Mercredi, 03 Novembre 2010 10:01
Écrit par Amadou Diouldé Baldé
Suite au refus du juge d’accorder la liberté provisoire aux jeunes de Vélingara il convient de lancer cet appel de détresse, ce cri du cœur à l’endroit du juge afin de l’inviter à apporter sa pierre à la construction de l’unité nationale à l’instar du pouvoir exécutif et de celui législatif. Vous, son excellence, n’avez pas le droit d’être en marge de cette entreprise de construction de l’unité nationale pour un Sénégal de paix, d’égalité des citoyens devant la loi et de justice sociale.
Pour mémoire et pour rappel :
-le drapeau national a été brulé à Kébémer sans suite, sans condamnation aucune
-les émeutes de Kédougou qui ont connu mort d’homme en plus du saccage des institutions, que nous condamnons, ont fini par une grâce Présidentielle,
-à Dakar, les émeutes de la faim ont conduit à des arrestations, les prévenus ont été ensuite libérés
-à Dakar, les émeutes consécutives aux coupures d’électricité, à ce jour, n’ont connu aucune condamnation. Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir cassé, brulé ou saccagé des symboles de la République.
-Toujours à Dakar, les émeutes des pêcheurs de Soumbédioune et des populations de la Gueule Tapée avec le saccage de la brigade des Eaux et Forêts sont restés sans aucune arrestation encore moins un jugement ou une condamnation du coté des populations,
-les émeutes de Mbour ont connu le même traitement
-les violences répétées des grèves à l’université de Dakar et à celle de Saint-Louis ont subi le même traitement d’impunité que les évènements précédents.
Alors pour les jeunes de Vélingara et Sédhiou ce sont des actes inqualifiables et impardonnables pour le juge. Où est l’égalité des citoyens devant la loi ? Où est la justice sociale ? Où était-il, le juge, à Kébémer, Dakar, Saint-Louis et Mbour ? Ya t-il des citoyens de zone A (A comme assimilés) et des citoyens de zone S (S comme Sud ou sujets )? Ne me dites surtout pas que c’est la police qui n’a pas fait son travail d’arrestations ou qu’il n’y a pas eu de partie civile…
En attendant les réponses du juge à mes interrogations, je réaffirme ma condamnation à toute forme de violence quelle qu’elle soit, à fortiori sur les institutions de la République qui sont sacrées et d’égale dignité. Nul citoyen, n’a le droit pour quelque raison que ce soit, de les profaner.
Au demeurant, les populations de la région de Kolda, au nom desquelles j’ai pris ma plume, ont le sentiment d’être jugées par une justice à deux vitesses, qui ne se soucie pas de la consolidation de la paix si fragile en Casamance, de cette paix en construction encore moins de l’unité nationale. Les populations de la région de Kolda sont convaincus d’être des citoyens entièrement à part, au vu des actes cités en rappel, où le juge s’est enfermé dans certains cas, dans un silence assourdissant et dans d’autres, il a fait preuve d’ une indulgence troublante. Les institutions de la République étant d’égale dignité, les mêmes actes auraient dû conduire aux mêmes conséquences.
Je reste convaincu que le rôle de la justice n’est pas de renforcer un sentiment d’injustice, d’exclusion ou de « zoning juridictionnel des justiciables » mais plutôt l’unité nationale. Le juge dit le droit au nom de l’intérêt général qui se confond avec celui de la Nation. L’intérêt de la Nation Sénégalaise se trouve d’abord dans la paix, ensuite son unité, par conséquent il faut intégrer cette dimension de réaliser la paix et l’unité nationale dans toute décision de justice qui affecte des segments de la nation surtout lors que qu’ils sont très sensibles.
Des représentants de l’Etat (Gouverneurs et Préfets) dans l’ancienne région de la Casamance des années 70-80, s’appuyaient probablement sur la loi pour administrer sur le foncier, même si la loi 64-46 sur le domaine national conférait la gestion foncière aux communautés rurales. Mais les revendications qui s’en sont suivies nous amènent à nous interroger sur la manière dont la loi avait été mise en application sous leur contrôle d’opportunité et de légalité d’alors. Avaient-ils pris en compte la dimension paix, renforcement de l’unité nationale, justice sociale, équité et égalité des citoyens pour l’accès à la terre sur les actes administratifs qu’ils prenaient ? Nous sommes fondé d’en douter au vu de toutes les conséquences aux quelles nous faisons face aujourd’hui. Je souhaite que le juge de 2010 ne soit pas sujet à ce genre d’interrogations dans son rôle d’appliquer la loi, en disant le droit à ces jeunes concitoyen!
s de Vélingara et Sédhiou.
Le juge, dans sa volonté de dire le droit, doit chercher à éduquer le citoyen par la sensibilisation, ensuite la dissuasion avant de réprimer par une condamnation, dans le seul but de le redresser sur le droit chemin et le rendre à la société à la quelle il appartient. Autrement, ce sont des citoyens qu’il marginalise et qu’il fait perdre à la société.
Les jeunes de Vélingara et de Sédhiou en prison, sont constitués d’élèves et d’enseignants dont la moyenne d’âge est de moins de 25 ans. Ce ne sont pas des citoyens difficiles à remettre sur le droit chemin si à un moment de leur jeunesse ils se sont laissés emporter par une passion. Sans plaider pour l’impunité, j’estime que les mois séjournés par ces jeunes en prison sont largement suffisants pour méditer et regretter leurs actes.
Le juge doit songer à rendre ces jeunes à la société afin qu’ils puissent la réintégrer sans trop de dommage au nom du principe de l’égalité des citoyens devant la loi, au nom de l’unité nationale, mais surtout au nom de la consolidation de la paix. C’est cela une justice préventive, une justice d’intégration nationale, une justice juste, pour l’amorce du développement.
Nous, populations des régions de Kolda et Sédhiou, au-delà du regret et de la condamnation de ces actes, revendiquons pleinement notre devoir à respecter les institutions et lois de la République, mais aussi notre droit à l’erreur comme tout être humain, et notre droit au pardon du juge, à la grâce Présidentielle et à l’indulgence de la Nation. Excellence, élargissez nos jeunes s’il vous plait.
Amadou Diouldé DIALLO
Conseiller Municipal à Kolda
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Tel : 77 644 09 76
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