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Moussa Diounkou Gomis

Dans le souci constant d’informer en temps réel et surtout de connecter en permanence la diaspora à l’actualité du pays au-delà de l’information générale à travers le monde entier qui se trouve être notre ligne éditoriale, koldanews tend aussi le micro à la diaspora sénégalaise en particulier et africaine en général dans le but de promouvoir et d’encourager les initiatives des uns et des autres mais aussi pour contribuer à la promotion de l’intégration par la réussite. Par des enquêtes, reportages, débats, témoignages et interviews, koldanews vise aussi à faire éclore les talents de la diaspora. Nous avons ainsi voulu donner la parole à M. Moussa Diounkou Gomis pour nous parler de son militantisme associatif. Très actif dans les organisations associatives, M Gomis, français d’origine sénégalaise reste convaincu du rôle que peut jouer la diaspora dans le développement solidaire. Fort de ces ambitions, il a mis en place, en collaboration avec les ressortissants de la collectivité de Tanaff une localité située au sud du Sénégal, une association dénommée AFAC (Association Française pour les Amis de la Casamance) qui milite en faveur des actions humanitaires et qui contribue activement au développement social, économique, sanitaire et scolaire dans la commune de Tanaff.

 

 

 

TTM : M Gomis, un mot en guise de présentation aux lecteurs !
Moussa : Je m’appelle Moussa Diounkou Gomis. Je suis né à Sototo, un village situé dans la commune de Tanaff, région de Sédhiou au sud du Sénégal, notamment en Casamance qui, comme vous le savez, est subdivisée en trois régions dont Ziguinchor et Kolda.  Je suis arrivé en France à l’âge très jeune ; ce que je considère comme une chance dans mon éducation car ayant pu vivre deux réalités socioculturelles complètement différentes, cette symbiose, je l’avoue, m’a permis de mieux cerner certaines réalités sociales qui me permettent de faire la part des choses dans les réalités quotidiennes aussi bien ici qu’en Afrique.

 

TTM : Vous êtes un des membres fondateurs de l’ association dénommée AFAC (ndlr : Association Française des Amis de la Casamance) qui œuvre en faveur du développement solidaire au Sénégal. Pouvez-vous nous expliquer le mobile de cet engagement ?
Moussa : Je dois préciser qu’avant la création de l’AFAC, une association des ressortissants de Tanaff en France existait déjà et dont je fus même en un moment donné, le président. Mais cette association n’a pu faire long feu à cause des divergences de ses membres. La division qui a surtout abouti à la dislocation de ladite association est née du manque de vision de certains membres quant aux objectifs que nous étions fixés dès le départ. Dès ma prise de fonction à la tête de l’association, j’avais posé mes conditions conformément aux prérogatives stipulées dans les statuts car, je constatais déjà une volonté de certains membres de se détourner des objectifs à la base à savoir: mettre en œuvre un programme de développement de la commune au niveau de la santé, la scolarité des enfants et du co-développement. Mais quand il à fallu mettre ces projets sur pied, certains membres de l’association, surtout les plus âgés, ont rejeté  ces initiatives prétextant qu’on n’est pas là pour faire du social, que l’Etat du Sénégal est responsable de la bonne marche des écoles et des dispensaires dans le pays. Pire, selon eux, l’argent doit revenir aux membres de l’association.  Ce qui, primo,  est en porte-à-faux avec les statuts de l’association loi 1901 qui, on le sait, est une structure à but non lucratif. Secundo, l’alibi de ces gens-là n’était pas du tout défendable quand ils pensent que tout est sous la responsabilité de l’Etat, or cet Etat c’est qui ? Qu’est ce que l’Etat peut réaliser dans la vie d’une nation si le peuple lui-même ne sent pas concerné  comme acteur du développement? C’est fort de toutes ces convictions que nous avons décidé de créer l’AFAC dont l’actuel président Assane Thiabou en est le membre fondateur.

