Les Sénégalais le connaissent comme l’inventeur de la machine à décortiquer le fonio. Mais, ils ne savent que peu de choses sur Sanoussi Diakité. Et pourtant, cet enfant de paysan, qui a vu le jour dans la Moyenne Casamance est un homme de terroir, mais aussi et surtout, un homme du monde dont le combat n’est seulement circonscrit autour de la seule culture du fonio dans son pays. Lauréat de nombreux Prix internationaux, Sanoussi Diakité dont l’enfance se confond avec la verte Casamance est professeur de mécanique. Il fait aussi partie des 25 lauréats de l’année 2008 de la Tech Awards choisis dans cinq domaines, notamment l’éducation, l’égalité, l’environnement, le développement économique et la santé. A la suite de la célébration le 27 juillet dernier, de la journée africaine consacrée au fonio, l’inventeur revient sur le sens d’un tel évènement.
Quel est le sens d’une telle journée consacrée au fonio ? Et quelle vision finalement se cache derrière une telle célébration ?
Sanoussi Diakité : La vision qui se cache derrière en terme d’impact, c’est d’amener les gens avoir le reflexe d’aller à la découverte du fonio. Un réflexe social fonio, de sorte que cela puisse être un support de politique durable. Et une fois que l’opinion s’est saisie de cette question, parce que l’ayant compris, cela changera tout. Et la journée est là pour amener les gens à connaître et à comprendre ; deux choses fondamentales pour la vulgarisation du fonio. Pour dire que consacrer une journée permettrait davantage de mettre le fonio sur les feux de l’actualité à travers tous ses aspects. Et j’insiste aussi sur l’aspect culturel des choses, et c’est très important, même je ne néglige pas les aspects économiques de la chose. Le fonio étant un vecteur de la vie culturelle des sociétés. Et autour de ce produit, il faut noter qu’au plan sociologique, il y a le développement de certaines valeurs, de certains types de relations qui se créent. Et il y a certaines croyances même qui sont liées à la culture du fonio. Et tout cela mérite d’être connu.
Quand on parle de vous au Sénégal, on pense tout à la machine à décortiquer le fonio et le grand prix du chef de l’Etat pour l’invention et l’innovation technologique ? Mais, la machine est finalement plus célèbre que le produit qu’elle est sensée promouvoir. Où se situe le problème ?
Justement, ce n’est qu’un instrument cette machine. Du point de vue technique, il n’y a pas de problème. On a eu déjà le déclic. Et s’il y a eu un regain d’intérêt pour le fonio, c’est parce que la machine a existé. Aujourd’hui, le problème est dans la multiplication de cet outil. Ça c’est un autre processus. Maintenant, nous sommes entre deux choses différentes : la duplication et la vulgarisation. Une fois qu’on a mis en place l’instrument qui est porteur du principe de multiplication, l’essentiel du travail a été fait. L’autre étape est aujourd’hui d’avoir un support social pour le second volet, la vulgarisation. Et surtout ne pas confondre l’instrument et l’objectif. L’instrument restera toujours instrument. Mais, ce pourquoi cet instrument est venu, c’est pour le fonio. Ça c’est l’objectif.
Vous avez abordé une question pleine de sens, celle de la culture. Où peut-on cultiver aujourd’hui le fonio ? Plante qui se développe sous de faibles isohyètes inférieurs ou égaux à 300 mm ?
On ne connaît pas assez ce produit ici au Sénégal. Et, d’ailleurs, jusque-là, le fonio est confiné dans les zones traditionnelles qui ont toujours connu ce produit. La Casamance, le Sénégal Oriental etc. Et le plus bizarre est qu’il n’a jamais été développé au-delà de cette zone. Par exemple, le fonio pouvait être cultivé dans le Cayor où les sols sont pauvres et la pluviométrie pas très importante. Il n’y a pas de secret à ce niveau. Si le fonio n’est pas dans cette zone, c’est parce qu’on ne le connaît pas. Et qui doit le faire connaître ? Comment on doit le faire connaître comme on l’a fait pour l’arachide ? Prenez le cas du jardin de Richard Toll, qui a été le lieu où des politiques véritables se sont construites depuis l’époque coloniale. Pour dire qu’une politique autour d’un produit, cela se construit.« Nous ne faisons rien pour le fonio parce que nous avons du mal à tourner le regard vers notre propre potentiel. Nous pensons que les suggestions venues d’ailleurs, doivent porter plutôt notre attention. »
Il y a comme une méprise. Surtout quand il s’agit de faire ce que nous savons faire pour nous-mêmes par nous-mêmes ?
Nous ne faisons rien pour le fonio parce que nous avons du mal à tourner le regard vers notre propre potentiel. Nous pensons que les suggestions venues d’ailleurs, doivent porter plutôt notre attention. C’est aussi une question sur la nature de la communication qu’on veut faire en direction de l’Afrique. On a considéré à tort que la communauté scientifique est par essence imitatrice. Est bien que ce qui a été reconnu par les autres. Alors que non. La machine à décortiquer le fonio ne peut pas être inventé par un Japonais. Parce qu’une invention est une expression d’une réalité socio-économique culturelle donnée. C’est toujours quelqu’un qui vit dans un contexte donné et confrontée à une situation donnée, qui peut mettre en œuvre des solutions par rapport à des problèmes connus et qui lui sont proches.
