est aussi éloquente que la rémunération des services. Un quotidien de la place a parlé de six millions pour le coach et de deux pour ses adjoints. Une telle différence révèle simplement les responsabilités dévolues à chacun car avec le triple Amara ne peut être que le décideur dans le groupe. On peut toujours invoquer son passé récent, de messie de la linguère qui est passé en trois ans de la division 2 au titre de champion national en trainant en bandoulière la coupe du pays. Le résultat est flatteur certes mais tout de même Guardiola a fait main basse sur l’Europe des clubs sans que l’Espagne ne fasse de lui son sélectionneur. Capello, l’un des plus grands palmarès en club n’est le sélectionneur italien et Fergusson ne dirige pas l’Ecosse. J’ai lu un article amusant qui décrète « Amara Traoré et Laye Sarr avaient atteint les ½ finales en 2006 lors de la Can en Egypte. Mayacine Mar avait remporté en 2001 la coupe Cabral au Mali ». En somme le seul titre qui dépasse nos frontières est le Cabral ! Alors du calme car objectivement le palmarès africain de ce groupe n’est pas plus riche que celui de Joseph Koto.
Objectivement on a pris les mêmes pour recommencer. Laye et Mayacine sont là depuis une vingtaine d’années sans avoir réussi à être les meilleurs locaux. Si Amara est passé devant eux sur le dernier quinquennat, il n’en demeure pas moins qu’il fit la paire avec Laye en 2006. Ce fut certes une demi-finale mais ce fut surtout le premier tour le plus catastrophique depuis Asmara : 2 défaites et une victoire sur le Zimbabwe. La suite fut extrêmement laborieuse avec 2 défaites et une victoire sur la Guinée. Pape Diop avait été plus méritant sur 3 matchs au Caire en 1986. L’objectivité n’a donc rien a voir avec ces choix qui si j’en crois la presse couteront 12 millions par mois au contribuable. Je me demande comment d’ailleurs le ministre a-t-il pu accepter de payer un sénégalais, sous son autorité, mieux que lui-même. La comparaison avec les techniciens français et autres étrangers ne tient pas la route puisqu’eux quittent un pays pour un autre.
Amara a aussi un passé qu’on se plait à oublier, suspensions après la Can 2004 par la CAF et gifle supposée sur un membre de son staff il ya quelques semaines. Gagner des matchs sur la carrière Me Babacar Sèye ou des champs de patates n’a rien à voir avec la scène africaine. Réussir en club ne veut rien dire quand on parle de sélection nationale, Lamine Ndiaye en sait quelque chose. J’aimerai bien croire que Amara va nous apporter quelque chose, que notre pays va briller en Afrique mais avec quel joueur. Il ne sert à rien de prendre des trentenaires pour des jeunots et de prétendre bâtir l’avenir de notre football avec eux. Saër Seck semble l’avoir compris lui qui mise sur les binationaux. Le premier combat pour notre football aurait du être mené dans les centres d’état civil, les écoles et les ASC pour tuer la fraude sur l’âge. L’essentiel n’est pas de crier au sortir du stade mais d’avoir la suprême satisfaction de mériter ses victoires et d’être sur que ca va durer, un peu comme la Côte d’Ivoire en ce moment.
Y a du boulot Me Senghor, alors bon courage.
Pape Balley njaypc(at)yahoo.fr
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