TTM : Sur quels choix de projets orientez-vous vos actions et dans quelles mesures développez-vous vos relations de partenariat avec votre collectivité d’origine ?
Moussa : Nos activités sont spécialement axées sur le développement solidaire.  Comme je viens de le dire plus haut, ma seule ambition qui vaille que je milite dans une organisation associative, c’est justement de pouvoir contribuer au co-développement au bénéfice de mon pays d’origine. Lorsque je disais que le fait d’avoir vécu 13 ans en Afrique avant de débarquer en France est bénéfique pour moi, c’est que cela m’a permis de comprendre la douleur et les difficultés de nos proches restés au pays et qui ont besoin qu’on leur tende la main.  Au sein de l’AFAC, nous envisageons une réalisation de projets de co-développement dans les secteurs éducatifs, économiques et surtout aussi dans le domaine de la santé qui est primordiale. Certes, nous ne pouvons tout faire, ni remplacer l’Etat au niveau local mais le sentiment qui nous anime est de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations et ce, par le biais de ce partenariat nord-sud. Dans la grille de projets que nous ciblons, l’éducation et la santé constitue surtout nos priorités en ce sens qu’ils sont l’un des piliers du développement social. Comme vous le savez, c’est l’école qui forme des citoyens capables d’être acteurs du développement, des citoyens capables de se comprendre et de comprendre le monde dans lequel ils vivent. C’est pour cette raison que nous nous impliquons fortement dans la réalisation des infrastructures sanitaires et scolaires. D’ailleurs, après un lot de médicaments que nous venions d’envoyer au district sanitaire de la commune de Tanaff, nous venons d’obtenir un lot de 20 ordinateurs qui nous est offert par un lycée en Suisse. D’ailleurs le président M Tchabou s’apprête, dès la fin de ce mois,  à amener ce matériel pour le compte du collège de la commune.
De par sa position géographique et géopolitique mais aussi eu égard à sa densité, notre souhait est surtout aussi que la commune de Tanaff soit dotée d’un lycée car cela permettrait de soulager les parents d’élèves dont les enfants, après le collège, éprouvent beaucoup de difficultés pour trouver une tutelle à Sédhiou, Kolda ou Ziguinchor. D’ailleurs, cette difficulté est la cause première de la rupture scolaire de beaucoup d’enfants qui, ne pouvant pas trouver un tuteur, sont obligés d’arrêter leurs études à cause du manque de moyens des parents. Au-delà de ce paramètre, l’avantage serait aussi de désengorger les lycées de Sédhiou et Kolda qui souffrent d’une surpopulation d’élèves ; entravant du coup, la qualité des enseignements. Quant au district sanitaire, nous envisageons dans un court terme apporter notre contribution pour sa rénovation car il se pose à ce niveau un véritable problème récurrent. Tanaff doit nécessairement se doter d’un centre de santé digne de ce nom. La commune compte des dizaines de villages tout autour, et eu égard à la distance et, pire encore, à la dégradation des infrastructures routières reliant ces localités aux autres grandes villes que sont Ziguinchor, Kolda et Sédhiou, les populations souffrent énormément surtout lorsqu’il s’agit d’acheminer un malade.

TTM : D’aucuns se plaignent de la difficulté de beaucoup d’associations de la diaspora qui ne réussissent pas souvent à mobiliser suffisamment de bonnes volontés. Est-ce le cas de l’AFAC et selon vous, quelles sont les raisons principales de cette faiblesse du militantisme associatif ?
Moussa : Non. Non ! D’ailleurs, l’atout de l’AFAC c’est que l’échec de la première association des ressortissants de Tanaff constitue une leçon  pour  pallier aux éventuelles insuffisances qui avaient causé la dislocation de cette dernière. Pour preuve, tous les membres de l’AFAC sont aujourd’hui animés d’une seule ambition : faire vivre leur citoyenneté active en s’impliquant au développement de leur localité d’origine. Quant à la faiblesse du militantisme au sein de la plupart des organisations associatives de la diaspora, les raisons sont multiples et variées. Tout est question de l’état d’esprit  et des attitudes des membres de chaque association. Militer dans une association de surcroît à but non lucratif est un pacte qui, dès le départ, doit s’éloigner de toute recherche de profit personnel.

