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 Les belles années koldoises, pour ceux qui ont eu la chance de les vivre au milieu des années 1970, c’est du passé. Ville de travail et de vacances, Kolda ne disposait pas d’hôtels de nom à la fin des années 1960, mais elle n’en était pas moins une ville agréable. Belle dans ses petits cercles, la ville était animée ; et à l’époque, la jeunesse se nourrissait de culture, de musique, malgré l’absence d’équipements socio-éducatifs et sportifs de qualité. Pour les férus de petites soirées amicales, « La Cabane » faisait office de lieu de rencontre. Aujourd’hui, le manque de moyens, de vision et de projet de développement ont fini par faire de la ville et sa région l’une des plus pauvres en Afrique de l’ouest.

Une ville qui manque de tout. Des villages tués par l’enclavement, une architecture qui reste basée sur le banco et les tôles en zinc, voilà les images de Kolda. Même érigée en région, toute cette partie de la Casamance n’a rien tiré de grand, des cinquante années d’indépendance : ni grandes écoles de nom, en dehors du pont, aucune infrastructures adaptée au 20 ème siècle passé : et dans la cité, les images de la pauvreté sont partout. Un exemple latent, les infrastructures sportives et culturelles. Enfoui dans les buissons derrière l’ancien collège de la ville, le stade est (hier comme aujourd’hui) toute l’année en mauvais état et presqu’impraticable. Ce qui explique encore les piètres performances sportives de la région dans le sport sénégalais.

Mais si à l’époque, les populations essentielles jeunes, fils et filles d’agriculteurs et d’anciens traitants, n’en étaient pas plus malheureuses, ils avaient leur raison. La jeunesse s’occupait ailleurs profitant de la beauté des paysages, d’une vie moins marquée par la crise etc. Aux sons des grands orchestres du Syli Authentique, des Camayennes Sofa, du Bembeya Jazz National de Guinée, du Baobab de Dakar, de l’Ucas de Sédhiou, elle affichait son bonheur. La ville aussi…Aujourd’hui, tout cela ressemble bien aux images de la préhistoire. Ni la culture, ni le basket, encore moins le football n’auront permis à la ville de briller au sommet du sport sénégalais. Plongée dans une parfaite anarchie, les grands quartiers ne ressemblent à plus rien. Sale et mal entretenu, le centre ville est devenu un véritable bazar, toutes les saletés y sont rassemblées, de la ferraille aux chiffons en tout genre. Des plastiques aux eaux usées. En cette fin d’hivernage, Kolda est atteint du mal des villes, comme nombre de cités sénégalaises : l’anarchie.

Sauf qu’ici, le malaise est plus profond. Kolda a fait les frais de la mal gouverannce qui a caractérisé le règne de son ancien maire, Moctar Kébé, longtemps malade et sans capacité à manifester un grand intérêt pour la ville. Et, la conséquence de tout cela est qu’après la mort de l’inusable Demba Koïta, maire inamovible de la ville, pendant quelques décennies, la capitale du Fouladou a eu du mal à se sortir de sa torpeur, en dépit des énormes richesses qui font le charme de cette ville d’hier, qui faisait tant de jaloux en Casamance.

Même érigé en région, par le pouvoir d’Abdou Diouf au même moment que Fatick, la ville n’a jamais pu décoller. Elle va même sombrer. Aujourd’hui, les vieux quartiers Doumassou, Ndiobène, Gadapara, l’escale, Six Kilos, Bantangel et Saré Moussa comptent nul doute quelques images de modernités dont de nouvelles routes, des lampadaires, un nouveau lycée est venu s’ajouter à tout ce dispositif, mais Kolda ne fait plus rêver. Victimes de l’exode, la ville se vide, mais est envahi aussi par des ruraux qui occupent dans l’anarchie des espaces laissés par d’autres. Les natifs de la ville en premier.

En trente ans, depuis des années 1970, la ville a changé dans la pénombre du manque de vision pour cette autre partie du Sénégal. Difficilement accessible comme nombre de grandes villes en Casamance, la ville et toute sa région souffrent encore de ce problème. Et quand on y entre en venant de Sédhiou par l’ouest ou de Vélingara par l’Ouest, c’est une sorte d’amertume qui envahit les esprits. La ville est désordonnée, sans perspective, mais encore elle s’étend dans l’anarchie. Dans cette mouvance au pillage, le foncier occupe une place de choix.