Il y a une question qui touche l’Etat et le secteur privé. Aujourd’hui au Sénégal et un peu partout en Afrique de l’ouest, ce sont les petites et les moyennes entreprises qui sont entrain de travailler sur la question. Qu’attendez-vous de l’Etat et du secteur privé pour appuyer le mouvement ?
Sur l’ensemble des inventions en Afrique, (et ce n’est pas seulement on cas), on peut dire sans se tromper que les 80% sont des inventions individuelles. Alors que les 75% des inventions en France sont des œuvres d’entreprises. Donc, pour vous dire que cela ne peut pas être la même approche. Ici, il s’agit plus d’inventions individuelles. Ce qu’il faut est que dès lors qu’on voit qu’une invention est d’utilité publique, ça mérite un investissement public. Je ne dis pas toutes les inventions ; mais dès lors qu’il est établi que l’utilité publique est avérée, alors on a le devoir de mettre l’argent public pour consolider l’invention. Parce que cela permettrait de résoudre un problème de développement. Et partout si c’est le cas, les Etats portent les innovations majeures porteuses de croissance. Parce qu’ils savent que ça leur donne une avance sur les autres.
Alors donc, une telle célébration sert ainsi à bousculer les tabous ?
Une telle célébration se fait pour que le fonio devienne une céréale de consommation courante qui occupe le premier plan dans l’alimentation. Parce qu’une céréale utile pour la santé, c’est aberrant qu’on ne la consomme dès lors qu’on sait que cela soigne. Et dès lors que j’ai eu le Tech Awards qui ressemble à un Prix Nobel de la paix dans le monde des inventions, j’ai le devoir, l’engagement moral de travailler à la promotion de la céréale. C’est la raison pour laquelle cette journée a été célébrée comme en Guinée et au Mali aussi. Nous sommes à la première édition, d’ici deux à quatre éditions, nous allons voir comment ça va créer le changement social, dans l’approche et l’appréhension des gens. Je crois que les acteurs doivent se reconnaître dans ce cadre et former un système. Le système, cela veut dire que quand on avance en son sein, dès lors que quelqu’un prend le pas, les autres aussi prennent le pas. Et ils ont des relations connues et bien caractérisées. On est ensemble dans les différents segments de la filière. C’est-à-dire que l’industriel qui veut travailler dans le cadre de la commercialisation du fonio précuit, ne peut pas ne pas se préoccuper des questions de production à la base. Le blé a été développé par les professionnels ; il faut qu’on construise, qu’on réfléchisse pour élaborer des politiques qui ont été portées les Etats. Ces journées là aussi, c’est pour que tous ces acteurs se reconnaissent et développent des relations. Et dès lors qu’ils le font, ils forment un système. Et, quand ce système est bien assis, le fonio avance.
Le professeur Diakité a, grâce son invention, remporté le prix du président de la République pour l’Invention et l’Innovation en 1995. Il est le premier africain du Sud du Sahara lauréat du prix Rolex la même année. La machine lui a également valu le grand prix du Salon africain de l’invention et de l’innovation 1997. Sanoussi Diakité s’était dit prêt à mettre ‘’gratuitement’’ son invention à la disposition des paysans dans le cadre de la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana) au moment où le projet comme idée avait émis par le Président de la République. Ce programme table sur des récoltes de 2 millions de tonnes de maïs, 3 millions de tonnes de manioc, 500.000 tonnes de riz paddy, 2 millions de tonnes pour les autres céréales, telles que le sorgho et le fonio. ‘’Cet objectif est réalisable pour le fonio.
Lauréat du Tech Awards en 2008, Sanoussi Diakité a acquis une notoriété internationale grâce à son combat pour le fonio. Les lauréats, dont les travaux et inventions seront bénéfiques pour l’humanité, viennent cette année du Sénégal, du Pérou, de la Hongrie, du Canada, de la Namibie, de l’Allemagne, d’Egypte, de l’Inde du Royaume Uni du Laos et des Etats-Unis. Le Tech Awards collabore ainsi avec des partenaires évoluant dans le domaine de l’humanitaire, de l’éducation, de l’économie qui peuvent donner aux populations du monde entier l’opportunité de bénéficier des innovations primées. La machine à fonio permet de décortiquer 5 kilos en 8 minutes, alors qu’à la main il faut deux heures pour décortiquer 2,5 kilos, faisant que cette céréale est adaptée pour répondre aux objectifs de ce programme, avait récemment expliqué Sanoussi Diakité. ‘’La seule machine à décorticage du fonio au monde, selon son inventeur, a été introduite dans une douzaine de pays de la sous région par l’intermédiaire d’ONG’’. Inventée en 1993, la machine n’est jusqu’ici utilisée qu’à petite échelle, notamment à Kolda, dans certaines localités du pays, en Guinée.
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Commentaires
De grâce oubliez le Sanoussy politique et ne dites pas de mal de lui pour le plaisir de nuire parce que tout simplement il est aussi politique.Bravo.
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