TTM : Mais aujourd’hui, on constate néanmoins de plus en plus la prise de conscience de la diaspora  dans la contribution au co-développement. N’est-ce pas une des solutions à la lutte contre l’immigration clandestine par le biais de la création de projets dans les pays d’origine ?
Moussa : absolument ! Il faut reconnaître que l’immigration clandestine n’est pas forcément une question de gaîté de cœur. C’est pour fuir l’oisiveté forcée qu’on est parfois obligé d’aller voir ailleurs à la recherche d’une autre possibilité de vie sans doute meilleure. Pour contribuer à la lutte contre ce fléau de l’immigration clandestine, il faut d’abord tuer le mythe de l’Eldorado consistant à faire croire à beaucoup d’Africains qu’il n’existe pas de misère en Europe. Et là, je crois qu’il appartient aux Africains de jouer cette partition car, au-delà des images véhiculées par les médias occidentaux, nous en tant qu’expatriés, sommes aussi en partie responsables de cette obsession des jeunes à vouloir coûte que coûte quitter nos pays. La raison, c’est qu’il est difficile de raisonner quelqu’un qui voit un immigré qui se trouve être son voisin sans doute, jadis non envié, et qui, après un séjour en Europe,  affiche tous les signes extérieurs de richesse au cours de ses avances au bercail. La jeunesse africaine reste bien entendu attachée au continent ; en revanche, étant un produit de la civilisation du bonheur, elle ne peut tout de même pas accepter être l’otage de la misère du continent. A défaut donc de trouver sur place un travail, on est obligé de partir. Pour aider toutes ces forces vives du continent à résister à la tentation d’expatriation, il faut donc créer des emplois. Là encore, la diaspora y a un rôle déterminant à jouer dans le cadre du partenariat au développement solidaire pour soutenir les actions des pays d’origine comme des pays d’accueil sur le plan de la coopération bilatérale.

TTM : L’Etat français et le Sénégal ont récemment mis sur pied le Programme d’appui aux initiatives de solidarité pour le développement (Paisd), pour inciter les immigrés à investir davantage dans leurs pays d’origine. Que vous inspire une telle initiative ?
Moussa : On ne peut que saluer une telle initiative. Dans tous les cas, il faut savoir que l’Union Européenne ou simplement les grandes puissances économiques ne veulent plus financer le développement du continent africain. Les dirigeants africains doivent « ouvrir leurs yeux » pour se rendre compte de cette évidence. De toute façon, ni l’Europe, ni l’Amérique et pas même la Chine aujourd’hui considérée comme le meilleur partenaire économique de l’Afrique n’ont intérêt que le continent africain se développe. Comme je l’ai déjà évoqué plus haut, la diaspora africaine a un grand rôle à jouer pour le développement du continent mais force est aussi de reconnaître que rien ne peut être possible si la bonne gouvernance n’est pas instaurée dans nos Etats. L’idéal n’est de devoir créer n’importe quel type de projet  mais plutôt d’avoir une vision sur l’essentiel en créant des projets capables de générer des ressources et des emplois qui impactent sur la vie des populations et de  nos économie nationales.

