« Tous les hommes ont les mêmes droits, mais du commun lot, il en est qui ont plus de pouvoir. Là est l’inégalité », Aimé Césaire, La tragédie du roi Christophe
Engels disait du capitalisme qu’il est un Moloch qui boit son nectar dans le cerveau des vivants, une bête qui se nourrit régulièrement du sang de ses enfants. Ceux qui sont habitués aux textes de Marx et d’Engels savent qu’une telle métaphore met en évidence le côté négatif du système capitaliste.
L’analogie d’un tel système, qui comme Chronos dévore quotidiennement ses enfants afin de titiller l’éternité, avec le régime libéral qui, en voulant étouffer toute contradiction, n’hésite nullement à tirer sur ses propres citoyens, est parfaitement tenable et justifiable. Ils pourront, eux, qui se disent libéraux, nous sortir tous les arguments aussi saugrenus les uns que les autres, mais ne pourront, heureusement pas, nous convaincre, que certains de leurs agissements ne sont pas criminels et ne frisent pas la stupidité et la méprise. Si on dresse une liste de leurs tripatouillages constitutionnels, de leurs tueries, de leurs coups de poignards, on n’en finirait pas de noircir notre papier. Non seulement, le régime libéral n’hésite pas à massacrer ses propres citoyens, en obligeant ces derniers à s’engouffrer dans des pirogues rafistolées de la désolation, de véritables pateras, mais il tire sans gants sur eux par des balles réelles (Malick Bâ et tant d’autres en sont de parfaites illustrations) ou par des armes anticonstitutionnelles.
Au moment où les sénégalais, compatriotes de galère, tentent tant bien que mal de voir le bout du tunnel, au moment où la déche existentielle fait des ravages, au moment où les coupures intempestives paralysent les secteurs d’activité, au moment où le Sénégal n’est plus dans la logique d’un pays qui travaille, car travailler suppose avoir à sa disposition les conditions appropriées à savoir l’électricité qui est incontournable dans tout système, l’eau, source de vie (quand ma maman me dit qu’elle est obligée d’être devant sa machine jusqu’à une heure tardive de la nuit pour attendre que l’eau puisse suinter des robinets à un rythme très, très ralenti, le sentiment qui m’habite est celui de la haine et j’ai envie de leur crier en pleines figures, bandes d’incapables, vous êtes tous responsables), au moment où le sénégalais anonyme tire le diable par la queue afin de satisfaire avec beaucoup de peine la dépense quotidienne, eux, les libéraux, pensent à assurer leurs arrières en voulant mettre en place un ticket président/vice président.
Je ne saurai m’aventurer dans une analyse juridique de cette loi qu’ils veulent promulguer (cela existe aux Etats-Unis, le ticket président/vice président mais les bases ou fondements constitutionnels sont différents, les régimes également), car cela ne relève pas de mes domaines de compétence, j’essaie seulement de relever les relents qui sont derrière cette volonté affichée du régime moribond. Ce ticket pour une simple analyse empirique des faits, pour un individu sensé tant soit peu, signifie que le régime veut perpétuer sa domination et surtout sauver ses arrières. Car, il est évident que si la loi passe, ils feront tout pour gagner les élections et à n’importe quel prix. Une fois les élections gagnées, le président dont tout le monde sait qu’il est trop vieillissant, va se retirer logiquement pour laisser sa place au vice président choisi dans leurs rangs naturellement afin que le système non seulement perdure, mais dissimule toutes leurs forfaitures. Certes une question fondamentale demeure, mais accessoire pour l’instant, car le plus important est que la loi ne puisse pas passer, c’est une aberration qui n’a pas de nom. La question peut se formuler de la manière suivante : Qui sera nommé vice président ? La réponse est hâtive, mais demeure convaincante, le chef ne peut nommer et laisser sa place qu’au fils qu’il a fait gravir des échelons et qui pourtant n’a jamais montré ses compétences malgré un portefeuille fourni et des moyens largement suffisants. Ce qui nous ferait reculer dans la nuit noire des dynasties légendaires, où autrui n’a pas voix au chapitre, seul le sang royal peut régner.
Il est des moments où l’histoire des peuples ne tient qu’à un fil, où l’histoire des peuples se réécrit, car étant souillée par des limités à tout point de vue, et se réinvente par le peuple ou plutôt par la volonté populaire. Les faits récents qui se sont passés dans le monde Arabe ne démentiront pas nos propos, ils attestent que le peuple ne saurait toujours accepter comme une bête de somme tous les coups que lui administrent les hommes qu’il a pourtant mis en place. Certes, comme certaines voix autorisées l’affirment, nullement n’a le droit de brûler le Sénégal, mais nul n’a aussi le droit de considérer les sénégalais comme des lingettes qu’on utilise et jette après usage.
Non, les sénégalais ne peuvent pas tout le temps subir les conséquences des incompétences et des limites mille fois avérées des hommes qui tâtonnent depuis plus d’une décennie. Non, il est temps de dire non, de se dresser comme un seul homme afin de montrer que seule la volonté populaire peut reléguer toute loi anticonstitutionnelle dans les tiroirs de l’oubli. Non, la fibre patriotique de l’homosénégalensis est plus forte que tout et j’ose croire qu’elle se mettra en évidence afin de montrer à tous ceux qui tirent les ficelles de ce régime qui ne cesse de nous provoquer et de tester notre capacité de réaction, que la révolte n’est pas un crime, car l’histoire avance souvent par le mauvais côté. L’histoire au sens large du terme ne progresse que par les contradictions, par les luttes, par la capacité des hommes à se dresser uniment et à dire assez, car trop pour le dire de manière basique, c’est trop. Indignez vous (indignons nous) pour reprendre à juste titre le titre du fameux manifeste du légendaire Stéphane Hessel, car l’indignation mène inévitablement à l’engagement, Engagez vous autre pastiche d’un autre manifeste du même Hessel, car l’engagement seul mène au changement ; la pire des choses est l’indifférence.
Je lance alors un appel appuyé à toutes les couches de la population, à s’opposer, à faire face à cette loi absurde et à crier leur ras de bol afin de montrer que les sénégalais sont décidés à retrouver l’honorabilité et la respectabilité qui sont les leurs. L’avenir de notre Sénégal que des incompétents foulent quotidiennement aux pieds, doit être écrit en lettres d’or par tous ceux qui ne veulent plus être traînés comme des moutons de panurge : Notre pays on y tient comme à la prunelle de nos yeux, Jeudi peut être alors un jour historique.
Je terminerai par ces propos du vieil homme Hessel qui résument tout « Je vous souhaite à vous tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j’ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l’histoire et le grand courant de l’histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté mais pas cette liberté incontrôlée du renard dans le poulailler », Indignez vous, p.12
Ousmane Sarr
Doctorant en philosophie à Paris X Nanterre [ ED 139] laboratoire Sophiapol, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
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