Mardi, 14 Février 2012 12:50
Écrit par Sud Quotidien
Les griots sont-ils les grands oubliés de la campagne pour présidentielle de 2012 ? Au Fouladou ils sont de plus en plus dépités par le manque de considération dont ils font l’objet. En plus, aucun candidat n’a pour l’instant dévoilé son projet culturel avec des promesses concrètes pour ces acteurs jadis choyés par les chefs et autres hommes politiques.
Une semaine après le démarrage de la campagne pour la présidentielle, les griots du fouladou ne comprennent pas ce qui leur arrive. En effet, aucun des 3 groupes qui ont pignon sur roue n’a été contacté par des hommes politiques pour animer leurs rassemblements. Boubacar un batteur de Tam-tam est déçu et pour cause, « La campagne électorale est d’habitude une des meilleures occasions pour gagner quelque chose .Même avec l’arrivée du président candidat nous n’avons pas été contactés par les politiques. A l’arrivée du candidat Wade nous n’avons vu qu’un seul groupe de griots et des batteurs de tam-tams s’époumonant pour exister. Jadis la campagne électorale était une période de traite pour les griots.
A kolda, les renouvellements des instances du parti socialiste ou l’arrivée des hautes autorités étaient pour le griot des instants de travail : Chanter, danser et amuser les participants. Ainsi les noms de quelques griots sont restés gravés dans la mémoire des koldois dont celui Mamadiyel Gano avec son violon et sa célèbre chanson « Kandé Gagniima » parlant de la victoire de Yéro Kandé qui était opposé en son temps au député Demba Koita.
D’autres noms comme ceux de Mama Eggué, Keindo Diao avec la génération actuelle comme le doyen Yama Nénéné dont les « acapella » dépassent de loin les intonations de la plupart des jeunes rappeurs. Ces artistes sont tous snobés aujourd’hui par les hommes politiques .A la place de ces animateurs et acteurs culturels sont supplantés par les véhicules avec des hauts parleurs et autres gros baffles diffusant de la musique et la publicité d’un candidat ou s’attaquant à la candidature de trop de Me Abdoulaye Wade.
Le même phénomène est d’ailleurs perceptible dans les différentes manifestations communautaires. La présence des griots et autres communicateurs traditionnels sont de plus en plus rares dans les cérémonies familiales. L’art traditionnel subit la puissance de la technologie. Les choses vont-elles évoluent positivement pour les griots durant les derniers jours de campagne ? Rien n’est moins sûr explique un autre griot. Son espoir reste les meetings dans les villages sans électricité ou l’animation est encore très difficile sans musiciens. Pour Boubacar un des chefs de groupe de griots « les candidats doivent nous dire comment entendent-ils faire pour pérenniser la musique traditionnel. Nous sommes des citoyens avant d’être griots. »