TTM : le débat sur les minarets et la question de l’identité nationale a profondément divisé la classe politique et ce, même jusque dans le camp de la mouvance présidentielle. En tant que Français quelle lecture en faites-vous ?
Moussa : On a beau tergiverser sur la question de l’identité nationale, je pense qu’après tout, tout tourne autour de la fameuse question de l’intégration. Lorsqu’on parle des minarets ou de l’identité nationale, à qui s’adresse-t-on au premier chef ? N’est-ce pas aux Français d’origine étrangère ? Pour moi, le premier pilier de l’intégration est le respect des lois de la république. Toutefois, ce débat  est aujourd’hui vidé de son sens à force d’être utilisé à des fins politiciennes et électorales. J’avoue personnellement que je ne comprends plus rien des attitudes des pouvoirs politiques français aussi bien de la Gauche que de la Droite. Le vrai danger est, comme je viens de le dire, la politisation de cette question de l’intégration à laquelle s’ajoutent les fameux débats sur l’immigration et l’identité nationale. Au juste, que signifie l’intégration pour les pouvoirs politiques français ? Le danger dont ils ne rendent sans  doute pas compte, c’est la « racialisation » du débat  se focalisant sur la rhétorique binaire « eux et nous » ; ce qui conduit de plus en plus aux sentiments « d’immigréphobie ». Certes, il y a une exigence de respect des lois et des valeurs de la république mais que l’on sache aussi que ce monde de clichés se construit dans la rencontre interculturelle. Je pense que la France gagnerait mieux si elle accepte la rencontre avec l’Autre dans ce métissage interculturel qui se décline en plusieurs paramètres sociaux  dont les valeurs, les codes régissant les relations interindividuelles ou sociales, la morale, la religion, etc. Il faut donc que la classe politique française comprenne que certains débats ne peuvent que nuire à la cohésion nationale lorsqu’on n’y prend pas garde. Il faut que les hommes politiques français se ressaisissent un peu dans ce débat pour regarder la réalité en face. Pourquoi ce débat n’est plus d’actualité en Angleterre par exemple ? Dans ce pays, même dans les chambres d’immigrés, on trouve le drapeau du pays symbole de toute une fierté et d’un amour pour cette patrie. Cela est bien évidemment dû à la politique d’insertion des étrangers dans la vie sociale. Dans le système anglophone de manière générale, l’étranger est accueilli sans préjugés et est dès le départ mis à l’aise. D’ailleurs, si aujourd’hui beaucoup de jeunes diplômés français surtout issus de l’immigration, préfèrent partir en Angleterre après leurs études, c’est grâce encore une fois à ce facteur essentiel où l’on dit toujours à l’étranger « bonjour et sois le bienvenu ». Ce qui intéresse l’employeur anglais, ce n’est ni la couleur de peau, ni l’origine, encore moins l’école d’où est diplômé le chercheur d’emploi ; la seule chose qui compte, c’est le savoir-faire. La France doit donc méditer sur ses rapports avec l’Autre.

TTM : Depuis novembre 2005 avec les émeutes de la banlieue, cette question de l’intégration est au centre des préoccupations de l’Etat français en particulier. Selon-vous, y-a-t-il oui ou non des échecs d’intégration et qu’est-ce qui pourrait favoriser la meilleure intégration des étrangers en France ?
Moussa : C’est ce que je viens d’évoquer en parlant de rhétorique binaire « eux et nous ». Quand on a des comportements ethnocentrés, ça produit forcément des clichés. Et c’est cela le péché capital des pouvoirs politiques français dès les premières générations d’immigrés.  Le problème a été pris à l’envers dès le début comme c’est souvent le cas quand l’ambition des politiciens leur fait dire tout et n’importe quoi pour uniquement plaire à un maximum d’électeurs. Or la réussite de la rencontre avec l’autre de culture étrangère dépend d’abord de l’état d’esprit de celui-là qui accueille.
Si à l’avance, sur de simples apparences, la vision de l’Autre reste fondée sur des clichés et des préjugés le plus souvent négatifs, il va sans dire qu’il y aura très peu de chance pour cet hôte de  développer sa capacité d’adaptation. C’est selon moi, la raison fondamentale de l’échec de la France en matière de politique d’immigration et d’intégration des étrangers.

Propos recueillis par TTM, Paris
Pour contacter l’Association : mussa-g(at)hotmail.fr

Comments  

 
#1 Guest 22-02-2010 17:56
Un Koldois avec unE boucle d\'oreille ca c\'est du jamais vu,est-ce-qu\'i l n\'est pas PD.Mefions -nous de ce genre d\'individu,on ne sait pas ce qu\'il veut instaurer en Casamance
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