Résultat, les vieilles terres inondées de riziculture qui se situaient à l’entrée de la commune, ont été rayées de la carte. Et au lieu de les protéger comme espaces verts au centre de la ville, les voilà qui sont parties intégrantes de la commune, sans qu’aucun assainissement ne vienne corriger cette grave erreur.

Des plaies béantes mal soignées

L’autre mal de la ville est encore dans la manière dont l’actuelle équipe municipale compte administrer la ville. Le malaise de villes comme Sédhiou, Kolda, est depuis quelques années, que leurs fortes personnalités n’ont pas leur temps à cause du cumul de mandats de s’occuper réellement de la vie urbaine. Aucun parmi ces maires, autant au temps du parti socialiste que maintenant n’a eu le courage de se débarrasser de ses titres de noblesse au sein de la capitale et des appareils du parti dominant, pour venir s’installer un moment dans leur cité. La plupart gouvernent par délégation, d’autres y laissent leur « copain » jouer les « agents de renseignement » et coursiers.

Une sorte d’agent secret qui gère en même les humeurs et rumeurs de la ville. Alors on se rend compte des limites de leurs compétences quand une délégation étrangère débarque avec des conseillers, des journalistes, dans la cité. Difficile de leur tirer quelque chose d’officiels. « Attendez le maire… » Voici les réponses. Et, la ville en fait les frais. Pour dire qu’un maire, dans la mode de bonne de gouvernance qui est de mise, ce devrait être la proximité, la gestion du temps ; tout le temps et un peu partout dans la ville.

Hier ministre des Forces Armées, aujourd’hui de l’Intérieur, Bécaye Diop, son maire depuis quelques années, n’a visiblement pas le temps de se pencher sur sa ville en y séjournant régulièrement et assez longtemps. Il délégue. A la vérité, Kolda n’a plus besoin seulement d’un maire influent au niveau de Dakar, mais d’une personne qui a une vision et des idées sur la ville et qui vit avec ses populations.

Une population démotivée

Le résultat de tout cela est que la ville reste encore un gros village. A ce jour, les handicaps sont tels que le mauvais assainissement a fait des vieux quartiers de Doumassou jusqu’au centre ville, des zones de fractures. L’eau a creusé le sol au milieu des quartiers. Le système de canalisation même amélioré, ne permet pas de contenir toute l’eau qui passe. Alors, la ville est dans l’eau et les saletés diverses. Et les gens à la merci du paludisme, des insectes…

Kolda a perdu son charme et c’est pour cette raison que les élus de la ville avaient confié sa gestion à Bécaye Diop et son équipe ; cela dans l’euphorie de la victoire du Parti démocratique sénégalais à la présidentielle de mars 2000 ? Mais, il s’agissait également de sanctionner le Parti socialiste, qui n’a jamais pu faire de la ville, un véritable ilot de prospérité. La conséquence de tous ces manquements, est d’avoir accéléré les processus d’appauvrissement dans la ville.

Hier principal centre d’affaires, le marché de la ville est envahie par des gens venus d’ailleurs alors que ce sont les Koldois eux-mêmes qui monopolisaient le commerce intérieur de la ville. Les magasins sont aujourd’hui à la solde de gens venus du centre qui ont de l’argent- liquide et qui vont se payer à vils prix des fois, les maigres récoltes de gens qui se sont tués pendant l’hivernage pour sortir le riz, le maïs et le mil de la terre pour les brader à des gens sans sentiment. La population s’en plaint. L’autre conséquence est l’accélération de l’exode dans les familles.

Au niveau des grandes familles, la main d’œuvre s’est raréfiée autant dans la ville que dans les villages. Les jeunes partent en exode pour l’essentiel et les femmes, surtout les mamans qui s’activaient dans les villages, sont à bout de force, malades, mal soignés et démotivées. La faute à l’absence de stratégie d’encadrement. L’autre constat est dans la pauvreté de l’habitat. En ville comme dans les campagnes, les populations vivent de manière très modeste dans des maisons en dur ou en banco recouvertes de pailles ou de zinc. Et en pleine ville, certaines concessions ressemblent encore à des abris provisoires. Symbole de la croissance de la pauvreté et du manque de perspectives.

