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 Au cœur de la ville, une communauté au bas de la pyramide sociale vie dans la précarité absolue.
 
 
A Sikilo, le quartier le plus vaste de la commune de Kolda, qui compte à son sein plusieurs sous quartiers dont Trypano, où se trouve le village de reclassement social de lépreux de Kolda. Situé au cœur de la ville de Koly Dado, ce village dont la population est estimé à plus de 120 âmes manque de tout : ni eau, ni électricité, ni lotissement, une véritable poubelle aménagée.  « C’est une véritable décharge de pauvres personnes. Nous sommes victimes de la marginalisation, de la discrimination et vivons dans la pauvreté absolue », a lassé du lest un habitant des lieux rencontré sur le site.


D’une forme triangulaire, le village de reclassement des lépreux de Kolda, couvre environ une aire de 12 000 mètres carrés . Crée en 1948, selon Mamadou Salif Diallo, un septuagénaire habitant des lieux, le village de reclassement social de lépreux de Kolda, se situé au cœur de la ville partageant le même périmètre que le service des grandes endémies (Trypano) dont il dépendait depuis sa création jusqu’à une date récente. Ici, le simple visiteur est vite frappé par la disposition de l’habitat fait, certes de solides bâtiments de deux ou trois pièces maximum contigües les uns aux autres. Initialement l’habitat était construit pour une personne. Aujourd’hui, une famille entière vie dans une pièce avec des dortoirs (lits) faits de banco ou de morceaux de bois.  En ce début d’hivernage, la présence sur le site pour un non autochtone relève du courage voir de la témérité, tellement l’environnement et ses occupants sont d’une opacité qui avoisine le danger. D’une insalubrité inconcevable, des immondices dégageant une odeur nauséabonde, de sacs ou tas de charbon de bois, de l’herbes à perte de vue ou peuvent loger des êtres (reptiles) incommode voir dangereux pour la communauté qui y réside. Dans ce site, on y trouve un seul puits pour plus de 120 âmes et une mosquée. C’est tout. L’exploitation et la vente de charbon de bois à raison de 2000 francs le sac, est l’unique activité génératrice de revenues, de ces lépreux ; qui tirent leur survie par la « queue du diable ».
 
Pourquoi un village de reclassement social de lépreux ?


Les villages de reclassement sociaux de lépreux ou encore les léproseries du Sénégal se sont installées suite à une logique de protection sociale et de prévention contre la maladie de lèpre. C’est dans ce contexte que le village de reclassement social de lépreux de Kolda a vu le jour selon Mamadou Salif Diallo, l’un de nos guides, en 1948. Installé pour un but de protection sociale et de prévention contre la maladie de lèpre, dont à l’époque, la médecine selon les spécialistes n’avait pas encore une bonne connaissance médicale sur l’endémie lépreuse et les médicaments, même s’ils contribuaient à soulager les malades, n’étaient pas aussi efficaces que la thérapie actuelle (polychimio-thérapie). La loi de 1976 a modifié le concept de léproserie pour un statut de village de reclassement social (VRS) pour faire en sorte que ces villages ne soient plus des camps mais des villages au même titre que les autres. Situé, dans la zone des services de grandes endémies de Kolda, le village de reclassement de lépreux de Kolda, jadis était entière occupé par DAHW, une association Allemande de la lutte contre la lèpre et la tuberculose. Jean Philipe Gaillard a été le premier docteur à se charger du traitement et suivi des malades de lèpre. DAHW selon Babou Sabaly, l’actuel chef de village, prenait entièrement en charge les soins médicaux, et autres besoins sociaux de l’ensemble des malades de lèpre du village. Tour à tour, ces lépreux de Kolda, ont vu passé après le docteur Jean Philipe Gaillard, Michelle Piolet, Waré, Diouf, Ndoye, Noba, Guèye etc. parallèlement ces malades de lèpre bénéficiaient jusqu’à une date récente l’appui et le soutien des sœurs de la mission catholique de Kolda. D’ailleurs selon notre source les habitas et le mur de clôture du site sont à l’actif de cette mission
 
« Nous vivons dans la pauvreté absolue »


A notre arrivée sur le site, nous avons été naturellement reçu par le maître des lieux, le chef de village ; Babou Sabaly, il s’appel. Je suis venu ici à l’âge de 15 ans. J’ai fait ici 35 ans. Dit-il, avant de nous lister les différents chefs de village qui l’ont précédé. Il s’agit entre autre : Fissa Gano, Thierno Ly, Boubou Guèye, Nicolas Boiro, Mamadou Salif Diallo, Harona Diallo, Maodé Baldé et actuellement moi (Babou Sabaly). Depuis que les Allemands et les sœurs de la mission catholique nous ont « sevrés », nous vivons dans une précarité absolue. Car actuellement, nous avons recensé 47 concessions pour plus de 100 habitants dont plus de 60 enfants. Aujourd’hui, toute cette communauté humaine vie dans la précarité et sont victimes de marginalisation et de discrimination, explique notre interlocuteur. Interpelé sur l’éducation des enfants et la prise en charge sanitaire, M. Sabaly emboite le pas à d’autres témoignages. Ainsi, à en croire les dires de ces personnes rencontrées le sentiment éprouvé à l’endroit des parents se répercute négativement sur les enfants dont des élèves, qui ne bénéficient de l’assistance que par le biais de rares bonnes volontés. Une situation qui se répercute forcément sur les résultats scolaire des enfants.  « Nous avons constaté que l’implantation d’un village de reclassement social au centre de la ville dégage des relents de parcage de marginalisation, de discrimination », confie une source qui préconise un réaménagement du village afin qu’on puisse prendre en compte les intérêts des bénéficiaires non seulement les malades mais aussi les familles qui sont souvent confrontées aux problèmes d’héritage après la perte d’un proche. Auparavant, les Allemands nous prenaient entièrement en charge (traitement de la lèpre et de toutes autres maladies), mais maintenant seuls les malades de lèpre sont pris en charge. Les autres cas de maladies nous nous débrouillons, sinon parfois des gens nous appuient ou on sollicite la clémence des autorités médicales une fois arrivée dans les structures sanitaires, affirme Babou Sabaly qui déplore leur souffrance.
Au cœur de la ville, un village sans eau, ni électricité encore moins de lotissement.
Le village de reclassement social de lépreux de Kolda, en dépit de sa position géographique, engloutis dans les poumons même de la ville de Kolda, manque de tout. Il n’est que de nom. Ni eau, ni électricité, ni lotissement, une véritable poubelle aménagée.  « C’est un véritable décharge de pauvres personnes. Nous sommes victimes de la marginalisation, de la discrimination et vivons dans la pauvreté absolue », confie-t-on dans le village. Plus précis, le chef de village explique, il  n y a qu’un seul puits ou ces âmes (habitants) tirent au quotidien le liquide précieux pour subvenir à leurs besoins. Car selon lui, depuis l’avènement de l’alternance en 2000, la municipalité a coupé le robinet. « Il (le maire) ne paye plus nos factures d’eau », ce qui nous a contraints de foncer ce puits. Pour l’électricité, nous nous sommes organisés en trois zones. Ainsi trois compteurs ont été installé, mais présentement, il n’y a qu’un seul qui fonction, les autres ont été coupé faute de paiement de factures.  Le village n’est toujours pas loti, cela malgré nos nombreuses sollicitations à ce sujet. Nous nous sommes  même adressés aux privés, mais on nous a encore demandé d’arrêter et d’attendre.  C’est dans ce faubourg à l’image de dépotoir, qui cette infatigable communauté de lèpres, tirent en dépit d’eux le « diable par la queue », dans l’exploitation et la vente de charbon de bois en raison de 2000 francs le sac, l’unique activité ou ils gagnent leurs revenus pour survivre.


Souleymane Sall.

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