En attendant les OMD…

Une région très appauvrie

Visiblement, la ville et sa région souffrent d’un manque réel de vision. Et pour cela le maire ne peut être cité comme seul responsables. Que fait donc le conseil de région ? Erigé en région avec la réforme de l’année 1990 qui a porté Kolda et Fatick en chef lieu de région, avec un total qui est passé de 7 à 10, Kolda comme Fatick n’a jamais su décoller.

Et dans un lapsus révélateur, quelqu’un s’en est allé jusqu’à dire que Kolda déjà peut annoncer qu’elle n’atteindra pas les Objectifs du Millénaire pour le Développement (Omd). Le mal sans doute ne vient pas des responsables de la ville seulement, mais aussi et surtout depuis quelques mois, des pratiques du Président de la République, qui s’entête à cumuler les fautes graves en matière de régionalisation. En enlevant le département de Sédhiou à la région de Kolda, elle lui ôte pour des raisons purement politiciennes, une grande partie de son noyau dur. Hier, organisé autour de 20.011 km2, la région qui a été enlevée de l’ensemble casamançais par un décret (N°84-24) du 1er juillet 1984 avait encore du mal à fixer sa population qui peine à atteindre le million d’individus (591.833 en 1988 et 817.714 en 2002).

Quelques chiffres donnent des éclairages sur la situation de la ville. Le rapport de suivi des Objectifs du Millénaire signalent ainsi « la région de Kolda occupait en 2003-2004, la première place pour la production de coton (37.433 tonnes), et de sésame (10.037 tonnes), la deuxième place pour l’arachide (69.000 tonnes) et la troisième place pour les céréales (234.000 tonnes), soit environ 16% de la production nationale). » Malgré cela, signale le dernier Recensement général de la population et de l’habitat, « la proportion de chômeurs estimée à 2,9% est plus élevée chez les hommes (3,4%) que chez les femmes (2,4%). Et la population inactive est encore estimée à 54,1% dont 17,9% de femmes au foyer. »

Dans le même cadre, le Rapport national sur le développement humain de 2001, du Programme des Nations Unies pour Développement (Pnud) souligne que Kolda occupe la cinquième position par rapport aux autres régions du pays avec un indice de développement humain de 0,458 contre une moyenne nationale de 0,479. Le revenu annuel par habitant est estimé par le même rapport à 43.049 francs pour la région contre une moyenne nationale de 83.340 francs. Enfin, l’espérance de vie se situe respectivement à 49 contre 60 ans. Le résultat est de cette situation est encore selon l’Enquête sur les ménages, effectuée en 2002, « la majorité des habitants de Kolda vivent dans des ménages extrêmement pauvres. »

Bloquée par la crise en Casamance avec l’insécurité née de la rébellion eu Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (Mfdc), à l’enclavement, au manque d’infrastructures, et encore à la faiblesse des revenus, Kolda est une région à part. Elle enregistre selon les statistiques un des taux de pauvreté les plus élevées au Sénégal avec 66,5%. Comment dans ces conditions parler d’Objectifs du millénaire à ces populations ? Surtout que la pauvreté des ménages est une source de malnutrition chronique chez les enfants. S’y ajoute le faible taux de scolarisation des enfants dont les parents n’ont pas de quoi payer le minimum d’engagement à l’école.

On peut aussi y greffer des pratiques d’un autre siècle en matière de naissance avec les niveaux d’utilisation banale des méthodes contraceptives, de fréquentation des centres de santé, d’utilisation de moustiquaires imprégnées, d’insecticides où l’on trouve d’ailleurs les chiffres les plus bas. Alors si vous ajoutez à tout cela, l’accès difficile à l’eau potable (beaucoup de maisons sont alimentées encore par des puits), à l’électricité, à l’utilisation d’installations sanitaires améliorées, la question des Objectif du millénaire pour le développement (Omd) ne se pose plus.

Face à cette réalité ténue qui risque de se prolonger au-delà de la date limite de 2015, Kolda et sa région doivent se tracer un avenir. Les Organisations non gouvernementales et les partenaires au développement, seuls ne pourront pas tout résoudre dans les campagnes comme dans la ville. Les collectivités sont dépassées et mal préparée au contexte. L’Etat a initié des projets, mais n’a pas toute l’éternité devant lui. Le Projet de renforcement de la nutrition communautaire au Sénégal, reste certes un pas en avant, mais ne suffira pas. Il faudra autre chose. Mais, en attendant, la population reste anémiée et perfusion.

Par Mame Aly KONTE | SUD QUOTIDIEN

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